CHAPITRE XXVL
Comment monseigneur de La Roche répUcqna sur ce propos, en déclarant son avis du Toyage.
Le seigneur de La Roche disoit : « Et il me samble , puis qu'on est clèrement averti du povre acquist que font Veniciens et les aultres nations de par delà touchant ce voyage/ mesmes et notre sainct-père qui n'a que deux galées mises sus , et que tous ceux qui sont retournés jà de delà ne se font que doloir et plaindre des Veniciens et de leur rudesse, et mesmes par touttes les Ytales n'en font aultrement, et que jà ce voyage que monseigneur le bastard a fait a esté fait frustre et en vain, sans en pooir tirer effect, et moins encore lireroit , veues les dispositions ailleurs et les povres aides, il me samble, qu'à tout bien peser, et que meismes le pape se dit mort, monseigneur le bastard, quoiqu'il face du surplus , ne doit tirer nulle part plus avant, sans sçavoir que ce puist estre à fruict et à honneur. Il a encore vingt-cinq mille escus pour soi entretenir; le hastivement le remander n'est pas de mon avis , ne de Tabandonner aussy aux périls follement, mes de le faire surattendre, pour oyr et yeoir comment les besoingnes se porteront partout. Se le pape est mort , il y aura novel monde et no-^ vel conseil ; et seloncq le novel temps il conviendra prendre peult estre novel avis aussi. Monseigneur le bastard est ung chevalier de haut corage, et lui tient moult que son voyage n'est de grand effect ; le retourner lui sera dur ; et vouldroit , ce sais-je bien , pooir attempter tous les périls de la mer, premier que soy rompre. Mes il met l'onneur de monseigneur devant le sien ; et , croyez , il avise bien à tout , et ne fera jà mal par follic. »
Aussy, en ensievant la raison de ce chevalier, ledict bastard de Bourgoigne , douUnt que le voyage ne se continuast plus avant , pour les divers regards qu'il y avoit , requist au duc son père très instamment par ses lettres, qu'en Tonncur de Dieu, se d'aventure
GEORGE CHISTELLAIN.
il voloit plaindre la mise de tant d'argent comme il y convcnroit respandre encore ponr Tannée parfaire , qu'il lui pleust foire veqdre et adenierer tout quant que au monde avoit vaillant , que de ly que de par sa femme , et sur cela prendre les deniers de la furnison qui monteroient bien , ce avoit espoir, jusqu'à cent mille escus ; et plaignoit moins b estre povre à toujours que retourner si à haste. ^