‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 290 sur 494 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Coiiinienl l« iluc de Savnye pasM le Icnips piir dectià , enli-c U- roj el Ut ,dui: di^ Bourguiiijjne.

En cesie manière de faire , comme je vous conte , passa le temps entre le roy et le duc de Bourguingne par decbà , lequel tousjouis avoit en l'oeil le voyage de Turquie, pour ce que le pape le pressoit de si près; ne oncques, pour aifaîrequi lui survinst, ne le voult mettre arrière. Et à ceste iotencîon, et aliii de pourveotr en son fait de longue muin , fit pourveoir en ceste ville de Hesdin plusieurs de ses vieux serviteurs , de leur vie; uiavuii la commission de ce , ce renommé et grand bjmuiecnricesac el euseus, Pielre Bladelin,

gouverneur sar toutes les Unaniifts des pays du duc, maistre de l'espargne, et le plus haut en crédence depuis trois ou quatre ans que l'on y vit oncques ; combien que celle crédence n'estoit pas au gré de tous, car moult de nobles et non nobles s'en doloient. 11 recevoit et retailloit sur uns et sur autres i et sur les receveurs des deniers , il escrivoiL si de près, qu'à peine ne lui pooient riens eslordre ; il estoit maistre,d'ostel du duc , ung des quatre trésoriers de l'ordre du Toisond'Or , rice des biens de fortune oullre mesure : avoit, ce disoit-on, bien six mille escus d'or de rente par an , sans son argent prest; et oultrc ce , des biens du duc , en cas d'esiat et de gouvernement, avoit encore bien six mille francs pris sur ly; et n'estoit que ung bourgeois de Bruges, venu et fait tel, moi voyant et vivant. Ung bien y avoit , qui estoit grand , car il dressa le fait du duc merveilleusement Lien; et là oii il y avoît plaie et deschirement par finances , faites au temps passé, truuva manière de les radouber et de les saner. Et touchant tous vivres que marchans livrolent à court, tous les fist achatter à argent contant, el les marchans contenter sans criée ; en quoi il fît honneur à la maison , et à son maistre salut. Si le conjoint très bien le duc ; et pour ceste cause aveucques aiiUres luy donna-il celle haute auctorit^ ; car certes sages liom estoit et de grand poix , belle personne et de belles meurs ; avoit voix cassée, ung peu tirant à femme , et le plus diligent el de grand labeur en ce qu'avoit à faire que l'on congneust. Et pour la grandesse de ly , et que le duc s'en espéroil bien servir en son voyage proposé, proposa aussy de le mener aveucques ly devant tout aultre pour fait de finances , et le seigneur de Goux pour excellence de conseil, lequel haultemenl avoit pour recommandé, car estoit très sage chevalier el grand clerc, homme de graol entremise et de subtil regard , et de qui on se pooit aidier et servir plus que homme de ta vocation. Esloit né de Chalon-sur-Suone , en Bourgoingue , homme digne et loable , et de qui sont falls el se feront encore maints contes, selon la qualité de la personne.

[1464] CHRONIQUE DES DUCS DÉ BOURCOGNE. -IIP PART. 52i

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