CHAPITRE LUI
Commanl l'.mletir pxrie ft l»ilc cestc matière, bien eiiiÎB, piiiir l'Imiinvur meiaiues du roj, car t mauU «D «oat venus.
A dangier je parle ici, et à envis tais en/'huse nécessaire, pour l'honneur mes du roy, lequel je porcevoie ^oullié ici deceu d'une manière de gens , en faveur desquels, du commencement jusqu'en la fin, il emprist et coida pjirfaire des choses grevables à son honneur, contraires à sou salut , et domageables à la chose publique de son royaulme- Car par leur moyen et soggestion. ly qui avoit esié fait et eslevé roy paisible de la main de ce duc, et par qui seul le surplus du royaulme le craîgooit et douloit, alla prendre volonlaire baiue contre le comte, seul lils de coly, madiinant mesmes sur le duc en touverio Umijue traite, fui oslanl les terres sur Somme, le déprîvant de multitude de nobles boinmes et barons pour l'alloiblir ; et de quoi le duc , aveucques plusieurs autres causes, se percevoit de malice contre ly;car, se joignit aveucques les Liégeois et les priât en sa garde, en son contraire i quist l'amisié des Anj;lijis pour le comprimer par icculs i dévola plusieurs parollea minatoires coulre le comte, eu atiainie du pore ; emprisl, comme ici est conté , de le pi-cndrc et faire appréhender par ce bastard i et dq>uis , pour avoir cely , s:ias que l'esclandre eu toumast sur les cuuspiruicurs, l'envoya requérir par ses ambassadeurs soubs manasco etîujurei Cl tout par conseil i.-t en faveur de goiis qui ly et eulx-mesmes se divhonoroicnt , et dont on pei-cevuit la malice, qui lemprement cyaprês sera toute cotjncue et attJiinte , et do quoi déslionorés et desfais cjierront en confuse doloreiise tin , eulx et tous les leurs ; et appeira clèromenl que u>ule la tribulacion ut [luviei^ de ce roy Loy» d'ici en avant mouvera de eulx et de leur cause , par les avoir creus et attraits à ly à subtile et malicieuse fin , comme il les cognoissoit de malvaise inclination desiéale. Dont ce lui fut bien une dure et maie heure, et sera cy-aprèg, quand, oucquGi il les tira à ly ) cor par culx U '
pMin crmoNiQnE de
couvert ennemi de "son Itial ami servitpur, ot de sa maison , morlcl et mordant du flis , lequel (jiiéroit à desftiire. Laquelle chose , se poiut n'eust faite , et qu'il eust rendu bien pour bien , el se fenst tenu en amour aveuc- - qnes le père et le fils , et non abaniJonné le I jirand pour le moindre, il feust demoré roy " paisiblement rt^gaant ; nulles insurrections ne feusseni esltf faîtes contre ly ne de frère ne d'autlrui. Maintenant est encouru en toute adversité, aniant que roy passé a mille ans. Dont il les devoit bien maudire, qui, seuls entre tous aultres, en sont cause et Fondement. Mes dès l'heure que tous les princes et les grands de ce royaulrae se perçurent comment cesle maison de Bourgoigne , dont il tenoit sa force et redoutance , commença à luy tordre le col et à, se refroidir envers ly, à mainte cause et tilire , eulx tous , alors maltraicliës et mal men^s de long-temps, lui commencèrent à toupoer face aussi ; et faisans fondement sur le duc de Bretagne , que Je roy volojt trailier dehors raison , s'ajoïgniyent en sa querelle ; qui oncques n'eust esté f3it,ne feust qu'il s'estoit fait ennemy de ce duc et de son fils, lesquels il tendoità desfaîre pour complaire à ceulx de Croy. 0! quelle piité , quelle doleur et malc aventure S unf; si hault roy que de faire .ses instrumens et moiens de malvatses gens , et dont ly, à toute inlencîon et contendement non loabtes , mesmes chéy en la fosse de confusion aveucques eulx qui l'ont foyé ! Ne siet , hèlas ! à ung roy de France adjonction de