CHAPITRE XLIV
Commeiil il aourdir ung IrouilliK en Casiille meut le inj coiulJKia le comte de Nevers I. gèiiùral en Pica«lie.
' Quand le roy sceut ccstes novelles , il s'en coniint au mieax <iu'il peuU ) mes diiiolt bien que An{;luis l'avoient mené en main et fail à croire tnoaset vaulx; tlequoi l'avoienl abus('> et non tenu convenl. ïil mesmes semi)loit votoirdire que leduc.sun bi;! oncle, avoit jué ce pei-sonnajîc aussi devws lesdits ^Vngloîs; et fcroit tant que, s'il luy dcvoit couster un million d'or pour distribuer çk et lu, » aroit-îl accord uvcucques eux, et y laboureruit. El on devoloît son coraye en cesle matière si publiquement, que k record aussi en fui faicl tout lel de sa personne, enpubitcq ailleurs.
En ce mesmes pendant, sotirdy uu{; (^rand brouillis cil Cuslillc ; car aulcuns nobles du royaulme se divisèrent enconli-e le ruy lienry , cely qui s'csloit enirevcu aveucquos le roy de France Loys, l'aunéc devant; et enipriudrcni lesdits nobles Castillans, de [ireodre ledit roy, leur seigneur, pour aucunes grandes causes cl tillres légitimes , ce muintcnoieiit , contraires en partie de la Toy crcslienne , partie aussi 'S toute la chose [mblicque du royaume. Si enfurent si près et si aigres en Tesploil, que se ledit roy Henry ne l'eust gaingnié à force d'ung jeunet (.1) sur lequel il monta, et lequel il fit corrir à désespéré , il estait attaint. £t fust chief de cesle emprise , le maïquis
de (2) Si en sourdy guerre cl
tribuIuUon entre ledit roy ci ses nobles ; et y voloit'nt dire aulcuns que le roy Loys de France avoit macliiné cesle msurreciiuii du niurquis cnconli'e son souverain seigneur, le roy uaslillau. Et ù innt je m'en lais, jusques à co que occiision vendra it ruventnre d'en parler aîlleuis , se la matère le rci|uîfîrt.
Or oSloil le my retoornô h Abije\illo , alors qu<! les novelles estuieut venues des jVngku» ilé&illaiis à leur jouf; oi là pour-
<lt Fciit dietnl du nionlngne.
(3) Ueutic cliiiis le lunausci'it. Il l'.igil do Facltcco ,
innriiiiit de Vilk'ii;i.
véil sur ses affaires, espéciatemeoi sur Im marches de deçà l'Isle de France, là où gîsoit le fort de son sdîng. Et avoîl j:i . par tous les lieux enclavés dedans les pays du duc, quït moyens cl novelles voies de les meure et avoir 5 lyà sa disposition totale, feust ii paix, fensï â guerre ; cl sambloîl par cela que il ce febt à uulcuue couverte inienlion soupeçonnabic pour le tcm|)s futur. Et esioîent ces villes : Carabray, tout en chief, Térolne, Crièveqoeur, Arleu , qui ne sont et ne pcvent riens contre les pays du duc, sinon movoir noise et mesmes demorer en la raque. Dont, ei pour encore pourveoir plus avant en ceci , el que les marches de deçà Paris jusiues au pays d'Artois pcnssent avoir à qui reiraïre, lui relorné en France delà Loire ou ailleurs, constitua et fil publier à Amiens, à Tournay, à Cambray, le comte d'Esianipes, nouvellement comte de Nevers, lieulenant'et capitaine souverain de Picardie, et de tout ce qui esloîl appartenant à sa couronne de |>ar de cliû ; el voioit et mandoit que tout le monde lui obéîsi el portast faonnnur el fjveur, comme à sa personne. De quoy touUevoies il faisait aulcunemcnl parler sur ly, parce qu'il sambloil qu'il le feist par argu encontre la maison de Bourgoigne, sa léale servitresse, et espécialement contre le comte de (jharolois , lequel n'avoit cause de amer ledit de Nevers, ce sçavoit bien. Et non moins aussy s'en fit blasmerccly de Nevers, quand il prist telles pointer en son viol éage à rencontre du (Icuron de son lionneur, dont il lenoit ce qu'il avoit Ac elarlé. Si en fut parle plus que assez de cela et nultre chose. Le duc de Bourbon , nepveu du duc, qui encore se tcnoll à Hesdin , esluil venu devers le roy, aussi en Abbeville ; et là se tint huit oti dix jours, qu'oncques n'osa bou{jier pour venir veoir son oncle à Hesdin, no ta ducessc sa mère ; car avoit le roy yma{yiaalion souppechonneuse en cesle venue , et amast mieulx que la visïtalion ne s'en feist point. Si s'en contîut ledil de Bourlton, le pitts bel qnc pot : et le sçavoii-on bÎL'n à llrâdïn en quels termes il en esloîl , et qu'il n'usoit venir là où voleniiers scroil vcu ; el par ainsi on lui en Ipssa faire à son bel, et n'en fis(-on aullre estime. Or, avint que uiig noble esctiicr, nommé Philippe de Bourbon, fils jou-
