‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 272 sur 494 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Comment le duc de Bretagne envoie devers le roy pour demorer en son entier , comme ses prédécesseurs (i).

Or, pour venir vivement cheoîr en matère que j'ai à traicter, loist bien ramentevoir ici et mettre en conte ce dont le cas est de grand effect quand il sera cogneu en sa nature , c'est du duc de Bretagne , novel duc j ung des beaux princes des ehrestiens , sage et vaillant , et garni de meurs et de vertus à son appertcnir , Tung des fiers du monde en couraige en son droit deffendant. Gestui duc de Bretaigne , comme avez oy, le roy Tavoit aigrement à cuer ; et ne s'estoit oncques volu trouver devers ly encore depuis son coronnement ; car le roy, ce lui sambloit , le voloit traire à subgection autre que deue et que ses pères devanciers ducs de Bretagne n'avoient appris ; par quoi , comme non avisé de soi plus voloir asservir que raison, fut content aussy de non bougier hors de sa terre , sinon par bonne manière ; envoyoit toujours toutefois devers le roy en toute honneur et révérence; se mist en tous

(1) Ici commence la partie de cette chronique publiée pour la première fois par moi en 1S25 diaprés deux manuscrits de la Bibliothèque duBoi , contenant sous deux faux titres : Mémoires do J. Lcfehvre de Saint'Iiemy et Chronique des ducs de Bretaijne , la continuai ion de la Chronique des ducs de Bourgogne

Voyez ma Notice placée cméte de ce volume.

devoirs et raisonnables offres envers ly^ de lui faire hommage deu , et le servir et honorer comme, parent et subject, d'aulcimes terres ; mes avecques ce , requist qu*on le souffrist paisible en tels honneurs, drois, haulteurs et prééminence , comme ses devanciers ducs de Bretagne avoient joy et usé de tout temps sans contradiction nulle ; car ly qui n'estoit pas de moindre condicion que les aultres , désiroit et réalement voloit joyr du sien comme les autres , ce disoit. Mes le roy, voyant et sentant comment il avoit son royaulme en haulte et glorieuse puissance devers ly, et comment , par les bras qu'il avoit da duc de Bourgoigne qui estoit devenu son subject, et ce qu'oncques n'avoit esté à son père , il étôit doublé et crému de tous les princes du sang , certes , en ceste considération et en ceste haultesse , pesa peu , ce sambleroit , le duc de Bretagne ; et comme un duc de Bourgoigne , qui estoit un bras si puissant et si doublé estoit devenu humble sous ly et son subject , peu lui seroit et pe« tite chose , ce lui sambloit , d'y mener un duc de Bretagne , qui n'avoit port que de soîmeismes. Et par ceste manière et en ceste considération, le roy aulcunement lui tint roides et bien eslranges termes ; et l'approcha, et surquist, ce disoit-on, de novelletés ; et tendoil et s'cfforçoil à marier ses serviteurs , et encore non de lieu ne d'estat paraux , aux filles des nobles de Bretagne ; par main souveraine voloit lever feuages sur la ducié, ce qu'onc n'avoit esté veu; voloit faire sortir les questions cl les causes de Bretagne à la

doe

GEORGE CHASTELLAIN

cour du parlement ; avecques pluiseurs autres choses , dont le duc et ses barons faisoient danger et contradiction. Dont , pour ce que le roy le voyoit restif contre ly et mal ploiant à ses désirs , et que voix couroil aussy, et lui avoit-on donné à entendre, qu'il s'estoit allié et ajoinct avecques le comte de Charolois , le roy de Tung et de l'autre dévola parfois aucuns languages , et de quoi le duc de Bretagne averti de sa part se tenoit à préavisé de manasce ; car lui fut dît , audict duc , que le roy devoit avoir dict : que deux ou trois les plus grands de France il inetiroit au dessoubs et en servage , et deust-il prendre les Anglois meismes à sa part pour les destruire. De laquelle chose le duc de Bretagne averti , et que meismes les Anglois l'en atoient averti par leurs lettres , disans que le roy meismes avoit usé de tels langages à enlx , sainement pensa de y pourveoir par le ploy contraire. Et délibéra d'envoier meismes en Angleterre ; non pas que je die que ce il féist à intention de faire alliance contre le roy avecques les Anglois , mes au moins pour mettre barre et traverse que les Anglois ne aervissent le roy pour le desfaire. Et pour açavoir aussi comment il alloit de la vérité de ce qu'on lui avoit donné à entendre, que le roy^avoit usé de tels langages et devises avecques les Anglois. Et de fait , comme il fut cogneu clèrement depuis , le duc de Bretagne fit monter en mer ung sien vîce-chaneélier, nommé maistre Pierre de Roville ; et celui , afin que la chose en demorast collée , fist-on abillier en habit de Jacopin ; et ainsi arriva au port. Mes comme toutes choses tiennent à congnoissance tost ou tard , le roy et fut averti temprement. De la souppechon qu^il y prenoit avecque dangier encore plus que devant , s'en anima sur ledict duc , et désiroic bien à venir au remède s'il eust pu par sens. !Dont , comment il en fist , ne par qoelle manière, se dira cy-après; car eswmge en sera la nan\acion qui s'en fera , et Teffect du grand dangier pour la conséquence.

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