‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 321 sur 494 · CHAPITRE LI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LI

Cnmnienl le «y, fort Indigné de In piiw du Iwslnnl de IleubCDprA , pir le ceiiilo d(! Clmrvlnia hile , ttivoja devers le <llic Philippa dciuaniler Uob vhosfw.

n Monsei({neiir, le roy nous envoie présentement vers vous pour exposer de par ly aucunes liauUes et 1res drièves doléuace&, lesquelles il II en cuer, et lesquelles aussi lui touchent ù son honneur et à dure charge de sa renommée. Monseie;ueur, il nous fuit exposer et vous dire ; que , comme il est vrai et notoire que ly ayant sccu que le duc de Bretagne , soa désobéissant , avoit envoyé en Angleterre son vicc-diancelier, maistre Jehan de Rouvillo , en abit de jacopin , afin di; quérir et avoir alliances aveucques les anciens ennemis de ce i-oyaulme, les Anglois , en grand préjudice et lésion de ly ou de la cl>ose pnblicque , et mesmemcnt en crime et offense de sa m>ijeslé , à quoi il lui séuit remédier et pourveoir par voies opportunes et convenables , aius tost que tard , le roi s^-aichani ce par vrai rapport, mist sus et iist appresier «ne barge et en commit chief le basiard de Reubenpré, aflin d'aller au pays d'Hollande, pour là attendre et appréhender, sa trouver le pooil, ledict viceclianccllier ; car avoit este averti que devoit faire son retour par devers mouBcigneur d6 Cbarolois , vosirc Hls , pour lui dire et sigoiBer ce que fait ai-oit et beso{>aiê aveucques lesdils Anglais ; et ce par l'ordenmmce et command de son maistre le duc de Itrelagne , comme ayans entre eux stxiret rntcodement et considérution ensemble; et dir Mit)iioi, les favorisans et comenlansencheurenL Mecrimede lèse-mujesté, et une mesme peine Pnoll'ense nveucquos le délinquant; et lequel crime fuit fi punir et à rebouter, comme qui pire est que celydont l'aer put. Or est à venir que le roy, tendant seulement aubienirniverscl de son royaulme , et à seurelé aussi de sa privée personne , potn- mieulx obvier h l'in- Convénicnt de telle entreprise M'euconire de ly, et pour rompre ioelle. désiramnienl a -Mndu k faixc appréhender lu penoiuo dndicl

vice-cbancelier, afin de sçavoir par ly et interroguer de l'effecl de cesle mutère et de ce qu'aroit besongnié en Angleterre , ensenvble et de ce qu'avoit eu de charge et d'en- I reprise louchant les rapports que devoit faire au comte de Charolois voslre fils, pensiml que, se faire le pooit appréhender, lesdites alliances et conspirations contre ly en porroient eslrc frustrées, ou au moins prévenues par sens ei moyens en contraire, comme en tel cas alTiert à y mettre remède.

» Or est ainsi , que le bastard de Beulienpré , arrivé ainsi en llnlhiude, et ayant pris port , monseigneur de Cliarutois a fait preadre et appréhender ledict bastard et arresier son navire , aveucques nombre de ses f;rns; etnonolistant que sçavoir peust et cougnuistre que serviteur feust au roy, et là venu en sa légation , toultevoies le (ist mciii-e en prrsou el en estroilc garde, sans que :ip|iarn luifaust (l'aulcun mesfiiit par ly perpétré, ne qUe cause mesme eust nulcune de soi doloir de sa personne , si non que sembler poroit que ce eust fjît par irrévérence du roi et A son despinisir, comme il est notoire. ¥.t en est le roi assez averti qu'il ne l'aime poitit , dont il ne scet la cause, ne ne la peult nul conjecturer, se non que ce fust pour ce qu'il lui a tollii su pcnsi n. Et néant-moins cecy oveilu aîTisi , no lui a soiiHi encore d'arrester et do faire prendre le servitfur du roy i) tort et sans caust', a fuît corrir la voix prestement par tous pays, que le bastard estoit venu \h par charge du roy, pour prendre mesmes et iipprélicnder su jiersonne , ou de faire nulciHi rsfiloil en son coi'ps par force et violence. Dnni, |K)iir en avenir vous, moiiseijjncui* , comme son père , lors estant à Ilesdin , envoya devers vous Olivier df I.a Marche , vous informer de cestP entreprise sur 1 y , cl de la commission donnée a» bastard , pciur sçavoir quelle chmc vous en plalrwl estre fidie; et (equel Olivier, par tous les lieux oti it passa en vennnt vers vous sema cesie voix, et publia que le roy nvoît tendu à faire prendre mnnspigneur de Charolois par ledict basiard, et t}ti'i\ cpftte canse avoit esté appréliendé et mis en prison. Kt de quoi le roi innocent, et non ayant oorques le volu penser, fors seiiltmeat a lu prise ,du vlce-oliancelier et non nul-

