CHAPITRE IX
D*une amlKissade envoyée par le nonveaa dac ao roi , d'Angleterre à Rouen , et de la respoose dudlct roi.
r Grands estoient les affaires et pesans de ce nouveau duc, et demandoient à tous lez hasUve provision. Dont pour venir premièrement aux trêves des Anglois , il drescha une noble compaignye de chevaliers et de prélals , et les tramist ses ambassadeurs vers le roy d'Angleterre à Rouen, instruicts sur pluiseurs points , tant sur le fait des trêves comme autrement ; et furent cesdicts ambassadeurs, Tévesque d' Arras premier, le seigneur delhou-
longeon , messire Guillaume de Champdivers , messire Guillebert de Lannoy et autres pluiseurs gens de bonne auctorité et bien recom* mandés. Partirent d* Arras à peu de séjour; vindrcnt à Rouen où estoit ledit roy, en fier contenement, pour cause de sa nouvelle conqucste en Normandie , et souverainement de la ville de Rouen. Venus doncques ainsi devers luy, feirent les recommandacions de leur maistre en mode appartenant ; et déclairans leur charge et la cause de leur venue , luy donnoient à congqoistre assez le désir qu'il avoitd'estre son alyé , voire au moins en semblant ; car plus y avoit de fainte que de plaisir et plus constrainte que amour. Le roy les escoutoit très ententivement , et sans leur rompre propos les parsouffroit raisonner jusquesaubout. Dont quand il vit le cas, encoires non légier ne hastif , leur donna lieu de [recouvrer Toublye , s*il y fust , mais nennyl. Lors gravement et bien en manière d*ung fier roy, sans bougier de son lieu , ne autre]aussi, tant fust grand , pourveu de responce en son saing non par emprunt d'ailleurs , commença à dire ainsy :
« Beaulx seigneurs , il me desplaist moull de la mort de beau cousin le duc Jehan [de Bourgoingne et de la fausse et desléalle manière d'icelle , qui est la plus doloreuse qu'oncques mais oysse et la plus mauvaise à parer. Si n'est pas merveille , si beau cousin, vostre maistre présent, contend à la vengailce du père; ains y fait à louer moult et le doibt. Mais se ledit vostre maistre est tel d'aventure comme son feu père , qui m'a mené , par longue traitte de temps , la teste au vent en perte de ma saison , et lui cuyde ainsi faire , certes vous estes moins bien adreschié à moy, car , à Tayde de Dieu, j'entens désormais , sans plus bailler escout à nullui , procéder en ma conqueste et en^ treprinse sur ce royaulme mon héritage , dont j'ay trop longuement différé. Si que , se beau cousin , vostre maistre , veut besoingner, s'en délivre et envoyé vers moi ses gens , instruis et puissans de tout et sur tout, tout prestement et sans délay; car mon intencion n'est pas de plus rien m'ai» tendre à luy. Et â(Gn que plus avant du fait , vecy jà les gens du daulphÎD
GEORGE CHASTELUIN.
adversaires » ^qui attendent à Pontoîse ma responce , et pressurent aliance avec moy contre vous. Brief , j'en prendray l'une irèstost,et la bouteray oultre , à cui qu'elle cuise. J'en suis pressé. Avisez-vous. Et , se vous n'avez puissance qui souffise , retournez bastivement là où vous devez , et revenez en faculté de besoing[ner et de final exploit y ou vous vous trouverez deceus bien brief par la forme que je vous dis. »