‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 244 sur 494 · CHAPITRE LX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LX

Comment \c roy durement accuciUU en hayne le comte de Saiuct Fol avecques les deux dessus dicts.

De ceste oUiancd entre les deux jeusncs

Pol , lequel pour celle heure avoit en mains le comte de Charolois , et estoit le tout et le souverain emprès ly; parquoy la souppechon y estoit tant plus juste. Si le cueilli durement en haine le roy, avecques ce que par avant l'amoît peu, car ly imputa crime de leze-majcsté commis contre ly , de quoy les propres lettres escrites de sa main, cedisoit, et vive voix d'homme portoîent preuve ; c' estoit : que promis avoît au roy desfunct, en soy vantant, que s'il voloit avoir son fils le dauphin devers ly , et hors des mains du duc de Bourgoingne, il le luy livreroît par les cheveulx et par les tresses en sa main , qui que le voulsist deffendre. Dont maintenant, le roy voyant et sachant qu'à cause de cely de Charolois , lequel il desvoioit ainsi et le mettoit en cest erreur, le duc aussi ne luy voloit gaires de bien , il est assavoir le roy descouvrit au duc le maltalent qu'il avoit au comte de Saint-Pol , en disant : Qu'il lui feroit bien sa sauce ; et qu'il lui feroit telle peur que grand sens luy seroit mieulx mestier que force. « Et vous vengeray, beaux oncle, de son long vieil orgueil contre vous , et de la conduite qu'il donne contre vous à beau-frère. J'ai lettres de ly, et vive voix , qui prouvent sa conspiracion contre moy et en ma personne, et dont justice me vengera à l'aide de Dieu, non pas ma main ne mon courroux. » Si en advint ainsi en peu de temps après ; car le roy le fit adjourner à comparoir devant ly, où qu'il fust , dedens le dix neuviesme de novembre, sur peine de confiscacion de corps et de biens , ou d'estre banni du royaulme. Cest ajournement se fit à Saint-Pol , comme en sa maison souveraine , non obstant qu'on savoit bien que ledit comte n'y estoit point ; car estoit en Hollande avecques le comte de Charolois. Dont sitost que l'ajournement fust fait , prestement luy fut annoncié , qui assez s'en trouva esbahi; et non sans cause, car se trouva en maie grâce du roy , et en tel dangier que la vie y alloit , l'onneur et la chevance. Se trouva aussi en maie grâce de son prince et de long temps ; mes de ce ly mesmes estoit cause. Et puisse vît traversé et non bien volu du seigneur Croy , qui les deux princes , le roy et le duc, menoit en

main çt estoit le tout en touu Et pur ainsi n'a«

Toit attente nulle ne refuge que sur le comte

de Gharolois, qui devers le roy et devers père rHAPTTRF TXI

aussi estoît traverse meismes, et n'y avoit povoir ne riens. Si sembla lors audit de Saint- Pol que loule ccsle haine contre ly et les durs termes tenus , lui venoient k cause du comte de Charolois, pour ce quUl se tenoit aveucquesluy, en grand ennuy et déplaisir de ceux de Croy , mal volus du comte. Si s'en devisa aveucques ly, complaignantque ceuîx de Croy boutoîent à sa charrette terriblement fort , et que le duc aussi s'y conse;itoit de legière et en dissimuloit, pour ce que le rdy prîst mcismes la querelle et l'action. Et dîsoienl plusieurs alors que la chose estoit assez vraisemblable : que la hayne prise contre ly de tous costés luy estoit grand avancement de ce dangier ; car se Tung des trois luy eus^ volu bien , de tout cecy n'eust esté riens , ce sambloit , et vray fut. Doncques en soy dolant au comte de cecy, qui fortement l'annuioit, tant plus se aigrissoit contre ceuIx de Croy , auxquels il en donna la charge que ce ils feissent en son despir, comme aulires assez de fois avoient fait, cedisoit, et de longtemps Si respondit à cely de Saint- Pol , disant : « Beau cousin, à tel arbre que vous pendrez et moy aussi, à telle coupe que vous buverez et moy en meismes. C'est pour vous chassier en arrière de moy qu'on fait ce personnage. Mes qui ne me chassera hors du monde , on ne vous chassera point hors de ma maison. Il faut souffrir et endurer selon le temps. Mes les temps ne demeurent point estables toujours sur ung point ne sur une fortune. Se ceulx de Ctoy vous eussent volu aidier autant comme grever, de cecy ne feust riens. Au fort il en prend l^^ien à moy. Par avant je n'avoîe point de compaignon en adversité , et maintenant j'en ai ung au moins. Je vous reconforteray maintenant et vous moy ; car grand solas est au chetif avoir compaignon en sa misère. Toutesvoics il fault prévenir et trouver moyen de vuidier hors de ce dangier sans présenter le corps. Aidiez vous , et moy quand je pourray je vous aidcray, se le lieu se oiïre. « Co furent les devises des deux comtes, dont la continuation de Tetfectse dii*a après, par ordre des matères qui y sont entre deux.

Comment les deux consaulx , est k savoir le conseil du roy et celuy du duc, tousjours se trouvèrent ensemble.