rement, et afferme, en parole de roy , que ainsi «t non aultrement va-il de la chose, se doit bien plaindre et amèrement doloir de monseignenr de Gharolois qui', non content à tant que d'appréhender son serviteur en sa commission, et à son déplaisir, s^assaie et s'efforce à le blessier encore en sa renommée et bonne famé; et laquelle chose lui peut et doit bien cuire et estre {p*iève à porter; et tant plus comme il y a moins de coulpe , et que ce il fait à injuste cause. Et d'abondant, et comme se encore ne suffit ce qui en a esté fait et fait faire par ly , il a fait et fait dire |Mur Olivier de La Marche encore' de plus en plus fort. Et pour tant plus diffamer et esclandrir la personne du roy par Tunivers monde , en Bruges , où s'assemblent, ce disten, (es nacions de dix-sept royaulmes crestiens, ledict monseigneur de Gharolois, ou anlcun de par ly , ont faist preschier en chaire de vérité , par les esglises , ceste entreprise en sa personne , donnant tiltre et charge au roy qu'à ce il avoit entendu , et que pour eestui exploit faire avoit envoyé le bastard de Reubenpré en Hollande. Dont, comme la famé du mal va plus tost que du bien , il en easievoit que le roy , non tant seulement en son royaulme ne es marches voisines, porteroit ceste plaie et esclandre, innocent ; mesmes par Tunivers circuit du monde lui sefoit imputée charge en son honneur, par accusation injuste ; fit de quoi touttevoies il a bien espoir de y pourveoir et de soi en parer par manière convenable, et d'envoyer an contraire par tous les royaulmes et par devers tous les princes de creslienté , signifier son innocence en ce cas , et accuser mesmes du tort ceulx ou cely qui injustement lui ont donné celle charge. Et certes bien doibt estre une amère chose à ung roy de France , cely que Ton nomme le roy très chrestien,que d'estre escandely ainsi par son subgect, à tort et sans cause. M En oultre, monseigneur, le roy nous a fait dire : que comme pour cesie maière et pour aultres , il avoit envoyé devers vous le seigneur de la Rosière , maistre George Havart , auquel vous promistes , pour et au nom du roy, que ne partiriez de Hesdin sans premier Ten avertir, et de son sceu , touttevoie»! ce nor ' *-^le contraire en est ap-

paru , et en estes parti le lendemain , aveucques pareille et semblable voix , comme de monseigneur de Gharolois , portant en effea que deussiez avoir eu peur que le roy ne vous feist prendre , se vous eussiez là conti« nué aulcune demeure ; laquelle chose sonne moidt estrange au roy, qui oncques ne le pensa; et se donne merveilles d'où vous peult môvoir tele soupechon enyersly^ quand il vous aîme et a aimé et honoré devant tous les vivans, et le vous a libéralement et volontiers monstre, et encore le vonidroit feire. Mesmes pour amour de vous , et nonobstant que ailleurs il aroit bien à faire en aultres endroits et quartiers de son royaulme , devers vous et à vostre lez s'est tousjours trait et tiré devant tous aultres; et mesmes encore ceste derrenière fois , là où il s'est tenu totlte ceste fois pour vostre amour et cause , et pour venir à paix et à concorde aveucques les Anglois, anciens ennemis de ce royaulme, par vostre moyen; qui n'est pas signe doncques que le roy vous voulsist mal , ou qu'il vous voulsist donner matère ne occasion par quoy vous le deussiez craindre. En oultre , et que ceste pem* et souppechon aient esté en vous , appert ; car estes parti à haste^ ce a-l-on rapporté au roy, et au descen de beaucop de vos gens ; et avez ordonné au partir de garder la ville et le chasteau , comme se ce fust en temps de guerre ; laquelle chose arguë assez de soy souppechon et cremeur encontre aulcun. Et du lez du roy, ce lui a esté matère de desplaisir et d'annui en cuer de ceste estrange manière.

» Le roy requiert trois choses. La première : que le bastard et ceux qui pris sont aveucques ly, soient mis à délivre francs et quittes , comme ses serviteurs ; leur vnsseau restitué en tel estre et estorement comme il fut trouvé, et restoré de tous domages et intérests lui soient renvoies sains et sauf^, sans coust et domagc.

