‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 242 sur 494 · CHAPITRE LVIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVIIL

Comment le roy se délitoit fort en la forest de Ke»y avecqaes le duc son oncle , prenans là leur déduit.

Le roy se délita fort en la forest de Kersy , la quelle il reputa une des belles de son royaulmc.Et toutes le^ sepmaines, deux ou trois fois , se trouva dedens. Aulcuncs fois y mena le duc , le quel aultrcfois y avoit pris largement de déduit aussi , et la soloit moult amer ; mes maintenant estoit au roy et n'y avoit mes riens. Allans par pays le roy et le duc entre deux se devisoient d'une chose et d' aultre, tel fois de sens, tel fois de follie. Dont il estoit une fois que le roy tourna ses devises sui^ le voyage du duc , cl conimcncha

à dire : » Beaux oncle , vous avez empris une haulte glorieuse et très saincte chose, que Dieu vous laisse bin accomplir! et suis moult joyeulx que l'onnenr en chiet en votre maison , à vostre cause. Et se je meisme avoie empris ce que vous , si le vouldroie-je faire et emprendre soubs la confiance de voiis; et vous vouldroie constituer gouverneur et régent de mon royaulme , voire si j'en avoie dix, devant tous vivans; et vous mettroic tout entre mains, conune j'espoire bien que si ferez vous ; car ne le porrez mettre nulle part plus fiablement. Et en tant qu'il touche beau frère de Gbarolois, par la Pasquc Dieu! ne doublez point (jue je ne le maine bien à raison. Et soit en HoUande ou en Frise , je le feray bien venir à jubé , là où il doit. Qu'en dictes-vous, beaux oncle? — Ha! monseigneur, ce dist le duc aloi's, je vous mercie de vostre beau dire ; mes ce ne f aict mestier ne ne faict besoing, que vous vous empescbiez jà de si meschant affaire comme de mon fils et de moy ; ce vous seroit trop abaissié pour tels meschans gens. A l'aide de Dieu j'en feray bien , et du mien , sans donner soing à si grand maistre que vous. — Par la Pasque Dieu! beaux oncle, ce dist le roy arrière , je sçay bien que vous me commettrez gouverneur de vos pays , et je les gar deray comme mon propre. Qui est-il qui le puist mieulx faire , ne qui puist faire venir à la raison beau frère que moi? — Monseigneur, ce dist le duc alors, je vous ay dict que jà ne faict besoing que vous vous en mêliez , ne que vous vous abaissiez d'autant. Mon fils est mon fils , et je le tiens pour tel. Et quelque termes ne voie qu'il tiengne en présent , si sçay je bien que , quand ce venra à l'estroit , il fera ce que je vouldray. Et touchant mes terres , quand je m'en devray aller, je les recommanderai à Dieu et à la bonne provision que j'ay espoir à y mettre. Si soyez content*, vous prie , d^autant que j'en dis ; car de ma paît aultre chose n'en feray. — Et beaux oncle , quand vous en irez-vous de ceste ville? Pensez-vous tempremenl partir ? ce demanda le rov. »> Le duc se teust tout

ml

quoy et ne respondit mot. Et le roy arrière renouvclla sa demande la seconde fois. El

le duc mol. Arrière la tierchc fois la recom-

mença. Elle duc voyant que ne cesseroit de rinterroguer sur son parlement , appela venir devers ly ung chevalier, le seigneur de Boussut , pour rompre les paroles. Et tournant en devises avecque iy , le roy traversa la charière d'ung lez, et l'autre de l'autre. Et alors le duc alla^conter au seigneur de Boussut les paroles du roy, et comment il avoit tournoyé autour du pot pour venir au gouvernement de ses pays , et d'avoir entre mains la question de son fils et de ly, pour le faire venir à la raison par bel ou par laid , et en après comment il Tinterroguoit et voloit sçavoir son parlement de Hesdin, à quoy n' avoit volu respondre ; et qu'à ceste cause l'avoit appelé pour este quitc de ly et luy rompre ses devises , car en estoit tanné , pour ce qu'il sçavoit bien à quelle fin le roy tendoit, plus pour son bien que de son compaignon. Et en faisant ces contes au seigneur de Boussut, le duc entre deux rioit , et disoit que le roy estoit bien loing de ce qu'il quéroit , et n'auroit jà Tensonniement (1) de ses affaires tant qu'il porroît, ne de son fils, neaultrement, jà-soit ce que vray estoit que le roy par pluiseurs aultres fois s'estoit offert au duc de faire la paix, entre ly et son fils : mes tousjours s'en estoit excusé le duc honorablement , et l'en remercioit. Car ne voloit , à vray dire, que nul du monde en eust l'onneur par desseur ly qui en estoit père , et qui sauroit bien joyr et user de seigneurie,ce luy sembloit, et de haulteur telles comme ung père doit avoir sur son fils , sans que nul s'en meslast. Et pourtant en coupa la broce au roy , qui en demandoit l'onneur et le bon gré , et le duc le voloit avoir ly mesmes ; car n'y fauldroit point , ce sçavoit bien. Et par aînsy le roy , doutant que la paix ne s'en fist sans ly, et que , si parti estoit de Hesdin , d'aventure le comte de Charolois n'approchast de son père et se rendist obéissant, interrogua le duc sur son parlement; car ly mesmes ne voloit partir de Hesdin jusques il en veist partir son oncle , ce avoit en propos. Et le duc , entendant bien la note et le bargaing du roy, n'y veult oncques respondre, mes n en pensa riens moins. Ains dist en son corage, et de-

(i) L*ensoigu«menule8oiD.

puis de bouce : que se le roy y devoit de-* morcr trois mois , si n'en partiroit-il jà le premier. Aussi ne fit-il, car au derrain le roy en prist l'Qnneur devers ly.

Page 1