CHAPITRE XCI
Comment le comte de Sainct-Pol se trouva en la présence du roy, et comment le roy Fatraia à ly par sublil personnage.
Le comte de Sainct-Pol, Loys, qui avoit esté adjourné à son de trompe deux mois devant pour comparoir en personne en parlement , et poursieuvy de cause pleine de dangier de
mort, 'mal du roy , mal du duc 'et tout par ung grand mistère , et chascnn jouant au mieulx sçavoir , par espécial le roy comme bon fait à noter, se trouva cy*à Sainct-Pol avecques le roy , qui s'esmerveilloit de ce mystère. Et Favoît le roy attrait devers ly par subtil personnage , et fourtrait au comte de Gharolois , sous le débaf d'entre le duc son père et ly , et du seigneur de Groy , an quel le duc sambloit porter faveur en contraire des deux comtes. Dont le roy, voyant que du seigneur deCroy se pooit aidier beaucop et servir , et que le duc n'amoit point ledict de Sainct-Pol pour deux causes , l'une à cause de cenlx de Groy, l'aultre et la plus grande à cause de ce qn'il maintenoit et cuidoit que ledict comte tenoit en fierté et rigueur contre ly son fils le comte de Charolois , ly , comme subtil, pensant de cestui débat faire son propre preu , et feignant , en faveur du duc son bel oncle et de ceulx de Groy , de luy trotter dur et de*le faire abaier en grandes manasses, trouva manière d'avoir sa personne devers ly, comme tout content. Et venu à Paris , le récent en grâce et en fit substraction au père et au fils ambe-deux, et à toute la maison de Bourgoingne. Et comme le duc, ce sambloit, ne desiroit riens tant que ce comte de Sainct-Pol feust eslongié de ses fils et hors de son hostel , le roy en joua tout à.bon pourfit et à propre subtilité practiquée , et Testa au fils et au père, au plus grand regret que oncques ledict de Sainct-Pol eust , et à plus grand ennuy de cuer, car amoit de merveilleuse grand amour son maistrede Gharolois, et ne desiroit jamès servir aultre que ly , ne plus hault contendre , s'il eust pieu au duc son père qui y prenoit son imaginacion , sans y avoir coulpe. Et le roy ceci considérant , et que la personne du dict de Sainct-Pol valoit beaucop , et estoit homme pour servir grandement au parti qu'il tenroit , mesmes en print Tavancement devers ly ; et le pensant fourtraire à la maison de Bourgoingne , comme plusieurs aultres , le retint à sa pension et à son bienfaire sur l'attente des choses futures , car avoit durement contre cuer et en couverte rancune le comte de Gharolois , et meismes n'en sçavoit dissimuler son corage. Et disoit-on, et, fut
vrayiemblable, que ce ne hxf mcmtoit fbri do
GEORGE CHASTELLAIN
la peur quUl avoit de ly pour le temps à venir, pour ce qu il le sentoit fier et de hault corage; et avecques la puissance qui lui estoit apparente à venir, si le sentoit- il saimé et douté plus que prince de son royalme. De ceste hayne ou de ceste peur , ainsi qu'on le vouldra prendre , se diront cy après de {grands mystères , et les quelles en les maniant seront autant difficiles et de grand pois au liseur comme à Tescrivain.
. On dict que Thomme se faict escouter par sa parole , et se fait à congnoistre par les fais. Dont et quand les fais concordent aux paroles prédites, il fauf doncques juger de Tbomme , soit en bien, soit en mal, selon sa parole. Geste parabole ara lieu cy après , là où matère de meismes la ramenra en compte tout propre au cas. Et à tant je me retourne à Hesdin ,
là où estoit le roy devers son bel oncle, qui luy fit toute lonncur et bonne chière qu'il peult et comme il devoit. Et encore comme se tout voulsist ignorer ce que bien sçavoit , qu'il y avoit faintise es semblans du roy, lui fit chière et honneur d'amour cordial. Et devisans ensamble de conununes besongnes , le roy y séjourna trois jours , au bout des quels il repaira à Dampierre , à trois lieues de Hesdin , où estoit la royne ; et lessa le duc son bel oncle en sa ville de .Hesdin avecques la ducesse de Bourbon sa seur; et luy promist de le venir veoir temprement enyers le jour quinziesme de juillet, que les Angloisdcb voient venir à leur journée. Et tandis et tout ce temps pendant il chasseroit , ce dîsoit on , en la forest de Kersy , et se donroit bon temps-, et ainsi fit.
L1464] CHRONIQUE DES DUCS DE BOURGOGNE.—IIP PART. m