CHAPITRE LXXXIX
Comment le duc , .ipri-s
A ces mots le duc commença à parler ; el tourna sa parole sur ung secrétaire estant lez son fils , le quel le duc n'avoit pas bien en grùce , et se doloit de quoy son fils lu ci'éoit et luy donnoit foy; car aultrefois l'avoit trouvé faussaire , et avoll mis en unes leitre.s, avoit signées, deux lignes voir ; el ce il prouvcroit
bien , ce disoit. En après rechéy, comme an jour de devant , sur le selffnenr de Croy el son frère , disant : que son fils les voiiloil débouter d'en arrière de ly, non obsinntquc de tout temps l'avoJent bien et léalment servi et n'y trouva oncques faiilto. Et disoit oultre; que tout ce qu'il avoit appris d'aimer son fils le héoil, et le coulraîre , tout ce de quoy ne faisoit feste, son fils le !recueilloit. Et ce il confirma par l'exemple dti comte de Sainct-Pol, le quel il prist avecques ly et en son service depuis qu'il confpieut qu'il ne l'avoit point en Rrace. Dont par ly et par anlires ouleuns de petit eslat , depuis qu'ils s'estotent mêlés de ses aiTaires et do «on conseil, disoit qu'onques puis n'avoil trouvé le dict son fils fors que plus dur et plus fier et plus loinjï d'obéissance. Et résuma nrrière ce qu'il avort diot le joor devant louchant le voyafje de Turqnie : comment ledict son fils avoit mis avant: que, au partir de ses pays, ildevoit avoir promis de mettre en la main du roy de France ions ses pays de decbà la mer , et en seroit {îouvernenr messire Jelian de Croy pour et au nom du roy. Sur quoy. pour s'en eiccuser devant eulx.jnroil sur sa foy qu'onoques n'en avoit oy parler : et s'esmerveilloil dont venoient telles paroltes, Pareillement filil des terres de delà la mer , Hollande , Zellande et Frise , les qtiellcs il debvoil avoir promises à mettre es mains du roy Eduard d'Anf^leterre, selon le dici de son fils. Mes touchant ce point , ce disl alors : • Ce sera la denaine volonté que j'auray jamès. ■ Pois vint au point qui conlenolt prières de pardon au\ estas qui avoieni esié au nuiulemeni de son fils. Si leur dist': que, touchant eulx , il en estoit bien content , et leur pardonnoit tour offense, moyennant qu'ils ne le l'cissent plus,
chapithe xc.
Comment le roy part? de Nog«nt lint i Luueul en npprochnnl Picarilie, pour la joumÉe dei Angloii qui a'npproctia.
A tnnl se faut taire maintenant des afTnires du duc de Bourgoiogoe d'eiilrc ly et son fils, pareillement et d'une navire qu'il envoya
pour un commenchcmenl de voyage en Tttrquie dessoubs le basiard de Bourgoîn^e; et convient retourner au roy Loys do France, Le quel , après que la rnyne s'esioit relevée d'une fille i Nogenl-Ie-Roy prenant son retour à Paris , par aulcuns jours y séjourna ; et de ]ft visitant les marches à l'ontour , et tousjours approchant Picardie , fisl son arresl en diverses places , chassant et soy esbaltant pour venir au temps que la journée estoit prise de la convencion des An^lois, le quinlîesme de julet. El lendoil fiwt que le duc de Bourgoingne, le quel il savoîi estre en Flandres, s'avanfast a»ssi de vuidier et d'approchier Picardye pour cesle convention , la quelle Jl craiffnoit fort qu'elle ne se feist , et que le duc n'y entendisi auui chaudement comme ly. El pour ceste canse , tant pour le faire vuîdier hors de son pays que de Flandres , comme aussi "de le veoir , et pour parler à ly de cesle matère . petit k petit lousiours approcha ses marches ; et vint à Luiseul qui est au comte de Sainct-Pol, qui là le recheut et festoya. El ce pendant le duc, qui esioil venu de Bruges k Lille , ordonnant là de ses aflîiires de son voy^e entrepris , et de quoy jamès pour conseil de nnihiy ne se voult déporter ne rompre entendit bien et sentit rapprochement du roy, et de quoy ne faisMI pas grand compte. Car s'cstoil bien perçeu, et se percevoil de jour en jour tout au cler, que le roy, soubs une feinte simnlacion, le qiiéroit plus en ung subtil priiiendre que par racine de vray amour , ne de qnoy il pent avoir joye ; car, et jà-soît aussi que le duc de Bourgoingne desiroit bien la paix ou les longnes irèves entre les deux royaumes de France et d'Angleterre , et que ly il y pocb beancop . et mesmes en avoii esté le prooO' reurprincipal pour l'eiipédient de son voyage, et que par ce moyen les deux rois lui eussent faict aide de gens et d'argent pour | furnison , louiesvoiee , comme les sages luy donnoicnt à entendre souvent et que munnares t'en faitoiem toutes publiques, l'accord entre les deux roys , le quel il quéroil k inteocioa de bien, luy estoii directement coolraire et pri^'judtciable pour le bien de sa personne. Caronsoupechonnoii,etlevoloil-onmainleoj que le roy, en après quand il se trouva
asseuré des Anglois , en paix avecqaes eiilx , il contendroit à meltre à son ploy le duc de Bonrgoingne et ses pays dont la gloire lai estoit annuieuse ; et meismes disoit-on coa- Tertement que le roy se devoit estre vanté : que s'il pooit 'avoir repos avecques les Anglois il mettroit en subjection et en rabaissement les deux cornes de ce royalme les plus roydes h deux debons, est à entendre la maison (h Bourgoingne et celle de Bretafpie ; comme depuis les apparences s*en monstrèrent et sortirent lan{][aiges à commenchement d*effect, par estrange mystère. Et' pourtant, comme j'ay dict , posé que le duc voloit bien tenir la journée des Anglois, et que meismes il en desiroit bonne conclusion , toutes fois , parce qu'il voyoit et sentoit le roy tyrer d'ung collier soupçonneux , et en divers cas et en diverses affaires estre variable envers ly et non de grand fondement , certes fit moins de poix aussi de cest approchement du roy , et assez lentement se mist en voie pour aller à rencontre ; car tousjours pensoit bien à y recouvrer à heure, au jour qui estoit assigné, à Sainct-Omer on à Hesdin en sa ville , là où avoit esté la^convention première. Mes le roy pensant icy d'ung aultre , et afin de le tirer près de ly soubs ombre de visitacion, tant s'en vint joindre près de ses marches , que lessier ne pourroit de honte, ce lui sembloit, qu'il ne s'approchast aussi t*et qu'il ne se venist rendre en lieu pour s'entrevoir 'ensemble. Et de fait le duc en ceste manière partit de Lille , et se vint rendre à Sainct-Pol en Tournois là où le roy arriva la mesme nuitée. Et là s'entrevéirent et furent deux nuits; et de là partans vinrent à' Hesdin pour faire la solemnité de saint Jehan-Baptiste , et se tindrent ensemble trois ou quatre jours.