teles gens. Ne duit au plus noble des crestiens soy aidier de tele niaisnie , qui mesmes en devroit abhominer la semence et la rebouter d'en arrière de ly pumsseur. Et combien qu'encores, à l'eurc de cesle ambassade, estant à Lille pour ce bastard, ces gens de Croy n'estoient encore pleinement cogneus en leur malice , fors tant seulement par mur- L Bure et par évidente souppeclion , toultefois Ivar intervalles depuis et par les faits clèrer#ient congneus et rattaincts comme par di- \ y'm jugement , expédient est de ouvrir ung I peu la matère en ce qu'elle porte de malvais, pour plus vivement et p'us clèrement demcr le sur^usJujM^u'àreafonâreinem de Top-
Relournanl doncqlles^ la'maièro; tecomis de Charolois , qui aigrement porta en cuer son injure , s'avisa celle nuit à bien et sage-' \ ment respondre au lendemain par ung joef-l I dy; et sur chascun point et article h tal'l imposés, de y garder son honneur et son boU'] nom. El en effet ly seul , h part ly . s'enfrema'"! en une garderobe atoul de l'ancre et du' 1 papipr , et lA composa et articula sa response ,' 1 telle que devoit faire ; et de quoi tout hommd F lui donna los après, de la forme et de l'as- i steitc. Si est vrai que ce joef-dy malin, atf J lever du lit, entendoit ù respondre atnCf ambassadeurs du roy à Taprès-clisner. Dont,''! pour soi monstrer et tant plus estre voiable ,', se \esli d'une longue robbe de drap tissu 1 d'or ; et atout cent ou six vingts chevaliert^ I et escuyers vint à l'ostel de son père poirf" | soi assagir de l'eure. Mes comme les affaires du duc ne portoient point pour ^ I entendre cely soir, fut remise au lendemain, f par ung vendredi. l'audience; et en furent | contentes les parties. Le vendredi doncques,' au mesme lieu où tes injures avoient esté \ dictes au comte , se reiit rassemblement deé 1 gens du roy , et le duc , assis en banc , rice- J ment par/; , avii'onné des princes de scfff 1 sang , des chevaliers de son ordre , multitude d'aulties en la chambre, louirf pleîiiede moncleet de gens d'estat, le comté I de Cli:irolois alors , soi tenant emprès , fi M | destre de son père, et soi ruant h genoux; J prist ti parler ainsi et dist : 1
'. Mon très redoubté seignetir , îl voirf 1 est, j'espoire bien, en rostre mémoire , comment avant hier au soir , les ambassadeurs dS 1 monseigneur le roy , cy présens , en vosirW | présPnce et en. la mienne, me donnèreiit de grandes et de griéves charges en moet honneur, et de quoi j'eslois prest alorj de respondre sur le lieu , s'il eust pieu il | voslre bonne grâce m'en donner octroi , ce j que non. Mes de vostre bonté , vous-mesmes I pristes la parole pour moi el me doffendislej ' j ce que jamès ne puis desservir ne vous ed <] remercier assez. Mes, mon très redoublé sel- 1 (jneur , comme vrai soit que après Dieu et lA | salut de mon ame, rien ne m'est si che^ 1 en ce moude que mon honneur , el que îcell^ J porter ne souffrir blessicr , encore h tort ,1*
Sâ2
GEORGE CHASTELLAIN
sans cause , me seroit une amertume intolérable ; et que dès lors je vous certifiai par ma paroUe publicquement , qu'à Taide de Dieu je me pareroie bien tellement et excuseroie que n^ariez cause de me tenir tel comme lesdicts ambassadeurs m'ont chargé en devant vous ; pourtant , mon très redoubté seigneur, en ensieuvant ma requeste dès lors faicte humblement à vous , et en ensieuvant aussi ce de quoi me suis vanté en vostre présence, c'est de m'en sçavoir bien deffendre , je vous supplie arrière , en toute humilité , qu'il vous plaise à moi donner grasce de respondre cy à leurs articles et aux points «n quels ils me donnent charge. £t à l'aide de Dieu mon créateur , je m'y porteray tellement, que la foule n'en demorra pas devers moi ne en vostre noble maison. »
