‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 310 sur 494 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

Comment le haron de Renbenpré se trooTa àGorkemme, où estoit le comte de Charolok .

Or est ainsy que , pendant ce temps que le l*oy et le duc estoient en ces termes pour la cause du duc breton , le comte de Charolois

a'esioit tenu tousjoura à Gorkem , en Hol- ^ » --

lande Jà où il foisoic ounwi et là imAt i^ulcons grands seigneurs, il variai; étalât

Vnnè ilèê fois quM s'en venoit d*EsC0Md ,

son mainage 'tout quoy aveucques la comtesse. Si avint que le bastard de Reubenpré, dont est faite mention dessous, arriva ung Jour à Hermue atout sa barge ; 'et là venu , prist terre , luy meisme sans plus , et les autres lessa en sa barge bien ordonnée. Comme doncques ce bastard avoit prins terre et bu une fois , dressa son chemin vers Gorkem tout de pié , là où estoit le comte de Charolois ; et venu à Gorkem , entra en une taverne , là où faintement et soubs aucune couleur d'estre des gens du comte , commen cha à interroguer aux gens du pays de Testât dudict comte et de sa manière du faire ; assa^ voir, quand il alloit par mer, en quelle sorte de nef il se mettoit ; ne s*il alloit fort ou à petite compaignie, ne devers le matin oti devers le vespre ; et touttes si telles questions mettoit avant , sans faire semblant de nulle chose ; et d'abondant encore avoit ce bardement en ly, que d'aller venir l'omTage du chasteau là où estoient le comte et les dames; et monta sur les murailles pour pourgetter la mer et le lieu de là entour. Comme doncques la manière de son intçrroguer avoit semblé estrange à aulcuns qui l'avoîent oy , et que aveucques ce il estoit congneu de plusieurs , et estoit monté au chasteau visiter les murs, et n'avoit esté faire la révérence aiï comte ne à aultrui, fut dit au comte la souppechon qu*on y prenoit, et que bon feroit entendre à ce bastard , dont les manières estoient estranges; et meismes le bastard , sentant le vent de cecy/ et que la murmure sur ly estoit venue Jusques au comte , prestement s'alla mettre en francise de l'église , sans encore que le comte ne autre de par ly feissent semblant de lui attoucier ne de dire riens, se non quand on se perçut mesme de sa peur et de sa retraite en l'église , qui donnoit à entendre qu'en ly devoit avoir aucune couverte malvaiseté. Le comte à priemes le fit prendre alors et mettre en prison, et par sa propre cause meismes de la peur qu'il avoit prise « et sur quoy se fondoit le souppechon raisonnable avec les lan* guages précédents. A l'interrogation première qu'on lui fist , et là où estoient commis à ce

(i) TrOuMci

«MllOlt

3se

loit veoir la dame de Monlforl , fille au seigneur de Croy qui demoroit en Uoltande, et que là le seigneur de Beubenpré , son frère , l'avoit envoyé comme à sa cousine germaine pour la visiter. El varioil el changeoit propos diversement ; par quoy la noie y esloit loute clère , qu'il y avoit du mal. Comme donccjues ceste vois coiToil par tout: que ung homme y avoit pris à Gorkem , qui esloit venu espier le comte de Charolois , ce propre soir en vindrent les nouvelles ù Hermue , là oii gisoieut les autres , attendans le bastard -, lesquels , avertis de ce vent, preslemenlfuirentqui mieux mieux , et à la plus grand peur qu'ils eurent oncques, abaudounèrent barge et tout ce qui esluit dedans , el se sauvèrent. Et fil le comte appréhender la barge et les biens, et y commist garde par manière d'arresi.Presiementdoncques cesie prise du baslard se divulgua partout; et comme la manière de son venir là et en tel arroy e^toit souppchonneuse, le peuple partout , qui sçavoit bien que le roy héoit durement le comte, en l'instant imputèrent le cas au roy , et conjecturèrent qu'il avoit envoyé cebasiardicy pour prendre le comte ou pour le tuer *, car n'y avoit autre apparence ne autre matère sur quoy on peust fonder souppechon que sur cesie. Et pourtant infinies murmures et rumeurs populaires se levèrent à tous lez. Les ungs commencércntâmaudirele roy, les aultresàleblasmer etàen diremaulx inBnis ; les tiers à lui leprociier les biens et honneurs que le duc lui avoit fait , et mesmes à ses pays à tout effort; autres disoient que de l'rance oncques ne leur vint bien , et que tout estoit malvaiseié el trahyson entre eux devers la maison de Bourgoigne , et que les exemples encore et les cas advenusen estoient de fi esche mémoire) et disoll chacun sa chacune. Et estoit merveilles d'oyr les langages du peuple à cause de ceste prise, et de quoi on loua haullement Dieu , que l'emprise n'estoit sortie à son elfect ; car estoit ledict comte fortement aimé de chascun, et de tous les pays, qui meltoicnl sur lui grande attente. Toulievoies n'estoit pas atlainte encore teste besoigoc à son vif. Et posé ores que la renommée corroil telle sur le roy, et que le peuple l'avoit cspandue telle par les diverses villes , se n'esioii-ce pus vcviié auuiuie pour

GEOKGE CHASTEtKSÎÎJr

y tenir arrest , mes imputation soDppecbonneuse, fondée en apparence. Et ce qui beaucoup y aidoit, c' estoit que le bastard , conduiseur de cesie barge , csioit ung homme de mauvais nom et de légier conseil en malfaire. Et pour tant, l'ung joinct aveucques l'autre , la note y csioil d'autant plus grande. Et ne sçavoit nul homme aulre chose penser ne imafpner que ce ne fcusi sur la pei'sonne de ce jcusne prince , dont la pité eust esté extrême ; et luy-mesmes ne sçavoit maintenir autremem. Pour ('honneur toutevoies et révérence de son père le duc , qui estoit le seigneur du pays, et sans qui il ne voloit riens faire en cesie malère ne en autre , ne le mettre en gelienne ne torture sans l'en avoir premier averti , tanl seulement l'examina de parolles , et lui tira du ventre ce que pot par bel, qui fondamment plora, ce me dist-on, au dicl comte, en lui contant son cas, et ne se voull révéler à nullui de son parfood secret qu'à sa personne. Si le lessa à tant, et le fit eslroiiement garder en ung chasteau, pour en avoir bon compte, quand il aeroit temps et heure. .J^M

Page 1