» La seconde chose que le roy requiert , si est : que vous lui envoyez Olivier de la Marche , qui a fait semer et espardre cesies paroles mensongières sur ly, afin d'en faire punition telle que au cas afiiert , et comme bon lui samblera.

^ » La tierce chose , c^est que lui fociez dé-

livrer et envoyer cely ou ceuix qui , en leurs sermons, l'ont aiosi dllFamé en vostre ville de Uruges publiquement, atia de faire lu correction telle comme pareillement il appartient au cas. "

Tout au derrain , le comte d'Eu prit la parole alors , et dît ; " Monseijjneur, vous estes bon et sage , et l'avez de tout temps monsiré ainsi. Vous avez oy les trois points que le roy demande, et lesquels lui samblent esire raisonnables et non de refus; parquoi , aussi bien maintenant que sans allendi-c vous les porriez bien accorder pour faire plesir au roy , car en vous seul pend la response sans avis d'aulirui. — Déa! beau frère, ce dist le duc , vous ne faites que venir ; il ne faut pas di'mander et oltroyer tout en une heure. J'ai liien espoir de lellemeal faire et respondre , que monseigneur le roy se devra tenir à content de moi. >• Le comte d'Eu arrière redoubla sa parole ici, en plus aigre assiette, et dist: ■' Monseigneur, vous ferez et rcsponderez à vostre plaisirjmès, par mon conseil , vous renvoierez le bastard au roy dont il est serviteur, ou il en pora avenir et uvenra des maulx irréparables. ■■ Et le duc à ce mot se leva , et dist : " Beau frère , j'ai aultrefois oy des roanasses et de haultes paroles, dont gaires ne me suis meu ; non fay-je encore de cestes-cy; ù demain tout; vous, soyez lebienvenu. - El le comte d'Eu alors, soi liumiliant, lui fit la réviirence, et tourna sou langage en bel.

Cecyfait.'ei alors que cbascun se tenoit en pies , entra en my le parquet , measire Jaccjues de Sainct-Pol ; et venant droitemenl en la face du duc , se laissa clieoir à ses pies , disant -." Mon très redoublé seigneur, j'ay entendu que messeigneurs les ambassadeurs du roy, qui ici sont , oui donné et imputé (rli:»rjje de trayson et de crime de lêse-majesté ù monsei{;neur de Bretagne à qui je suis serviteur et de sa maison; de laquelle cbose, se j'en puis eslre creu ne receu pour y respondre , comme ung serviteur clievalier doit pour sonmaistre, lui absent, je m'offre icy et prOsenie , sauve la majesté royale , de respondre pour ly en tous lieux , et à toute lifture ; ei qu'nncqiies il ne lit et ne pensa cliose de quoy on lui pciist d'jnnT charge

[M65] CHRONIQUE DES DUCS DE BOURGOGNE.— III' PART. si^

ne reproce en son honneur. Et , mon très redoublé seigneur, icy je vous prends en tesmoing et en preuve devant messe igii cura les ' ambassadeurs , que je me suis acquitté et ' mis en mon devoir pour le deffendre , lui ab* ' sent, de toutes charges et reproces qu'ils l lui ont imputées', et lesquelles je lui annoncerai. — Beau cousin , ce dist lors le diic , : vous dites bien ; et faites bien à recevoir en vostre offre. Beau cousin de Bretagne est ung noble prince et ung bon chevalier, ce me fieroie-je bien. — Messire Jacques, ce dist le comte d'Eu'alors , nous ne sommes pas venus ' à la bataille icy; nous sommes venus en ambassade , et avon3 déposé ce que le roy nous a fait dire. Au roy et ik monseigneur de Bretagne bien leur en conviengne entre eulx deux , ce n'est pas à nous d'en débattre. ••. ' Et à tant se partit chascun , t'uag cy, l'aturo' li. Et prindrent congié du duc les ambassadeurs; et s'en allèrent en leurs ostek, )â où les convoya le seigneur de Lanuoy ol aulcuns • aultres qui estoienl à leur poste et de celle i secte; et le duc se reiray eu sa chambre' aveucques son fils , à peu de mistère pour, celle heure qui face à conter, se non qu'il s'uliendoil h ly et luy agréoit de respondreau lendemain auxdits ambassadeurs. Età tant print congié le comte , et s'en alla penser ik ' ce qu'avoit ii respondre sur tous les points; et venu à son oslel mesmes, alla de mot à mot tout nuit concueillir lesdiis points; et former les responces dessus et les doléances, telles comme il séoit au cas ; et n'y . svoit ne clerc ne secrétaire qui luy aidast , que sa main propre et son propre sens eu tirent la labeur.

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