CHAPITRE LXXIII
Comnicnt le roy prisl Ira Lii^geoia en sanïe-garde, el eomiuenl le pape les encouniunia par bulle publiquemem.
Après encore quand ceste rompture venue ^e Fi-ance 3 eu] son doloreux elTeci , et que Je duc , pour embelir encore sa cause envers Dieu et envers l'houDeur du monde, a mis en son itironne glorieusement paisible Loys }e loyal héritier, luy exibé liommage etobcis- ,^ncc le premier du royalme , pensant ledicl 3»y l'avoir sien el son favorable et vray amy fi^rpéluel , trouva laniost des choses aullrcs, ■gue jamès n'eust cuidié , el qui luy donnoient " merancolie en Paris par plusieurs noies , et par les quelles se percevolt bien que, comme léal ne vray qu'avoit esté envers aultruî , aultj'ui n'esluil point lel envers ly, el irop à lost scfaisoitcoagnoistre. Mes puisque lu on estoit ^enu , il en convenoil faire son profit, ce luy sembloit, au mieulx qu'on polroit. Promptcuicnt en prist les Liégeois en saulve garde envers tous et contre tous, sans y spécifier duc ue comte, et les quels ne tendoient que de sous ung haull aveu faire dommage et grief â ceslui duc. Vez-là jà commencliemcnl de rompture; car Liégeois devindrent si fiers et orgueilleux, à cop , que à leur évesque, qui estoil nepveu au duc, n'accomptèreot ungiKiys; ains ly lirent loutes les rebellions et les haul-
U) Ejurataa >i ccUe npliiioiL,
laines qui; pooieni, comme se par icellui moyen demandassent la guerre; en la quelle loutesvoics le duc ne se fut faim , ne pour roy ne pour empereur qui porter les voulsist , et qu'il ne tes eust rombatlus. Et s'en fcust mis en deljvoir , aussi lost tpie les Turcs , se la cause s'y feust trouvée. Meismes le leur mandu tous les jours ainsy. Et pour plus les atamer et mener confus en leur fausse perverse erreur cl malvaise nature , il les fil sentencier, excommunier, charger et regrever, par bulle publicquc de nostre saint père, et donner commande de croisier sur eulx comme sur les Infidèles , et comme sur peuple désobéissant au saint siège aposlolicque. Et à ce faire convocquoit ledict nostre saint père le bras séculier en son ayde. De quoi Liégeois si cffréés que oncques nul peuple tant, proposèrent à rompre l'indoulie ii genoulx. Et firent puis cy puis là des esmeutcs beaucop, mes en efl'ecl non oncques si hardis que se missent aux champs, car sçavoieni de vray qu'ils aroient la bataille , dont riens ne craignoi^it tant que de l'avoir de ceste main. Et comme cesle rébellion de Liège estoit ung retardement en son endroit du voyage entrepris, et qu'à celle cause l'apparence estoit grande que mescliief de guerre en adviendroit, parqucy le duc en seroit rompu en son emprendre ailleurs, loutesvoies ne s'en tint on pas encoirc à tant ; mes le président de Bourgoingne, envoie à Paris de la main du duc en parlement et à la requeste du roy , le roy le fist prendre rudement et rigoureusement traictier, sans desserte et à grand tort; le fit mettre en la conciergerie du palais, comme ung homme mesfaicteur et de nul estai. Dont oncques puis , ly qui estoit tendre homme et non appris de telle vie, ne recouvra santé; et en moi'Ut en ung an après; dunl ce fut dommage. Et disoient les sages qu'oncques la maison de liourgoingiie ne recuut si granit playe que cesle, par la manière qu'elle estoit fuite , el que c'esloit une rétribution bien esirangc rendue pour bénéfice reccu, et la quelle le duc digéra au mieuk que pooit, avecques maintes aullres. Si advint encore que, la propre année que Uint avoil fait de services et d'onneui's au roy Lôys , et comme pour mil quelconque accident touin^voies
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geouge chastellain.
