CHAPITRE LIX
Gomment le roy se contenta mal du comte de Cht« rolois et du duc breton , et la cause pourquoi.
Pour celle heure, et Jà avoit eu bonne pièce devant, le roy estoit très mal content du comte de Charolois et ne l'amoit point, pour ce que le dit comte , conmie il avoit entendu , avoit fait alliance avec le duc de Bretaigne ; lequel duc de Bretaigne le roy avoit cueilli en haine aussi, pource qu'il ne voloit point souffrir traveiller ses subgets en sa ducié ; car le roy tendoit à y prencke et lever feuages sur tout le pays , ce qui oncques n'avoit esté veu ne souffert. Et sont ces feuages tailles mises sur chascune maison , une maison pour ung feu , que les ducs et princes du pays ont d'ancienne coustume appris de prendre pour eulic, qui monte à la droite moitié de son avoir. Par quoy , se le roy voloit avoir ces feuages pour ly , il en eust esté durement grevé, ce luysambloit; et ^e le roy les prenoit tant à tant avecques ly, et que cela lui souffrit , ce eust esté à grand fouie de ses subgects et de son peuple , et dont la honte luy feustdemourée perpétuelle. Si délibéra et conclut en ly, conune prince de hault corage, que pour son derrain homme ne le souffriroit , ni ne seroit cause que Bretons feussent ainsi submis par haulteur en contraire de leurs pères et de leur ancienne longuement conservée francise. Et de fait refusa tout au roy, et luy signifia très bien : que s'il voloit lever feuages en son pays , ce que oncques ses pères n'avoient souffert, il les venroit quérir donc à la pointe de Tespée, s'il les voloit avoir; car aultrement jamès n'en venroit à chief.
Par quoy doncques quand le roy sentit ce jeusne duc de Bretagne si fier et de tel corage et qu'encore le comte de Charolois , fier et corageux d^aultre lez , s'estoit allié avecques ly par une amistié indivisible , durement mal print en gré. Car voyant les deux plus forts de son roy aobiiei tir^ ^ na.cardei et tous
GEORGE CHASTELLAIN
deux jcusncs et vcrds , avccqucs puissance , 1 princes estoit noté aussi le comte de Saint
jl' ji?* n î .»- :i u*^Zé. ^»^^«^!* . «: 1^ .1.,/* ¥>.^i 1^ 1 ^^11^ u^..»^ <v«,^:* r»« «no:»
perdit Tcspoir où il béoit ; c'esloit : si le duc son bel oncle povoît aller de vie à irespas, ly seul aloi's seroitle dompteur elle porte-fouet de tous les grands de son royaulme ; et n'y auroit nul qui osaçl mot dire Et maintenoient pluiseurs pour ce temps d'alors , et aussi assez en aypit d'apparences et d'appreuves, que nonobstant loui bel languagc dont ce roy Loys usoit envers son bel oncle , et que receu avoil do ly tout Tonneur, toute l'amour, toute léaulté et tout humble service du monde , si semb^oit îl ipie sa mort luy tardast, pour cause de son fiaùU régner, et que devant et sur tous vivans Aommes il craignoit sa puissance et sa victoire, son grand eur et son hault corrage. Et par ainsi doncques , quand de rechef et tout de iiouvcl vit ce point redoublé par le compact de cesjcusnes verdes testes, moult luy en desplut. Et informé contre messire Jacques de. Saînt-Pol , frère au comte de Saint-Pol , que iceluy devoit avoir practiqué ceste alliance^ le menassade mort, et jura que, en quelconque Ifcu de son povoîr y poroît mettre main dessus , jamès ne feroit alliance d'homme et le ferott noyer. Et de fait, le bon gentil chevalier, Tung des plus recommandablcs de son temps, en futadverli du duc meîsmes, et s'en tint sur sa garde , hors de ses mains , quoique assez toutesvoies s'excusa du fait , disant : que le comte avoit bien aultres gens plus dignes de ce faire que ly ; et qu'à ly ne se fust point attendu d'ung si grand cas. Doncques vez ci là cause du maltalent du rov encontre le comte son beau-frère , et par quoi il eust bien volu aussi que le duc son père luy eust donné à souffrir , et hït aulcune chose en son grand dommage ; car par ainsi se verroit vengîé sans y main mettre; ou à l'aventure, quand ce venrôil à paix faire entre les deux , il en desiroit le manier et d'en avoir l'honneur, pour venir à ses fins par ce en aultre manière; c'estoit peur luy faire révoquer et quiter l'alliance de Bretagne qui lui cuisoit.