‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 236 sur 494 · CHAPITRE LU · texte numérisé non relu

CHAPITRE LU

QMldoninuige importa am pays la rendieion dee terrea

sur Somme.

Par ceste rendieion vindrent hors des mains du duc de Bourgèngne toutes les terres de deçà Somme , comme : Sainct - Quentin , Amiens , Abbeviile , Dourdens Moostruel , Rue, Sainct- Vallery, Grottoy, Grievequeur en Gambresis , et Mortaigne. Et ce qui plus enoîtet de plus grand perte pour ly, c*esloit ta noi)lesse du pays , la quelle y perdoic , et de b quelle en temps de ses afeires s'estoit servi toasjours jusqu'à celle heure. Mes maintenant , pour cause que le roy les reprenoit en sa main comme propriétaire, il leur estoit force de eulx rendre à ly arrière et de ly faire hommage, combien que nnltitude d'iceulx avoient cuer fixe et rassis en leur dilection première , là où infiMHible-ment se fussent rendus en l'estroitde l'affaire s'ils s'y feussent trouvé. Entre les quds le seigneur de Moreul, ung jour mandé pour ceste cause devant le roy, après que le roy luy avoit dist que desormès il estoit et seroit constraint de le sei*vir envers tous et contre tous , quaud besoiog* seroit , le dict de Moreul , respondit : « Sire , je cognois bien que mes terres se tiennent de vous nuement, et que vous estes mon souverain seigneur, et est bien raison que je vous serve et obéisse ; mes je ne tins oncques que ung parti , et ne congnois que ung prince par service , à qui me suis donné. Si me seroit chose estrange, si demain ou après me convenoit estre contre cely là où mon affection est assise. — Par la Pasque Dieu ! ce dist le roy ,

GEORGE CHASTELLAIN

toutesfois conviendroit-il que vous les feissiez, et voiis et pluiseurs aullres ! — Saint- Jehan ! ce dist le sirc de Moreul alors , nous ne sommes pas là. Alors comme alors ! mes d'ici jusques que Ton soye là , je m'y sens aullre. » Et en disant ce , partit tout murmurant, en disant entendamment à auUres: « Je renoncerai plustost à tout ce que j'ay vaillant, si à cela venoit, que je serve, contre ma nourriture, Franchois ne aultre. » Se en f ust prisé à tous lez d'ung costé et d'aullre ; et notoit-on en ly signe de fermeté non muable par dissimulacion ne flatterie. En y avoit aussi des aultres qui pareillement disoient cpmme cçly de Moreul. Mes nuUuy si baudément devant le roy comme ly ; car estoit homme pour le faire et dire tout ainsy qu'il le pensoit. Le seigneur de Saveuse en dit et en pensa bien autre -tant. Et ly et beaucop d'aultres eussent bien volu que le rachat fust demouré à faire cent ans encore davantage , car n'y sentoient riens que dommage, traveil de leurs subjects , gast du povre peuple et servitude de leurs personnes , point de refuge d'amour , de consolacion , ne de quelconque stabilité envers eulx , ne de nulle chose en quoy ils peussent avoir attente de repos, fors que d'estre à voulenté et à molestacion non aprises à avoir. Et par ainsy, sachans quel prince ils laissoient et perdoient , et qui leur avoit esté père et familier , craingnoient et doubtoient cely que trouvcroient , et dont l'exemple quel il estoit envers les aultres leur donnoit peur du meismes de leurs voisins.

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