Le duc alors respondit et dit : « 11 'me plaist bien ; parlez. »
« Mon très redoubté seigneur , doncques puisqu'il vous a pl(3u me donner grasce de respondre aux charges à moi imputées devant vous par les ambassadeurs de monseigneur le roy présens , se bien les ai recueillies et retenues toutes , me semble , pendent en cinq parties, et dont les deux points sont principaux entre les aultres; et tout quant que ils ont dict ne mis avant en leur proposition pour le parfait de leur matère , ce a esté pour venir à ces deux points , pour leur donner apparance de vérité , en agrévement de ma charge. Et tout premier , m'accusent d'avoir commis crime de lèse -majesté, par avoir esté sçaichant et consentant des traictiés et alliances , que beau cousin de Bretagne , comme ils dient, doit avoir faites aveucques le roy Eduard et les Anglois , anciens ennemis de ce royauhne et de la coronne de France , en contraire du bien du roy et de la chose publicque ; et ce doit estre apparu , comme ils allèguent, parce que maistre Jehan de Rou ville, vice-chancelier de Bretagne , comme ils dient, avoit envoyé en Angleterre pour les causes dessusdictes. Au partir dudict, de mon beau cousin son maistre, devoit avoir eu charge et exprès commandement de ly de retourner par devers moi , pour moi avertir et annoncier ce que aroit besolgnié aveucques ledict roy Eduard. Par quoi il n'y a point de dif-
férent que je ne[*soie et doy estre aussi coulpable conune ledict mon beau cousin « et aussi parfond au crime consentant, comme le procurant.
» L'autre point principal en quoi m'accusent et donnent charge, c'est que je doy avoir fait alliances et secrètes confédérations aveucques ledict mon beau cousin de Bretagne, en préjudice et en contraire du roy et de son royaulme , et pour laquelle cause le roy me tient et doit tenir pour son ennemi.
» Le tiers point en quoi m'ont donné charge, et par lequel ils veulent fortifier les deux premiers , si est que , à cause de ceste alliance que ils disent estre faite entre ledict mon beau cousin et moi , j'ai volu empeschier le roy de sçavoir ce que ledict mon beau cousin avoit besoignié en Angleterre -, et que pour ceste cause, et afin que le vrai ne fust sceu, j'ai fait arrester le bastard de Reubenpré , lequel le roy avoit envoyé en Hollande pour appréhender ledict vice-chancelier; lequel devoit passer par-devers moi à son retour d'Angleterre, pour les causes dessusdictes; et dont , par la prise et arrest dudict bastard que je détiens , le roy n'a peu sçavoir ce qui estoit machiné contre ly en Angleterre ; qui chiet au grand grief et desplesir du roy, et par quoi j'ai grièvement offensé et mespris.
» Le quart point de quoy me chargèrent lesdicts ambassadeurs, si estoit que, pour couvrir la cause pour laquelle j'avoie fait arrester ledict bastard , et qu'elle ne venist à congnoissance , pour ce qu'elle estoit malvaise encontre moi et peu honorable , je envoyai incontinent Olivier de La Marche par-devers vous, mon très redoubté seigneur, à Hesdin, pour vous dire que le roy avoit envoyé le bastard ''pour me prendre ; et lui chargeay en oultre qu'en tous lieux où il passerolt , ces choses fussent publiées. Dirent en oultre lesdicts ambassadeurs , et en ce mesme article , que pour encore plus esclandrir le roy , et esmovoir le peuple contre ly , je fis ces mesmes languages preschier en la ville de Bruges. Par quoy il appert, et est tout cler que, se lui eusse sceu pis faire , je l'eusse volontiei*s faict.
