CHAPITRE LI
Comment le doc par couironi repprocha an seigneur de Croy l'avancement des siens en toutes choses.
Vray estoit que le duc pour celle heure estoil aulcunement argué à l'encentre du seigneur de Croy, pour cause que voyoit que le roy s'en aidoit et servoit si fort , et que le dit de Croy tant et si avant luy coBuplaisoit tempre et lard , et à toutes heurtes , que ung soir tout mordamment luy dit : « Croy ! Croy ! on peut mal servir deulx maistres à gré. Vous pourvoiez toutes vos gens , et les miens demeurent deiTi'èro ; qui n'est vostre parent et de vostre amistié , il n'aura riens. »>Ceci lui dict pour ce qu'il en avoit conceu , et par ce aussi que pluiseurs ses servireurs, qui avoient eu des
et les pareils dodict de Groy demoroient en estât ou montoient plus bault encores que n'esloient. Et de faict moy mesmes souvent et assez en oys les rnurmures entre le peuple. Donques vez-ci une des causes en partie pour quoy il impliquoit le seigneur de Lannoy de son bailliage ; et en ung aultre endroit il luy sambloit!, qu'après avoir receu honneur et grand bien en sa maison, il commençoit tout couvertement à cueillir aullre part veot pour la prendre deceute. Et en efféct , comme ie dict seigneur mesmes m*en conta les paroles du duc et de iy , le duc y prist de la soospechon , combien que le chevalier n'y avoit point de déserte; mes trop bien tendoit à foire sa main bonne. Si firent tous ceulx de celle secte, sans ce que je leur impute anitre mal. Toutesvoies n'est de ceier que pour cestui temps, quand on vit ainsi le seigneur de Groy si avancié devers le roy, ec taat en bruit et en bault règne , que c'estoit (e (o«C et le seul devers Iy, et ne savoît demander ne convoitier pour ly ne pour les éem que tout n'obtenist au mot , gens en couvert murmurèrent à tous lez ; et prenans en eulx une amiracion du cas, se contindrent coname tous entrqHÎs du merveille , et disans qu'en cecy ne pooit faute de mystère voir bien grand encore , et le quel donnoit malère de souppechon. Gar n'avoit pas uag an , et vray estoit , et comme Toîsonnd'or , homme créable meismes le dist à aulcuns nobles chevaliers moy présent, que lé roy héoît le dict de Groy tant que n'en pooit joyr parier ; et meismes en parlant de ly , en dist tous les maulx et toutes les blasphèmes <{u'oa pooit dire d'homme ; et là où Toison doit avoir esté présent et Tavoit oy. Par qnoy , quand le dict Toîsoa-d'or maintenant vit œfle hayne muée en si grand anûsié H en Ide exaltaciiM, ne se pooit contenir Metsmesd-en avoir merveiOes , et de le dire à ses (MÎvés amis , dont j'estois «mg. Et combien que les sages s'en tenrent , les ungs par peur , les auitres par sens, n'en eurent pas moins d'imaginaclon, pourtant bien estrange et qui leur donnoit merancolie. Mes legîères gens et jcusnes qui pareillement véoient et concevoient ce que pooient, en alloient faisans leurs contes couvertement par chambres et salles ,
à plain de vol ; et demonstroient des choses beaucop, dont depuis on vist les expériences toutes clères, et qui ont donné à congnoistre des estranges personnages produis et subtilliés par qui que ce feust , et dont moy mes* mes ay veu que de les entendre , s'escapper en pooit; comoiie cy après aperra selon la production du temps , le quel me sera oceasion d'ensievir les choses , teles comme lors le temps le porra rendre.