CHAPITRE TII
Cômmeni le duc conToque k Gand les qnatre membres de Flandres qoi asseatent à sa demande.
Grand estoh le soîng par l'^ensct la solîcftude , Tun pour faire , Tauire pour conseiller chose qui peust porter fruict et proufGt au présent affbire du maistre , qui estoitde grand poix. Si y avoit de diverses considéracions et de diverses choses arguées en divers lieux. Mais pour commencement de besoingner, ir fut advisé estre licite et expédient de mander hastivement les qnatre membres de Flandlres , pour venir en Gand tenir leur assemblée devers leur prince , aflSn d'avoir conseil et advis avec euïx sur le cas advenu, aussi pour prendre la possession de son pais à luy escheu de son père deffunct. Si furent mandés , et y vindrent en bel estât et en grand nombre , notables personnes , tous liabilliés de noir, pour révérence de leur prince perdu, et tristes en semblant par compassion de la
douleur du nouveau. A heure doncqucs propre et députée se trouvèrent tous joincts devers leur seigneur, en chambre convenable , là où luy meismes, pour plus les attendrir et affecter en son faict , se bailla spectacle à leurs yeux , et leur fist remonstrer la doloreuse et confuse mort de leur feu noble seigneur et prince son père, soubs umbre^do paix et de salutaire convencion pour tout le monde , traitreusement murtrv et cnvcrsé à Montereau , qui estoil cas de pugnilion eu divine justice et meismes en humaine vcngance , non seulement de ly son fils , seul héritier , mais de toute la généralité de ses subgects, bien amés de luy aulresfois, et luy de eulx. Si leur fust remonstré aussi en quelle aguë ardeur de s'en vengier , il s'estoit délibéré et conclu de y entendre temprement et le plustost que pourroil. Pour la quelle chose mettre à ellect, en puissance de gens et d'argent convenable , et de mettre sus emprinse non reboutable par autre , il desiroît à sçavoir de eulx leur affection et le secret de leurs cuers, comme de ceulx à qui il touchoît , meismes comme à luy, et par nature et par honneur ; car par eulx vouloit entreprendre et besoingner , et par eulx vouloit estre secouru en besoingnc, comme raison le donnoit; et ne fust ores que pour le despit de leurs ennemis qui si cruelle mort avoient procurée en leur prince.
Vive estoit la voix du parleur. Et combien que la matère de soi fust piteuse , toutesvoics sçavoit bien user de termes et de couleurs nécessaires au cas pour plus les vaincre. Si n'y ot cely qui ne tehdist les oreilles et qui no meist toute son entente à Tescouter. Couvertement souspîroient les aucuns , les autres larmoioient soubs la paupière et transmettoient leurs plours estre tesmoinaige de leur amour. Toutesvoics relraicte futfaicie, et prinse heure de responce, laquelle venue, d'ung commua assentement fu respondu pour eulx tous, avec plusieurs préambules de langaiges : qu'en ceste querelle et toute autre , eulx , comme léaulx snbgects naturels, s'offroient de corps , de biens, d'argent et de puissance à leur seigneur et prince présent , dont ils ne cognoissoient ne ne vouloient congnoistre aut*^* Et tant et si avant que leur povçîrjje po«r
GEORGE CHASTEUAIN.
estcndre" et tirer , vouloient mettre pais , villes, femmes et enffans, tout en branle et en aventure pour Juy, et souverainement en cestuy cas là où luy et eulx estoient si villainement foullés et addomaigés que oncques nuls si fort; et luy prioient qu'en ce il preist ferme et parfaicte fiance , et qu'il advisast la forme de sa demande, quoy et combien, et que du surplus il les laissast convenir à son prouffit ; et ils feroient tant que il les cognoistroit vrays et humbles subgects^ fort embrasés et espris de son amour.
; . De quoy f u si content et joyculx que nul plus, et non sans cause , car par leur secours povoit faire ung grand escart entre ses ennemis , et se monstrer fier et puissantencontre leur orgueil. £n quoy est bon à noter que en comblesse de substances et d'argent, non es dignités et haultesse de leur nom , gist toute la gloire et la regnacion des princes» Lesquels quand ' prodigues sont en despendre et en vanités et en choses non utilles , et puis rapineux et tirans par povreté sur les subgects, communément en grands affaires se treuvent deffaillans et frois, et impotens leurs subgects à leur besoing.