« Le quint point en quoy m'ont accusé, est que , combien qu'en l'ai rcst dudict bastard ,
j*ai grandement offensé le roy, toutefois j'ai encore plus mespris, ce dient, eh le détenant depuis qu*il s*est renommé serviteur et ayant charge du roy; laquelle charge, par mon détenir , il n*a peu exécuter. Dont se le roy n'en est pas content / ce n'est pas merveilles ; car en cest article ici , et en tous les autres ramenteus ici dessous, il semble, et ont volu dire lesdicts ambassadeurs, que j'ai contrarié , et volu desplaire volontairement audict monseigneur le roy; et de ce m'ont donné charge.
» Sur quoy , mon très redoubté seigneur , en ensieuvant vostre grasce et congié à moi obtenus par vous de respondre, en mon honneur gardant et seloncq l'appartenir du cas, je me suis présenté de respondre , et respondrai à l'aide de Dieu , an moins mal que porrai, et aiusi que vérité le porte, sans nullement m'en estordre.
» Quant au premier point , mon très redoubté seigneur , là où les ambassadeurs de monseigneur le roy présens m'ont accusé et accusent d*avoir commis crime de lèse-majesté , par les raisons contenues au premier article , je ne me puis assez esmerveiller comment monseigneur le roy s'est si largement lessié informer à rencontre de moi , ne à croire telles choses de moi , et encorre plus de ce que , sans nulle certaineté ne apparence véritable , il m'a fait , par lesdicts ses ambassadeurs présens, publicquement chargier d'ung si vilain et détestable cas ; et ne fais point de doute que , s'il y eust bien pensé, et nulle autre chose ne l'eust meu à ce que m'a desserte , jamès ne l'eust faict ; considéré que de donner charge à ung noble homme , à tort, sans cause et contre vérité, quand la vérité de ce est sceue enfin et congneue , cely dont la charge vient et procède n'y a gaires d'onneur. Or est que jamès ne sera trouvé que j'aie sceue aucune chose de l'allée en Angleterre dudict de Rouville , vice-chancelier , ne quelle charge il avoit de son maistre , mon beau cousin de Bretaigne , ne aussi par où il devoit aller, ne par où retourner. Par où peut clèrement apparoir que la charge que lesdicts ambassadeurs me imposent par le premier poiat , est nulle et de nulle teneur , et sans cause purement^ et contre vérité mise I
avant et proposée, Hélas ! mon très redoubté seigneur , la chose que j'ai plus désirée en ce monde , après le salut de mon ame , et que plus je désire aujourd'hui , si est de pooir ensieuvir les vertueuses et louables trasces de vous et de vos très nobles prédécesseurs, qui par leurs haultes et grandes vertus , sens et vaillance , et louables œuvres , ont si hauU eslevé eeste maison , que par tout le monde la glorieuse famé en court et vole, à la perpétuelle gloire de ceux qui l'ont mise en ce degré ; et laquelle , certes , mon très redoubté seigneur , soubs vous et en vostre main , n'est pas ameurie , mais accrue en honneur et en gloire , trop plus que par nul autre de vos très nobles prédécesseurs ; et de quoi je ne puis, ne ne porraî jamès rendre grasces ne loenges souffisantes à Dieu mon créateur, quand il m'a fait naistre et estre yssu de tous costés de si vertueux princes.
» Mes hélas ! mon très redoubté seigneur , se les choses à moi imposées estoient vérita^ blés, je seroie bien loing doncques de ce que je désire, et me seroie bien fourvoyé du chemin de vous et de vos très nobles prédécesseurs , et n'en seroie pas tant seulement à blasmer , mes à esloignier de toutes gens ; et me vauldroit mieux avoir esté mort au partir des fonts , que par moi ceste très noble maison, et mesmes tous ceux qui en sont yssus, portassent reproce de infâme renommée. Et pour tant, mon très redoubté seigneur , s'il est nul qui en ce , ne en nulle autre chose , me vueille charger , je y respondray tellement , au plesir de Dieu , et par telle manière, que la charge ne demorra point sur moi.