qui «urvena feust de petit espoir , il n^avoit ceoé d'eavoier vers le duc de Milan , messire Jehan de Croy pour soHiciter tousjours le wyage, et messire Simon de Lalaing arrière tout de nouvel, devers Tempereur et ailleurs, monstranl tousjours sa voulenté estre une et estable en ung propos. Avint qu'envers les qoaresmeaulx devint çriefvement malade, et si très fort et longuement que Tespoir n*y estoit jàmès de son recouvrer , et que par toutes les villes de ses pays en furent faites les proeessions solempnelles , les sermons et espéciaulx sacrifices , comme se le salut du monde eust pendu à sa vie. Si demora toulesvpîQs languissant tousjours, par Tespace d'an et demi, et que jamès homme n'eust espéré son ressourdre , se non par miracle et non aultrement ; car nature n'y monstroit nul pooir d'elle meismes. Mes ly , qui tousjours avoit en regret la grande ardeur qu'avcnt iKMme pièce portée en la matère de la foy , 0L pour laquelle il avoit fiût tant de diligences •C poursuites, tant porté de frès et de ipraas soings que tout y avoit mis cuer et peoîr» enfin Dieu le recongnust et le prist à meichy. Et comme se iaulte eust commise, ce tey semhloit, de tant s'estre retardé pour les kvMÔnes affaires , luy prokmgua encore sa vîe (MOT ung surcrmst de grâce , afin de mettre à ^ect sa bonne volonté. Et le remit sain et lanf , net de corps et de membres , droit allant, bien estant à cheval, buvant, manfeant et faisant bonnes chîères comme oncques, laès atout ung aigre et continuel souvenir, que celle grâce, comme meismes le confessûit , luy estoit venue par miracle et fuir seule miséricorde de Dieu , pour Tardant affectioa qu'il avoit à le servir encontre ses tnnewa, disant publicqnement : que sans cela il estoit impossible que jamès en feust délivré et qu'il n'eust fait le pas. Par quoy de là tM avant chaucKa tant plus fort ; et qu'avec oe quenostre sainctpère toujours le solicita, l'une fois par bel , Vaultre fois assez aigrement , si y envoya-il , men de propre estomac, à ses longues désirées fins , comme qui d'ailleurs ne salut , ne lionneur , ne contentement de Dieu n'attendoit , que de là , ne satisfaction , ne à ly propre , ne au monde. Et voyant les choses estre venues à extré*
mité quasi entre les crestiens et le pervers tyran tnrcq, en Tan soixante-deux et soixante- Irois envoia au samct'père Tévesque de Toomay son chief de conseil, ensemble messire Symon de Lalaing, tons deux plains de ceste matère devant tous vivans ; et leur donna charge finale d'obligier sa personne , selon que verroient en leur discrecion estre faisable. Et les quels depuis , selon la charge de lui acceptée , et que leur discrecion portoit, robligèrent* personnellement de soy trouver 'devers le sainct pasteur, et d'emprendre avecques ly le voyage sans resoîng
et sans regret
riTi « -.n^ir
tout affoiblissement
de empa par maladdUe, grandesse d'éage et de vieux jours , et loingtaineté entreles princes crestiens , une des plus grandes et déciles pour ce faire.
Comme doncques ceste maladcUe comparable à la mort a esté cause aussi longue et grande de cestni retardement , et que jà l'espoir en estoit dehors à tout homme , que cecy se peust jamès relever par ly , car n*y avoit apparence , et que Dieu néanmoins y a ouvré depuis et Ta relevé et remis en pies sains , atout le meismes volonr, et aussi ardant, se non plus, qn'oncques par avant , sont venues arrière aultres difficultés derrames , et les plus grandes de tontes aultres. Et comme se le diable eust enrie de tout bien faire que cestui proposoit , et ne quémst que rompre tousjours cestni sainct voyage par*plus et plus fort dangier, sont venues diverses malédictions , à cause de malvaises gens , en la maison du duc , discordes et altercations entre ly et son fils , haine formée meismes du roy encontre le comte de Charolois , murmures et rumeurs par tons les pays , par tontes les bonnes villes et les subgects ; les quels voyans l'apprestement du duc pour partir en son aller en la croisée, et la grande difficulté qui estoit entre ly et son fib , par quoy ils demoroient, ce send)toit, en dangier et en branle de maint péril , ont meismes difficulté cestni voyage ; et jugeans chose mal faisable que le duc les lessast abandonnés, ou en aultre main que de son fils, dont véoient l'appaisement fort dangereulx, procuroient aussi le partement de ly estre retardé jusques bonne fin feust entre ly et son fils ,
ou aultrement tout iroit mal , et seroit la came
llâflî] CHRONTOrE DES DUCS DE BOURGOGNE.— II' PART
de son parlement , cnuse aussi do la ruyne du tous ses pays , qne lonfjiiPinent ei de imit temps avoil bien gouverti<^9, et glorietisemem eofiduie».
> ConcinM , comme In cas ici n esti^ trouvé te iin;> point pliix iliflieile qii'oncques nul des auUres, et tjue y jjisoit lo droit rompetout , et que lediaMc s'y eaforçok plus qii'oncqaes aillenrs , je l'ay repolie aosst . avrcqnes Mitres tiîeD cler voyans , le derrnin de loute romptiire , se par mort non , et par quel , s'il ■e peult , debvoit en ^a difficulté l'ennemi se rendre vnincu. Kt s'il demeure en sa rigueur cl estr.ilncte roideMe , le duc , mnlgré ttiy c^t encontre sa bonne sninte delibnracion et diligence dcmorera reculé et retardé, elpctiltestre frastré de tous poins do sa contendanco , jà'soit ce que r»ens ne luy endemorera moins de gloire ne de mérite ; mes porra eslre congneu à loul le monde en ()uels debvolrs il s'en est mis, et coranienl il a léaumcnt poursieuvy son deu , lorsque les fortunes et les maulvais liommes luy en (Hit rompu par mainte* diverses foys tout l'effecl. Le quel , »e après tant de dangiers et de diBicuUé» surrenues et vaincoei . Ilnablement et par don de Dieu se IrouToit wrtissiiil à réale ëb , je dis, comnii' pour ceste cause l'ây alléfjué et mis en conte, cfue le prévisement de l'homme du seigneur de Riteaulx aroit esté prononcic à grand mystère , el qne ensiciivanl le coolcnu de sa parole , vo'irement aussi facilement on ensi tiré dRpuis une pierre de nnc roche ou parfond de la mer, et tirée deliors en l'air, comme ce prince Ici sera f>cusl eslre venu h chief de soo voyage entrepris, It'i où tant a en de romptores, el par l'coYie da dinble. ^