‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 320 sur 494 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

Comment le seigneur de Lannoy s'en alla devers le roy, à AbbetlUe, lui annunchier noateUe du parlement daduc.

Ce fut par un dimcnce , à heure de vespres bien tard , que le duc se parti de Hesdin, comiDe j'ai declairé; et s'en allèrent avec ly le seigneur de Groy et son nepveu de Quie^Tain aveucquesles autres; et le seigneur de Lannoy s'en alla devers le roy , à Abbeville , lui annoncier ces nouvelles. Le- 1 quel seigneur de Lannoy , subtil homme et caut oultre bort » avoit singulier et grand entendement aveucqucs leroi, touchant le secret qui estoit entre ly et le seigneur de Groy, son oncle ; car touchant les Anglois que le roy quéroit avoir en amisté aveucques ly par paix ou par trêves , ledict de Lannoy, seul et pour tous, en avoit porté les secrets traitiés en Angleterre , et tout en l'avantage du roi et en contraire ;du comte de Gharolois , comme cyaprès sera déclaré tout au long. Et nonobstant que icestui de Lannoy portast la Toison, et avoit esté exalté et grandi aveucques le duc qui se confioit en ly , si fist-il toulevoies et mena tous malvais personnages à rencontre de ly et de son fils , à Tincitation de son oncle , lequel ne quéroit que couvertement déserter et faire destruire le comte son filleul , tant par la main du roy Eduard , Anglois , comme par celle du roy do France Loys, qui ne visoit à aullre chose. Or je lesse cely de Lannoy à Abbeville et retourne au duc à Sainet-Pol , et au seigneur de Groy emprès ly. Avint qu'en devisant aveucques ly de son parlement , cely de Groy conmiença à dire : « lia , le malvais partement , monseigneur, que vous avez fait aujourd'hui! — Pour quoy, ce dist le duc ?— Pour ce que , dist l'autre , que aujourd'hui vous avez fait la paix et l'appointement de tous les princes de France aveucques le roy , pour vous courir sns trestous. — Groy ! ce dist le duc alors ; pleust à Dieu qu avant ma mort cesl honneur me feust deu, qu'à ma cause tous les princes de France se i\)ussent joints en Amour et en ^ ' ^^^eucques le roy pour le

bien servû*; j*en morroie plos'aise. Et quant au regard de moi courrir sus » eulx trestous , par ce moyen , Dieu mercy ! je me suis bien gardé jusqu'ici , et encore n'ai-je garde. » De ceste parolle celly de Groy fut tout confus , et n'osa répliquer plus avant , comme tout solu. Par ung merquedy à basse vespre, entra le duc à Lille , là où la joie se monstra grande , de sa venue -, et le lendemain après, y vint la duchesse de Bourbon sa seur. Et desjà commencha-on à murmurer, que une ambassade du roy se mettoit sus pour venir à Lille, et laquelle devroit estre la plus grande qu'oncques il meist sus , depuis son coronnement, ainâ le disoit-on-, aussi en fust-il fait ainsL Mes comme il a esté bien trouvé depuis et cler apparant, ladite amr bassade se dressa au perchas de cely de Groy , tendant à celle seule fin conune pour avoir dehors de prison le bastard de Reubenpré ; car en la détenue de ly en fers pendoit la confusion de son estât, ce sçavoit bien, et la ruine du lignage. Gar considéroit bien , com net qu'il en pooit estre ou non net, que tout le monde en mettoit la souppecbon en ly et l'assentement de l'entreprise ,'pour cause que le. seigneur de Reubenpré, son nepveu, avoit mis en oeuvre le bastard pour faire ce dont il fut pris et noté et suspect , et comme la réale attainte s'en dira en temps convenable. Dont , et pour ce que la famé corroit assez en couvert que le roy pooit avoir coulpe en la commission de ce bastard pris , et quant de ce , pour ce que la manière du faire ne seroit pas honorable à ung roy , lymesme , pour soi parer d'ting tel crime , délibéra de fonder son ambassade si pesante et d'esloffe , que par moyen d'icelle il tireroit dehors , ce lui sembloit , le bastard , en qui arrest et détencion pendoit le dangier de son honneur. Et pourtant , comme le cas estoit difficile d'avoir dehors ledit bastard, fut avisé à rencontre, de faire ici la querelle et l'intérest que le roy y avoit, difiicileet dure aussi, pour mettre semblable contre semblable, afin de venir tant mieulx à la restitution que le roy demandoit de son scniteur pris ; pour à quoi parvenir convonoit avoir graves personnes de grand estât , pour parler aigrement au besoing , et au besoing au gré do rhomme.

[IM61 CHJONIQUE DES DUCS DE BOCUGOGNE.-ni' PAKT. MT

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