Ténor à messïro Jean de Bourbon , seigneur Vd'Esclarières, d« sanf; royal , estoît en pour- • chas d'avoir par marinfje la fille du seigneur Ç'de Dours , seule lioritière; et avoit assez l'afrémeol de elle et de ses amis; et tenoil le ^c forlemenl la main avecques ly, el y avoit grand cuer; car valoilbeaucoup ledit escuyer, et le duc l'avoit lonf^iiement amé. Or est vrai ^e le seigneur de l'iUe-Adam, provost de yparis, pourcbassoit aigrementce inesmes ma- 'ffîaG;e devera le roy pour son fils aisné ; et len- "Woit ccstuî de l'Ille-Adam à emporter cesle damoiselle, par l'aide du roy, pour ce que les fieifineuries et les terres principales d'elle gisoienl en Amiennois dessoubs le roy, et là où f le duc maintenant n'avoit que cof;noistre. Mes ■ le duc, voyant qu'il avoll le corps d'elle, del'imorant en sa ville d'Arras, là où elle s'esloit venue retraire hors de la main du roi , fit moins d'estime des terres où qu'elles gîsoient; et lui sambloit bien que.veu la bonté d'elle el des amis , il en arpit aussitosl la part de son gré que nul autre ; et des terres ne fit 'force, car les terres ne porroient estre appréhendées par mariage, qui n'aroitla personne. Or avoit envoyé jù une fois par avant devers le rny, luy estant encore à >'ovion , ung gentilliomme nommé Jehan de Moet , pour eestc jnatère, allin qu'il lui pleust soi déporter de ,^e mariage'pour le seigneur de l'Ule-Adam, et ^■oî condescendre à ce que, du gré de lui, Philippe de Itourbon peust avoir la damoisellc avecques l'éritage à lui appartenant ; et lui rrsvoit faictrequerre très instamment par ledit ide Moet , qu'en faveur de lui , lui voulsist ac~ iCorder sa requeste. Mes ledit de Moet n'y procura riens ; et n'y esloit la requeste du duc , lors que pour nient, réputée touchant cecy ; lains se contint le roy terme, toujours pour le «eigneur de l'IUe-Adam ; et donna 'assez à «ongnoistre auditde Moet que, par hainequ'il Avoit à t'encontre du comte de Cliarulois , son d>eau-frère , il contraria à cestui Philippe de hBourbon , disant : " Je cognois bien Uourfbon, et il est à beau-frère de Gharoloîs; je l'ai VBU tirer souvent de l'arc avnucc|ues ly, let si est de sa ligne. Sien, bien! beaux uncb' iCl moi nous en fcronsi bien. " Si no |>ot oticftpifs obtenir auUrf chose, et l'escnierlàtraen estott reveau vers le duc atout riens
avoir fait. Si en mordit le duc ses lèvres, ctlsl prit it aigre , disant : " Je croîs que oncques J liomme n'a esté tant deccu de belles parole» comme j'ai esté, et à qui on feist moins pu eflccl comme on a faici pour moi. On mepro-fl mot mons eivaulx défaire pour moi, elriensl du monde n'en ensieult. Oncques de chosâfl qne je requisisse au roy, ne à Paris ne aU"! leurs, ne m'a esté accordée encore une seule fM je me doi bien lier de grand chose en ty. Of 1 voist comme il pcult , et je m*en pass&-l rai au mieulx que je porai." t)r,est vérît6-fl Jtussi , que te duc avoit jà aulcuncs difficultôl^ pendans en question entre le roy et ly, lott-l chant enclavières de terres et de seignett-^ ries, et autres matières, desquelles le rtryl mort et ly avoient esté en appointcment cn-l samble , passé par son grand conseil bien Of I authentiqucmcnl; et maintenant le roy Lo'ytffl les avoit rompues et annullécs de tous points,* et par quoi il convenoit que le duc aiTiërftl feusl en nouvel pourchas devers ly; cl lui en! tint-on durset estrois termes , plus qu'on cquea ou n'avoit fait du temps du roy Charles. Etei elFel , longuement l'avoil-on tenu en refus et J en suspense de riens faire pour ly ; car i-e- 1 quéroit que le roy voulsist Icssier et dilTéi^l ccsies altercations durant la vie de ly et dal son fils. Mes le roy ne se voull oncques accor-J dur ù la vie du fils, si non tant seulemenlù «il vie seule. Et tenoil à cela l'eslrif entfO;J euU deux et le fort do leur question ; tiar V duc quéroit autant à pourveoir de son fllff* comme de ly-mesines , cl le roy tout le con- f traire.