‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 300 sur 494 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Dis nisoDt pourquoy ce voyage ne se peult achever

par le duc Philippe.

A celle heure encore , le duc estoit fort et ferme , et pooit assez porter peine ; et se Dieu eust volu alors que les princes de TEmpire et ailleurs se fussent volus disposer à ce voyage emprendre contre les Turcs, luy de sa part se feust mis sur les rangs tout des premiers , ou aultre pour ly, atout TofiDre qu'il avoit promis au pape en cas de léal essoyne. Or, y eut long decours de temps entre deux : le roy Charles morut et vint un nouveau monde; il lui convint mener coroner le roy Loys par son pooir ; il devint homme et féodal au roy novel , ce qu'oncques n^avoit esté au père , et devint serf qui avoit esté franc \ il devint subgect, qui oncques n'avoit eu maistre; il devint malade à mort, languissant deux ans, où toutes ses vertus et vigueurs corporelles se consumèrent; avccques ce que vieil estoit et de baux jours . il lui survindrent des questions et des malères ruyneuses sur les bras, tant à la cause du roy, qui se monstroit eslrange et divers, tant à cause de la division de sa maison entre son fils et ly , et d'autres grandes et^orriblcs inci-

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CEOIIGE CHASTELLAIN.

dences, tant à cause aussy des Liégeois et de ses propres pays et subgects qui le sollicilèreol, qu'en temps de tant de perplexités apparentes à tous lez , ne les voulsist abandonner par voyage faire ne autrement ; car autrement tout seroit perdu , et eux et ses pays, et son propre enfant, et n'y auroit point de remède. Toutcvoies, com viel que feust el fort débilité de sa dure langueur, toujours persévéroit en ce propos que de faire ledicl voyage en Turquie , et deust morir en chemin ; mes ce fisl-it à cause de l'aigre poursieule du pape Plus , qui ne le lessa ne au blanc ne au noir de le travailler incessamment el solliciter de ce voyage emprendre, unes-fois par belles persuasions des letlres dont il esloît ouvrier , autrefois par parolles aigres et poignantes aussy, qui le cuer lui engrossoicnt à rencontre. Et par aînsy,oultre ce que tant el si longuement s'y csloit porté et offert suffisamment, el que ferme csloit d'éage pour le faire, et l'avoit mooslré assez par effecl , ce pape icy, en l'éagc maintenant que décheu estait et décliné de corps , et non visant aux circonstances et qiiiiltlés de ses affaires ne de sa personne, ne de ses accidens, plus qu'oncques mes le vint importunément semondre et requérir de faire ce voyage ; et nsoit de légèreté , ce sambloit , envers iy, el de pou d'avis , de le solliciter ainsy seul pour ung si Qram cas qui louchoil à tonte la crestieoié ensemble, veulant, comment qu'il fcust, feust fort, fcust foible, qu'il se mist sus et s'en venist sur les mois de mars el d'avril, les premiers partans , l'an cinquatile trois ; car alléguoit que l'évesquc de Tournai et messire Symon l'avoient obligié vers Iy de ainsy faire, en qnoy il y avoil vérité en partie , mes elle »voit été bien causée, Toutes-fois, toutes excusations cessans, encore s'y ofTroit le duc , et venll l'obligation partioir comme il appert -, car à cesie cause il envoya le prothonotaire de Bourbon et cely de Toulongeon pour avoir surséance , tant seulement de l'année jusques à la procliaine ; et en signe de bon voloir y envoya son Ris bastard ix une belle peiite armée devant pour exemple do parfaire ; et eu quel voloir jusques à la mort dudict pape, il estoit conclu cl résolu, se malédictiou et IDiilaventure d'ailleurs ne s'y onireboiilOtcnt ,

et encore ne s'en est oncques trouvé deliors, se corps el éage el fortune le pooienl souffrir. El pour tant dis-jc à la justilicaiion de'ce prince, dont plusieurs en ont eu envie, l'importunilé du pape , avecques non souDisant prudence en cestnî cas, sur ce qu'il convenoil regarder et considérer en la personne de ce duc, ont esté cause de ceste haute levée de boucliers , et dont ly-mesmes se feust bien pusse :'i moins , quand il eu a fait et poursievi hors terme et hors de heure, el non dressié son fuit par manière faisable, si non pour tout destruire , Iy et autruy, et souverainement la maison de Bourgoigne, laquelle de ce voyage en la personne du duc présent , ne peut jamès avoir qu'onneur et gloire el mérite envers Dieu ; car tout y a esté fait el monstre ce qui sied à l'honneur et à conscience do faire.

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