Le duc pour ce temps ci tcndoit fort h eslre hors de Hesdin , à cause de ses aultrcs graves affaires qu'il avoit , et souverainesoent pour son voyage en quel se senloit obligié par ses gens à nostre saint père. Si eust bien pris en gré le partement du roy aussi , mes n'en veult faire semblant. Et à Taultre lez le roy, jour après aultre, fit courir voix de son partement. Et pendant ce temps les deux dbnsaulx tousjours se trouvèrent ensemble , est à savoir le conseil du roy et cely du duc , sur toutes matères difficiles et litigieuses qui pooient estre entre les deux touchant enclavemens de terres, explois d'officiers, haul'teurs et seigneuries, dont de tous temps anciens les progénitcurs du duc, comtes de Flandres et ducs de Bourgoingne, soloient user, joyr et possesser seigneurieusement , et de quoy aultrefois, du temps du roy,Charles mort, avoit esté meurement et gravement délibéré , conclu et deffini au grand conseil da roy , et par le roy meismes , en avantage et paisible fruicion du duc , en Paris, l'an quarante huitième ; là où pour ceste meismes matère estoient convenus . pour la part du roy: le comte de Dunois , le chancelier de France « maistre Guillaume Jouvenel aveucques ceulx du conseil, évesques, nobles hommes et clercs; st de la part du duc de Bourgoingne , le chancelier de Bourgoingne , messire Nicolas R<Jlin, messire Jehan de Croy, et multitude d'aultres gens de conseil à ce duisans. Et là, par accort des deux parties , fut déterminé et décidé du droict et de Tinlérest de chascnn « et imposé fin et silence à tousjours à chascun, et de la dcterminacion là prise et pronunciée. Nonobstant quoi maintenant le roy Loys estant à Hesdin^ le quel depuis cecy estoit devenu roy , son conseil rcmist de nouvel en termes cestcs meismes difficultés , disant que : de chose ([ue le roy Charles eust fait touchant icelles , le roy de présent n'en tendroit riens i

non pas le moindre point <pà y fetist. Et furent

GF.ORGE CnASTELlM:

les deux'consaulx tn grand cslril' 5 reste cause , l'ung pour voloir obtenir , et l'aultro pour non voloir sonlTrir passer ; et lellement que urig nommé maistre Jehan Jacquelin, 1res notable sei{fneur et ifouvernetir, commis novellement de la chancellerie du duc , voyant l'aigreur cl la manière volontaire et fièrc de ceulx du roy , dist : « Déa ! messircs ! force n'est point di'oii; et là où volenté veult avoir sa dopiiuacion par haultenr , il fautt bien que raison ploie. Se nous envers aulcuns auttrt^s volions user du semblable comme vous envers nous , vous nous en diriez blasmc. Vous avez eu roys devant vous , et en aurez après vous. Se tousjours les nouveaulx vcnans voloient casser et annuler les choses passées , faites, données et scellées par les devanciers; envain doncques se donroît jamès rien , et envain se feroient et donroient appointemeus et pourvisions en la chose publique et en Immaineconvenableté. Bien sachez que', se affaire avions à ung duc de France ou d'Allemaîgue, voire hardiment à ung plus grand beaucop, réservé le roy . nous ne bcsoingnerions point par ceste maoièrei et ne ploicroit nostre raison à volenlé de nulluy, comme ici . " Enfin toutesvoies, qu'à dur qu'envis , d'ung costé et d aulire ils s'appoinctèrent ; mes ce n'esloit point sans groingnier, espécialement du costé des Franciiois, clercs et gens du conseil , qui tousjours iiiordoient en parole et monslroienl une haine couverte en leur semblant , quelque bien ne amour qu'on leur sceust faire.

Et comme cestes gens icy en leur estât donnoient à congnoistre leur nature, aullre^ aussi d'aultre \ocacion et en leur degré donnoient ù entendre la leur , mumurans eiUre eulx de ce que le seigneur de Croy gouvernoit le roy , ce sambloit , tout paisible ; et pensans que Bourgoingnons et Picars se fiassent fort sur ce gouvernement, et que le roy en fcusl cause , ce le royaulme ne leur semblast entre les mains. Aulcuns d'eukse trouvans aveeques les Bourgoingnons, par manière de rcpieuve et <ie mocquerie , leur dirent : •< Vous aultrcs les Bourgoingnons, il vous semble bien que vous gouvernez le roy et ce royaulnie, ci que tout vous est entre mains I pwce que le seigneur de Croy gouverne le ,

loy, ce samble. Par Dieu ! ne vous y fiez point ; ne jamès tant d'honneur ne vous est à avenir. Tant que le roy aura aDiiire du seigneur de Croy, il s'en servira et aidera, jusques àeslre venu à ses fins. Mes là venu, par Dieu! il lui baillera de la pelle sur cul et l'en envolera tout confus. Vous n'êtes pas gens pour gouverner ce royaulme , non; et l'expérience vous en fera sages à telle heure que ne le Guideriez point. ■• Ces paroles et si fuites volèrent cliù et là , et lesquelles je ne répète tant pour l'inlerprétacion du bien ne du mal . comme jsj fais sur l'attente des choses qui av( voient , là où les paroles alléguées aroieojj grand lieu et seroient dignes d'eslre ramena teues.

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