CHAPITRE YIIL
G>mment le jeune héritier commença à porter le titre de duc À LÛIe et d'une députation de ceux de Paris.
^f Au chief d'aucuns jours après, ce jeusne duc, vuydant sa maison , s'en alla à Sainct Jehan , la maistresse église de la ville; et là, à la coustume et usaige de ses prédécesseurs comtes du pais , accompaignédej moult gi*and chevalerie et de grand nombre de notabljes , print le possès et héritement du pays , comme vray héritier et seul hoir. Et promesses et sermons fais de la part des subgects comme droit le volu , luy de la sienne se mist en devoir vers eulx tout avant , pour conservation d'eulx et de leurs privilèges, avec asseurement de leur estre bon et bénigne protecteur et prince. Si fu la joye grand par lyens et la tumulte des voix crians : Noël, d'ung merveilleux et hauUestonnement.L'assemblée se dessévra, et se retrahy chascun en son lieu. Dont , bientost après , cestuy nouveau comte, pour entomer^ses affaires à ung bout,
alla en sa ville de Malines , en laquelle convindrent devers luy son germain le duc Jehan de Brabant , Jehan duc en Bavière son oncle , et la comtesse de Haynnau sa tante ; et tindrent parlement enseooble par aucuns jours sur leurs affaires et sur le plus expédient à leur honneur , tous unis et adjoincts en ung meisme vouloir et en ung meisme désir de poursievir la vengance à l'extresme riguer de mort et de cruauté , comme ils feirent , et si exposèrent ce peu que ils vivoient. Non gaires de là, vint droit à Lille et y tint sa résidence par auèun temps^, pour ce que proche estoit es marches françoises et à plusieurs autres pays frontiers ; et print là les premières lettres des tiltres de son père et le nom de duc. Affuites vindrent de toutes pars tous les jours vers luy de plusieurs grands gens et seigneurs , qui servi avoient le père, et luy vindrent offrir service et cremeur, comme au defiunct, envers tous et encontre tous , et de y persévérer en léal et estable vouloir à jamais ; qui bénignement fut reçeu et prins en bon gré comme on devoit ; et en fut retenue une part, et l'autre non habandonnée, enrichie de beaux dons et de promesses. Geulx de Paris , aussi , desbaretés en la cruelle et iraudulente mort de leur très chier seigneur le duc Jehan, vindrent à refuge droit cy aussi; et après longues condoléances du meschief qui leur touchoit au cuer , se vindrent conseiller à luy de son plaisir et de ses affaires. Car estoient ceulx du monde , qui en fortunes contraires attendoient les premiers estours, étés prospères de son feu père s'estoient portés les plus à luy ; à la quelle cause avoient eu moult à souffrir dedens leur cité , et estoyent hays durement de l'autre partie , les daulphinois. Si luy remonstrèrent maintenant estre expédient, voire nécessaire, d'avoir advis avec;,luy sur toutes choses , car véoient guerres et tribulacions sourdre en ce royaulme plus que ja^ mais , et à tous lez apparoir menasses et espoventemens au peuple et aux cités, par la force des parties dont chascun contendroit et contendoit ores à en descirer sa pièce. Dont eulx se sentoient au milieu du dangier et estre le gouCDe et le droit rassamblement de la tempeste, se ne fust sa bonne bénigne protection; en la quelle ils se confioicntet
CHRONIQUE DU DUC PHILIPPE
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espéroient salut. Si fiist de ces députés parisiens, le premier président en parlement maistrePheiippe de Morvillers. Auxquels oys et humainement receus fut donné responce consoiative tout à leur chois; et non seullement promesse de y entendre, mais avec remerciement de leur longue maintenue faveur , leur prioit-on de tousjours persévérer itieulx. Parquoy en advantaigede ce , à tous lez on leur promist d'envoier lettres à toutes les bonnes villes tenans la partie du roy et de luy, par lesquelles il prieroitau peuple et citoyens de chascune : que , comme ils avoient esté affectés à son feu père pourchasseur de leur pays , ils voulsissent demorer pareillement ses adhérens et amis, qui estoit en semblable voloir devers eulx et demoureroit tousjours. Dont, pour donner vertu aux promesses et efficace à sa bonne intencion , proposa d*envoyer prochainement vers le roy d'Angleterre impétrer trêves pour tous ceulx du party du roy et du sien ; les quelles obtenues Us seroient asseurés de ce que plus ne les povoit molester , car avec la grâce de Dieu, tout premier il les entendoit bien à préserver, de tout ailleurs, de péril. Si furent ces lettres foictes et envoyées sur le contenu touché, et encoires plus amples , car on leur signiffioit par tout et requépoit que , au 17« d'octobre , dedens Arras voulsissent envoyer devers luy certains députés de leurs notables, avec toute puissance de besoingner sur aucuns poincts qui leur seroient remonstrés , présent ly , car chose estoit nécessaire pour eulx et prouffitable.