‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 273 sur 494 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Gomment PhiUppe , fils au duc de SaToyc, venu ven le roy sur seurlé, fui mis en prison à Loclies.

Or, comme j'ai pris pié maintenant sur ce beau duc de Bretagne pour bastir mon hystoire dessus, pour autant qu'il y peut avoir part , et que sans le mener à conte je ne puis satisfaire à ne matère , pareillement s'est venu présenter aussi à' ma phime , en ce meismes instant , PhiUppe , fils du duc de Savoye , frère à la roy ne de France , que le roy, en la saison devant passée, environ deux mois, avoit foit venir devers ly, sons sa seurté et parole , et suadé par belles promesses , de la bouce de Gargasalle, grand escuyer, que le roy avoit envoyé vers ly pour ceste cause. Ce jeusne prince Philippe , soi confiant en icelui , vuida le pays de Savoye , là où il estoit en seurté, gouvernant ses pays; mes venu devers le roy , cil le fit prendre et mettre en prison au chasteau de Loches , en dangier de sa vie et manasce de mort, pour aucunes grandes offenses faites alencontre de son père et de sa mère la ducesse , ce alléguoit-il , et de quoi les oultrages n'estoient à soufirir ; A en voloît prendre la vengeance, ce disoit, et donner punition pour les deux , comme cely à qui le cas touchoit et compétoit, pour ce qu'il avoit épousé leur fille , la royne ; et lui duisoit devant tout autre, d'avoir regard sur son beau-père, et de prendre gouvernement sur sa personne, qui estoit impotente. L'offense de ce jeusne prince et l'esploit qu'il fit , de quoi le roy maintenant se voult venger , est escript en meisme volume ici dessus , de Tannée passée , si ne besoingne de le renouveller ici par récitation seconde ; mes convient bien dire que de la prise et de la manière du faire, peuples et nobles et toutes conditions murmuroient et donnoient charge à Gargassale , et plus encore au roy, disant : « Puisqu'on parole de roy et en son mand ne peult avoir seurté, à dur doncques se doit -on attendre de vérité en homme de moindre condicion ; et par ainsi , foi et vérité et fiance

seront hors de lu terre, et n*y aura riens entre les hommes par quoi ils s'entretiennent. »> Et certes les murmures en furent et crièrent si gfrandes contre le roy , que non seulement en France, mais en Angleterre, en Ytalie et es Espaignes , toutes régions en furent pleines. Les amis du pris s'en doloîent et crucifioient d'annuv ; les nations voisines en eslevoient le crime par criées ; les nobles de Savoye s'en desconfortoient ; les Bernois s'en demenoient jusques à en manascer le roy. Les sages et les estats du pays s'en mirent sus par ambassades ; les ungs devers le roy propre , qui riens n'y firent ; les aultres devers la royne , qui estoit sa seur ; les aultres devers le duc de fiourgoingne , à qui il étoit nepveu et filleul ; et les aultres à tous aultres princes de France , qui tous riens n'y profitèrent ; ains s'en retournèrent et demorèrent en désespoir de sa vie , par les œuvres voluntaires du roy , qui à nulluy conseil , fors qu'au sien propre , ne voloit estre subject.

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