. » Et quant au second point, d'avoir fait alliances aveucques beau cousin de Bretagne, au préjudice de monseigneur le roy et de son royaume, certes, mon très redoubté seigneur, il ne sera jà trouvé quej'aye faict ne volu faire chose qui soit au préjudice du roy ne de sou royaulme , par alliance ne aultrement. Mes se, pour les grands biens et vertus que je sçay et congnois estre en la' personne dudict beau cousin de Bretagne , et que à ceste cause j*ayç grand amour et amistié à ly et ly à moi, le roy« ce pne.semble, ne doit ce prendre^ea^f? r la
GEORGE CHASTELLÂIN.
diO€6«qad'ptui dtetroit désirer et de quoy par raijon plus se devroii esjoyr, ce seroii de veoir bon amour , concorde et union entre les princes de son royaume , considéré que c'est le bien et la seurté de ly et de son estât ; car tant que les princes de son. royaume seront bien unis en bonne amour ensemble, et eux avec le roy , et dont je ne doute point qu'ils Be le soient et seront , tant qu'il plaira audicf monseigneur le roy les traitier comme il doit, il n'aura que faire de quérir estranges alliacés, ne de requerre ses ennemis de paix, ne de tresves. Ses nobles prédécesseurs , dèsquels la mémoire sera perpétuelle en leur bien frire y ont soigneusement mis peine à entretenir amour entre les princes de leur sang ; mais monseigneur le roy qui est à présent , sans que de ly mesmes s'en soit mis en peine onoques ne en seing , les a trouvés , Dieu merci ! et de quoy il doit grans grasees à Dieu, et ilous tous, si conjoings en bonne amour et en union ensemble, que depuis, comme je euide, que le royaume a receu la saincte foy erestienne i ne furent tant ne si bien comme à ceste heure ; laquelle chose je répute plus à miracle que autrement. Et bien seroit maudit eely qui les desmoveroitjou se vouldroit traveiller de les desmovoir de ce saint et loable propos. Et au regard de Tamislé que j'ai andict mon cousin de Bretagne , et lui à moi, mondict seigneur le roy s'en doit grandement esjoyr et contenter ; car plus avons d'amisté ensemble , plus serons puissans de le servir; et ne doit douter du contraire; car nulle amour ne me movera à faire chose qui soit contre mon honneur.
» Et pour respondre au tiers point où cesdicts ambassadeurs me chargent d'avoir faict empeschier le bastard de Reubenpré , pour révéler an roy ce que mon cousin de Bretagne a fait et besoingnié en Angleterre, certes, monseigneur, deux choses m'en excusent ; et non pas tant seulement m'excusent , mes de tous p<nnts me deschargent : c'est assavoir ce qui est repondu au premier article : que de l'allée ne de la charge du vice-chancelier, ne qu'il deust repasser par moi , je n'en sçaurois parler, en aucune maaière ans ce fust; et si ne sçavois ne ne poois
4i came de la venue dudist bastard.
Par quoi peut clèrement apparoir qoe eo dont je ne sçavois parler , ne peut estre la cause de l'empescliement dudkt bastard.
• El a^ regard du quart point , où lesdits ambassadeurs dient que, pour couvrir la cause de la prise dudict bastardj, dont, par la responae du troisiesaie point, je me suis des* chargié , comme chacun peut congnoisire , j'avoie , incontinent depuis ladite prise , en*voyé Olivier de Lia Marche devers vous , mon« seigneur, pour vous dire que ledict bastard estoit venu pour moi prendre , comme dit est« Mon très redonbtë seigneur, de ce je vous fais meismes juge , quelle chose de par moi ledict Olivier vous a dit.
