‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 299 sur 494 · CHAPITRE XXYIIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXYIIÏ

GonuQBDt I à rincitation de rempereor Frédéric , le doc commencha et emprist ce voyage.

Ce voyage icy du duc de Bourgoingne, qoi avoit trainé depuis l'an cinquante -quatre, sous le pape Nicolas, jusques à soixantequatre, soubs Calixte et Pins, avoit esté empris d'icelluy duc de noble et haolt voloir, par devocion ; et dès le commencement de son emprendre , et à cause de quoi 11 fit les veux à Lille , à l'incitation de l'empereur Frédéric le tiers , se mist en tous devoirs possibles de faire ledict voyage. Et comme il a esté conté en ce précédent volume , pour mettre à effet son vœu et servir Dieu de son poolr, prestement après les veux faits, or* donna de ses affaires , rompit son ostel, donna congié à une grant part de ses gens pour deux ans , ordonna du mariage de son fils , du gouvernement de ses pays et seigneuries, et de toutes aultres choses appartenantes h nécessité , à honneur et de salut ; et lignant d'aller seulement en Bourgoigne, en privée mainie, s'embla de ses pays à ccste intenclon glorieuse , sçaichant véritablement que quand se trouveroîl devers Tempercur , qui Tavoit mandé et requis de venir vers ly pour ceste matière , et que l'on verroit qu'il tireroit pays avcucques le dict empereur pour

aller à Gonstantinoble , toat le monde et tous les nobles de ses pays le sievroient, à veux et sans veux , et ce ne lesseroient pour nulle riens. Et véritablement il s'y pooitbien fier, car il eust eu sieute grande et merveilleuse, et de grande volonté. Ce que doncques il se parti ainsi et alla à Raiosbourg (1 ) pour trouver Femperenr qui point n'y comparut, fut signe assez et preuve qu'il avoit cuer et voloir à entresievir son veu, et qu'il ne tenoit ne à sa personne, ne à avoir, ne à gens, qu'effect ne ensievist, et qu'il ne s'estoit offert devant les princes esliseurs, en deffaute de l'empereur, d'acompagner le roy de Hongrie, ou autres princes de TEmpire, se emprendre voloient ledict voyage, ou d'y envoler puissanunent aucuns princes de son sang , en cas que accident lui survenoit par quoy il n'y poroit estre. Par quoi en venant du commencement de ce voyage jusques à maintenant, par les diverses et longues intervalles qui s'y sont trouvées , se d aventure il se rompt ici en sa personne par mort ou autrement, ce je monstre , que tousjours depuis incessamment, et aussy de grand voloir le derrain jour que le premier, s'y est porté, monstre et offert comme ung vray noble chevalier, comme ung prince véritable et dévot crestien, seul entre les princes regnans solliciteur de ceste œuvre. Au moins, se la chose cy-^près se trouve fon due en nient et que ceste haute levée du voyage tourne en une vanité de parolle, plaise aux lisans entendre et concevoir , que tout ce qui oncques a esté du possible de y monstrer pour sortir effect,. ce y a esté faia, et devers l'empereur depuis assez de fois, et devers les princes de l'empire à ses grands frès, devers le pape, et devers les roysd'Ongrie et d'Arragon, devers le royCharies, roy de France, et celluy d'Angleterre, et devers le duc de Milan , et les nacions d' Ytalie , là ou à tous lieux et à tous eulx, par diverses maintes fois a envoyé prélats et chevaliers , gens d'église et de religion , à ses grands cousts et despens, et à seule fin de pooir aller au service de Dieu une fois avant sa mort ; qui oncques n'en a peu tirer d'effect, mes tousjours excusation et tardivités devers eulx,

(i) Regens]>arg que noof upp^loo» l^atisbonne. ,

BOURGOGNE.— IIP PART. 537

pour leurs propres affaii*es, jusques à la venue du pape Pius , qui avoit congncu longuement la bonne affection de ce duc , luy demorant aveucques Tempereur, et lequel, parce qu'il le sentoit fort enclin à ce voyage , prist pié et fondement sur ly, pensant par ly faire movoir tous les autres cresiiens princes. Et à ceste cause , comme qui bien avoit le cuer à la besoigne, mist la journée de convention à Mantue , des princes crestiens , pour là parler de ceste matère ; là où plusieurs des roy$ et princes de la terre envolèrent, et non moins le duc , qui estoit le souverain appui du pape , et en qui tout se fioit ; et y envoya le duc de Clèves , son nepveu , par lequel il lui fit décl arer et dire de par lui ce qu*il avoit en cuer et en voloir de faire, et emprès quoy, à l'aide de Dieu, il demorroit ferme et estable, sans y estre trouvé enfaulte.

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