‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 26 sur 494 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Çonuneut Qiessiro Atis do Briincu respoûdil au duc.

Très cutentivement escoutoient parler ces- ^cts seigneurs leur maistre , tous esmervciliés de la meure discrécion de luy et de son s^us', cncoires en cas si pesant qui luy devoit empesçber la raison et troubler Tesprit par le boulion du sang nouvel cnflambé.Sileregai*doicnt des yeulx , et de cuer le contcmploient sans dire mot, loant singulièrement sa liauUe A^ertueuse constance, plus cuvre d'ung Pompée viellart que d'ung jcusne César, tant fut saige; et s'ammiroient comme povoit naisti^e en ung si jeusne corps une telle gravité et tollérance , encoires après Tavoir veu freschement si dttaint de péril que la mort sy jugoit. Par quoy, quand le virent si revenu en contraire fortune, si estable et pacienten son deul , et que encoires, emprès ung cuer enfelly de ire, il logoit pitié et compassion sur les maulx avenir, certes non seulement les fist ammirer, mais avecques larmes logiés soubs les paupières, secrètement leur perchoient les entrailles du cuer par ses parolles; et disoient Vung par pensée, Tautre entre Icsdens, le mot que dit la femme à Jéshu-Grist : « Benoit soit le ventre qui te porta

et la maouneUe qui te alaicta. Avec toi voulons

de bonne heure ; ne riens avec toi ne uous peut; estre dur ne riens mauvais ; tu nous enhardis les cucrs, tu nous asscures les couraîges, tu nous promets joyeuses fortunes. Ya , nous sievrons ; commande et emprens , tu vaincras en ton bon droit, et ton droit nous justifiera en ta pitié. Elle nous conforte, elle nous enseigne victoire et glorieuse yssue. Va , homme de Dieu , va tost et emprens ; en toy aura bon duc et grand valeur en tes sievans. » Telles et si faicles parolles disoient les. aucuns taisamment, non avancés encoires nuUu y 4'eptre eulx de parler , si non messire Atis qui premier Tentreprinst et commença à dire :

« Monseigneur , trop nous est dur, et doit estre , vostre anpuy ; et comme de «ostre seii^l prince et seigneur à qui foy et amQur uous^ oblige, nous avons condoléance eçt vQ$tre fortune et passion pour avec vous en sipufiriri^ et non tant seullement pour deul q[U^ nous, véons en vous, mais pour le grant inescliief meismes qui s'espart sur nous tous, parpjerte généralle , dont nous volons participer et devons en généralle doleur. Car ne siet qu'on vous souffre porter seul , ce qui à cent QÛl nûlliers d'autres touche en commun; mais çertes se vostre présent annuy, qui est juste ^ nous va troublant à ung lez , à Tautre nous réconforte couiblcsse de vertus et de sens que nous appercevous eu vostre jeusne éa^ ^ tout décoré jà et embclly de prudence die vieillart. A Dieu gloire qui nous a pourveua d'^ung tel gonphanon, d'ung toi pareiQeii^ entre nous, spectacle futur des princes crestiens et miroir des vertus que'présen-* tement avez tiré de v*osire pis ; ce de q^ey Dieu et homme et nature et toutes les hauttes puissances célestes et , ciel et terre et lea firmamens vous doivent louer et sousteoir, donner faveur et confort , protection et coiih verture en toutes vos ouvres , en toutes vos cntreprinses et en tous vos haulx et durs et divers aflaires , quand , en cas d'humaine \çur gance, si licite pitié encoires s'entremesie eu vous avec fureur, et logiez regard profond et regret maint, là où communément hasiive cruaulté . demande lieu. Si n'a pas la noble terre françoise mal exploitié quand , mère dun toi, getton, vous a produit en es^

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CHRONIQUE DU DUC PHILIPPE

tre et donne nourrilure en son gfîron/encoires tout au plus hault de son thronne. N*en a perdu ses haulx dons, ses précieux paremens, ses singuliers bénefBces et dignités iinpartis à vous. Appert bien que bien les a logées, bien conférées et bien employées » et que vous n'estes pas de ses enffans ingrats pluisenrs et descogneus , basters en amour et en honneur boisteux, rendans mal pour bien et yilonnie ponr receue gloire. Certes, bien doit porter aise la sieute de Tos grans osts, vos horribles tumultes et cbeyauchées envers beancoup d'autres.

Et ly doit pacience estre une espasse en souffrir pour tous , qui montrez avoir per^pétaelle amour en vous vers elle. Bien doit estre vostre tribulacion certes la sienqe , et en fortune à vous deux une commune amytié. Si croy certes qn' ainsi soit et que les divins et humains jugemens tous s'accordent en cestuy point et l'auctorisent ; car s il le loyst du*e, vous aujourd'huy avez satisfait à Dieu et au monde , et avez si noblement parlé que voas ne pourriez que bien faire. Si louons Dieu de ses bontés et vous des vo(5|re9 qui Be seront ignorées jamais. »^

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