CHAPITRE lY
Comment l'auteur, pour la variation dn roy, il prévoit advenir meschlef an royaume.
Or n*est point sans cause qtie j*ay ramené à conte ce Philippe de Savoye , prisonnier , et les murmures qui s'en faisoient ; car de ce costé de là , tout en ceste meisme saison , ce sambloit ung disposement de rumeur en ce royaulme comme d'auhre part ailleiu*s, et là où les causes estoient jà nées et en estre les aulcunes , et les aultres prochaines d'avenir et qui avindrent non pourpensées. Et ce diS'je pour ce qu'à Theui^e de cest escrit et que je manioie ceste hystoire , je me dontoie pour le temps prochain de tribulation , et que par les circonstances des diverses causes qui touttes pooient tdmer en ung effect , il estoit mal apparant d'en pooir évader au long sans ruyne; car le roy, ce que dur m'est que ainsy le me fault escrire, prist à tous lez questions et querelles aux princes ses parens; usia de volouté et de propre teste en tous ses faits ; avoit povre effect en son promettre , et amour variable en belle parole ; ses amis et voisins puissans traitoit en rigueur ; quéroît à les rongnier en leur puissance ; estudioit à se faire craindre , non à amer ; meismes de ses propres subgects et serviteurs n'avoit 0race , et le savoit bien ; réveloit son corage "^«MiqoemeDt de la haine qud portoit en
GEORGE CHASTELLAIN
cuer; et de ceux donl se p^DSoit servir seloncq sa nuture , et fuissent encore de petit los, ceux accueîlloit-il; voloit seul péffntT et estpe crému de tous; norrissoit sédicions et lespraiiquoit ly nieisnic : en Casiille contre le roy Diego , qui en chéy en dure guerre à rencontre de ses nobles ; et , comme se dira ci-après, en liourgoingne du père encontre le fils , dont tant de doleurs et de mesdiiefs se disposoient pour avenir, que nulle pillé pareille ; eu Angleterre du roy Edouard à rencontre son propre cousin-germain le roy lienry et sa cousine-germaine la royiie ; en Liège , là oii il estoit Fausieur des Liâgeoîs , Bousteneur do leur orgueil contre leur évcsque et contre le duc de Bourgoingne ; et en Bretagne , pour ce que le duo et le comte de Charoloîs s'enire-amoient ensamble , à l'ung pré paroit guerre toute conclute par ses gens d'armes, et à l'aullre quist les voies pour la y avoir en temps à venir ; et ue s'en Taignoil en paroles. Pur quoy je dis , tout mis et tout pris eusamble , considérée ceste manière de faire qui est eslrange , considérées les personnes auxquelles il se prenoit et tout en unjT ensamble , considéré aussi que tout ce qui estoit de l'apperienance du duc de fiourgoingmi et d'alliance, tout ce il repulsoit et traitoit dur , et en quoy il^donna trop à cougnoisire son corage pour avoir los , certes je dis que petit espoir me pooit estre alors de paix ne de Lien en ce royaulme longuement durables , ains peur grande et véritable conjecture de mescliief, quand les causes y estoietit (ouïtes clères. Dont il peut estre que cy après vous trouverez plus et plus encore gi-andes apparences de ceste iribulacion doutée; par quoi , s'elle s'y trouve enfin, et que ma peine tourne à elTuct , au moins s'y trouveront les causes alors descou vertes par moi de production longue.