CHAPITRE LUI
Comment le roy s^csforça de tirer à ly les nobles et de gainer les cuers par divers moyens.
Quand le roy se vit ressaisy de ses terres , et le grand acquest qu il avoit faict de les avoir des-ligées, s'en tint à moult joyeulx ; et voyant la despendancc de Tacquest s'en rcputa on toutes manières plus fort que devant, car esloit le droit fort et le cuer de Picardie, dont la nacion est grand chose. A tous lez s*e$força de traire à ly le$ nobles et de gai-
gnier leurs cuers ; les accueillit familièrement de paroUes ; leur fit ordonner voye devers ly , afin de les tirer à son amour ; leur fit promesses et beaulx semblans ; aux ungs donnoit offices, aultres mettoit et tenoit en attente, selon ce que voyoit expédient. Et entre deulx disoit : « Or ça ! or ne me fouitil mes que la comté de Boulenois et Artois , que toute Picardie ne soit myenne. Beaulx oncle a receu grand argent , mèsj'ay receu ung grand pourquoy, et qui m'est mieulx séant que l'argent. » Et sambloit que assez vouloît donner à entendre , que à son bel oncle le duc il avoit levé Tescu du col , et emporté ung des forts qu'oncques portast, et du quel , comme aullrefois s'y esloit enfierry et garanti dessous, maintenant luy meismes ainsi en porroit faire pour en temps d'aflaire. Et disoit vray, car c'estoit le droit garant des pays du duc , et ce qui plus pooît nuire et porter grief au royaulme jusques aux portes de Paris , se guerre feust meue. Et pourtant tous les affectes au bien et au puissant régner de ce duc se maintindrent tristes et annuyeulxde ce delivrement, especialement en ce que ly, qui les avoit acquises en haulte et forte main, puis, par transpoit agréé , les rendoit et restituoit , au dommage de ses subgecls , lui encore vivant. Car nonobstant que le duc le faisoit en forme de bien et de bonne confiance , ce sçavoientbien, le roy toutesfois, combien qu'il parlast doulx de langue , tousjours n'y alloit il qu'à cautcle et à intencion de le diminuer en sa force ; car estoit l'homme du monde seul que plus il redoutoit , et dont le hault régner couvertemcnt plus ^ luy cuisoit, soubs feinte amie chiere, comme , non pour ce cop ici ne pour ceste derraine fois se pooit prendre l'apparence , mes pour aultres maintes du temps , qu'encore demoroit en ses pays, à Jennepes et ailleurs, là où ses f aires et dires, et depuis son coronnement encore , ont esté vraycs preuves de ce que j'en dis, et ont donné à congnoistre : que mainte fois couverte envie s'est muciée dessoubs fainie parolle , dont il estoit maistre.
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à ce , ne de luy faire faire legièrement ce sur quoy il pooit et devoit longuement peser ains le faire. Et meismes au roy, conune opinoient les gens , cely de Groy eust bien fait muer cette contendance en aultre matère; mes le seigneur de Groy, persuadé de longue traite et tendant à haultes et grandes fins, luy meismes s* en entremist volontiers pour cause du gaige ; et non pensant riens mesfâire en ce envers son maistre, ne lui donner conseil, fors de chose nécessaire et honneste , y laboura. £t le duc soi confiant desormes du roy et vuellant mettre la raison devers ly de ce que mesmes nouvellement avoit repromis libéralement , quand ce vint à TestroitjS'y assentit. Et espérant que ses vieux jours desormès se continueroient en paix , restituoit ce qui point n'estoit sien , sinon par gaige et par acquesl. En quoy aulcuns veulent dire, que assez legièremcnt fut enclin , pour cause que son fils le comte se maintenoit envers ly , ce disoit , moins que duement , et par quoy il sembloit qu'il lui plaignist ccste future possession de ses terres, par lesquelles, selon la nature qu'il sentoit en ly , eust peu faire grand grief une fois à ce royaulmc , et pourtant à peu d'occasioi?. Et afin que cela n'arrivast, il estoit coulent de y prévenir et de les remettre où il devoit , jà soit ce toulesvoies que depuis , aulcunement , après avoir tout bien digéré, il avoit regret au fait ; mes le repentir n'y avoit lieu.