» Et touchant la charge que , comme ils dient , je dois avoir enjoint à icellui Olivier de semer les languages dessusdits là ou il passerait , et aussi dn prescement fait à Bruges pour esmouvoir le peuple de vos pays àllencontre du roy , certes , monseigneur , je cuide qu'il ne soit jà besoing de quérir moyen pour esmouvoir vostre peuple allencontre du roy. Et quoi qu'il en soitj, monseigneur, vous en porez légierement sçavoir la vérité se desjà ne le sçavez ; car ledit Olivier est vostre siÂgect de vostre comté de Bonrgoigne , dont vous estes souverain ,''et la ville de Bruges est vostre; par quoi vous vous poez informer comment il en va ; car , à ce que par vérité se trouve je me rapporte.
» Et au cinquième point, où ils dient que combien qu'en l'empescement dudit bastard , j'eusse mespris , tonttefois , j'i|voîe plus griesvement failli encore, et de quoi je me pooie excuser , de l'avoir détenu depuis qu'il s'estoit renommé au roy, et ayant charge de par ly ; sur quoy , mon très redoublé seigneur : il est vrai que ledit bastard fust arresté pour les causes qui seroient trop longues à réciter, et que vous , monseigneur , et beaucoup d*autrès savent : comme d'avoir esté menteur en divers points , quand il avoit esté interrogué sur les souppcchonneuses manières et enquestes qu'il fist de mon estât ; comme aussi de malvaise famé et renommée qu'il a. Dont par la meismes auctorité que le chancellief de France allégua à moi, volant chargier, disant : Qui temel fnalui , sêmper prmêumiiur
$$êe muluê ; on ne p joit présumer sur ledit
ri4M] ghuonique des ducs de
bastard , fors cfoe UM foA, Bien esl vrai qu'il 66 reDoroma au roy, et d^avoir charge de ly, telle que dit est ; mèa pour ce qu*il u'en appert en riens , et considérées les contradictions en quoi avoit esté trouvé , je Tai détenu jusqnes au présent; et de ly et de toutes antres choses, ferai à vostre bon plesir, selonc la puissance que Dieu in*2| donnée.
» Yray est en outre , mon très redoubté seigneur, que lesdicts amibassadcurs , en àe^ duisant leur matère, s^esmerveUloient de quoi j'avois pris si grand desplesir et courroux aliencontre du roy , comme de le faire ainsi esclandrir par tels non véritables rapports , disans qu*ils n'en sçavoient penser la cause y se ce n'estoit à Foccasîon de la pension que mondit seigneur le roy m'avoit donnée , et laquelle m*a r^ostée. Sur quoi , mon très redoubté seigneur : au temps qu'il pleut à monseigneur le roy , moi donner ladite pen^ sion , avois des biens de vous , tant et A largement , la Dieu merci et la vostre ! que jà ne m'estoit beseing de Tavoir ; aussy je ne la requis ne la demandai oncques ; ains , sans ma requeste , la me donna et la me fist présenter mondit seigneur le roy. Dont , et afin qu'il ne pensast que je voulsisse refuser de mesprisier ses bienfaits , je fus , par vostre bon plesir et assentement, content delà prendre ; mes certes, monseigneur , il n'estoit nul besoin auxdiis ambassadeurs de voloir coulorer et pallier les charges qu'il m'ont volu donner contre vérité , comme je l'ai dit ici devant , sur si peu de chose comme sur la rompture de celle pension; car mondit seigneur le roy la m'avoit donnée, tant qu'il lui (dairoit; et s'il lui a pieu de la moi r'oster et rompre , il estoit>n ly de ce 'foire ; et n'en ai pas pris tel ne se grand desplaisir , comme il cuide ; car , mon très redoubté seigneur , vous m'avez fait et élargissez journellement tant de bien que je' me passeray de celle pension , tant qu'il plaira à Dieu et à monseigneur le roy.
» Et combien , mon très redoubté seigneur, qu'il porroit sambler que mes responces po^ roient souflSre pour mon excuse , et que par icelles je devroie estre deschargié pur et net de tout , et meismes que les rapports faits par
haine et malveillance ne lont ntUlement à re-
BOURGOGNE. ~ II? PART- StHt
chevoir , parquoi appert que les dessuadites charges ne ne pevent ne ne doivent nullement torner à charge , pour ce que , comme chacun scet , le roy , depuis aulcun temps en ça ^ a pris desplaisir , corroux et imagination encontre de moi , s:^ns l'avoû* desservi ; et si grand , que publicquement il a dit qu'il ma tenoit pour son ennemi , lequel je ne lui serai jamès. £t ne desservis oncques qu'il; me réputast tel; car il ne vit oncques, ne ne verra jà , tant qu'il lui plaira , se Dieu plaist^ par quoi il me doit tenir pour tel. En oultre a maintefois dit au seigneur de Hammes et à plusieurs autres , auxquels il tenoit malvais termes , que c'estoit à cause qu'ils estoient mes serviteurs; et qu'en mon despit leur feroit du pis.
» Oultre plus , a plusieurs fois et ouvertement dit , et de quoi vous , mon très redoubti^ seigneur, poez estre averti, et s'est vanté d'avoir , en temps et en lieu , des meilleures places de vos pays ; par qui moyen , ne par quel , Dieu le scet ; et en après , par le moyen des Liégeois , me débouter de la ducié de' Braibant , et y bouter mon cousin de Nevers ^ auquel, comme on dit, il a promis baillier quatre cents lances pour ce faire. De quoi , monseigneur , il feroit grand peschié ; car , premièrement , il seroit contre justice et droiture , laquelle doit reluire en tous princes , et singulièrement en cely qui est dit le très crestien ; car par les renseignemens que vous , mon très redoubté seigneur , en avez en vostre chambre des comptes en Braibant , il appert clèrement que mondit cousin* de Nevers n'y a quelque droiture ; et si ne lui desservis oncques de me voloir déshériter sans cause et contre' droit et raison. Et quand son plaisir sera de le faire et de s'en mettre en peine , force me sera bien d'y remédier ; car bien envis je lesseroie perdre le mien , tant qçe je le pousse amender.
9 Or , mon très redoubté seigneur , considéré que les.charges que monseigneur te roy m'a imposées par ses ambassadeurs, procèdent plus de corroux et ymaginacion qu'il a prise contre moi, comme j'ay dit, que de ma coulpe ne deffaute, comme clèrement peut apparoir par ce que f ay reaponda ans char» SeaqneleiditeantaiiiÉ
GEORGE CHASTELLAIN
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Je vous supplie , mon très redoublé seigneur , que , de vostre grâce , il vous plaise de non adjouster foy aux choses qui par lesdits ambassadeurs à ma charge ont été dites ; mes desdites charges et toutes aultres , me tenir pour excusé et deschargié. Et se nul me veult en aulcune manière chargîer en ce , ne en autre chose , je y respondrai , ^u plaisir de Dieu , tellement que j'en dcmorrai net et quitte.
' »> Mon très redoublé seigneur , pour ce que les ambassadeurs ont , en concluant leur proposition, dit que riniencion de monseigneur le roy csloît de faire publier ces choses par tous les roys et i oyaulmes crestiens , qui seroit, comme vous et chacun poez congnoistre , grandement à ma charge et esclandre , je vous supplie , comme dessus , mon très redoublé seigneur , que ainsi qu'il vous a pieu me donner congié et grasce de respondre à ces présentes charges , vostre plesir soit que , partout où mestier et besoing sera , je me puisse excuser ainsi qu'il en appartenra ; car , en ce et en toutes aultres choses , je me voudroie régler et conduire par vostre bon plesir. »