CHAPITRE LXVIII
Le seigneur de Croy musa ong petit en cest offre, et par samUant il dilliculta fort de y respondrc; car craignoit Furl l'accepler lé- ((ièrement , et pesa le refuser iioa moins ; enHn touliovoies il respondîst et print détny jusques au lendemain ; car Votoit jicnser dessus, ce disoit, celle Duyi; et lo jour venu , il en fci'oit responsc. Le délay luy fut accordé ; et firent les médiateurs leur retour vers le comte, et luy firent le record du dit et du l'ail, et du délay pris, qui s'en tiutàcoiileiit. Vx encore d'alionduul, et alliu que tout veuist à bien, leur donna encore plus grand cltaige el pooir de pailer plus avant , et les averii6i sur aulcuns glands points , se d'aveuture Croy en faisoii mention, comment ils y poroienl respundre , et comment il voloit qu'ds en fissent. Et à tant retournèrent devers coly de Croy , et convindrcnl ensemble sur la malêie dressée , comme le jour de devant. El commença à pai-ler Croy , et dist : • Messcj gnours , j'ai à nuit peu^é il l'ollre que vous tue
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fcistes lijer, de par monseigneur de Charolois , qui est Ijel et grand : et croy bien qa'il le voudroil Icnîr comme il le promet; mes quand il ne voudroît aussy, je n'en aroie que la douleur, et ne m'en seruit aulire chose. Je me suis tant de fois offert à ly de le servir ; mes je ni; me suis oncques encore peu Iroitver en grâce, ne qu'il y ait eu fiance. Que seray-ce duncques maintenant , ne d'où m'en venroii la grâce plus aujourd'uî que les aulires fois, qui avant que j'eusse oncques service ne pension du roy, ne l'ay peu gaiguîer en plus fuible cause. Le roy m'a requis de mou service , et je m'y suis adonné; etpourvuyaut a. ce que mousei|'neur de Cliarollois est mal content de moy et me het à mort, e( que , monseigneur le duc mou maislre fuiUy, je n'aroie poiutde n)aislre , et me truuveroie en dangier de ma vie et de mon estât, et de tous mes pareus et enfans, sous monseigneur de Ctiarolois, j'ay pris ma couverture et protection soubs le ruy; je mu.sub armé de son service et de ,sa maison ; je lens sa piotection bonne et seure pour moi , el la recouvraiice de la grâce de munsetgneui' de Clurotois pleine de doute. Uoncques, 4]ui suis seur de l'uiig , et tuul refait de l'avuir, eldc l'aullre je vis eu suuppechoo el en balance d« nulle dangiers , doy-ju abaudonucr la seurté de ma vie el des miens , pour m'attendre en , une mercy nuvelle , dont l'espérance m'y est mal fondée. Parlez , inesaeigneurs , cl par propre cuer jujjiez del'auUrui. Monseigneur deCliai-obis se plaint de moy à tout le monde, el munblre qu'il y a liayne; plainte et haine sunl fondées eu messin, be doncques le mesfuil y esi , qui cause sou indignaliuii , je ne me doys puiul fier de sa grâce , laquelle tmcqucs je ii'ui peu iilleindre. El uug roy de ' Trance faii-il uiusy ii abandonner ii ung compaignou tel que moy, pour ung légier pru- 1 mettre, dont la loujp urc se peut faîie au ! plesir du prometteur, sans eu pooir faire uuUi'C chose. •!
Comment les mèdîateun reprîndrent le seigneur de Croy de sa desfiance touchant les promesses du comte»
^ A ceci fiist respoDdu brief et bien assis : « Monseigneur de Groy , à vous oyr parler , mes pardonnez-nous , vous tenez peu de bien de monseigneur de Gharolois , et trop peu ^ quand vous mettez telle et si grant desfiance en sa promesse et en ses lettres et scellés , tels qu'il vous a offerts ; car ne croions point, et sçavons véritablement , que pour tout Tor du monde il les daignast rompre. £t feusssiez ores le| plus mesfait envers ly qui oncques f ust au monde , et voust eust donné rémission et mercy, receu en grâce et clémence, tant seulement par paroles et en mot de prince , si ne voudroit-il jamès frustrer ne rappeler sa bonté donnée. Or regardez doncques comment il se poroit ne voudroit consentir à rompre ne à fausser son scellé , ne à luy faire celle honte, qui est si hault et si nuble prince, que de commuer sa grasce promise , escrite et scellée et signée de sa main , en austérité et perverse malice y par souvenir de commis delict. 0 non , plaise à Dieu ! mieuk lui voudroit non avoir esté né. Et nous samble que trop malement vous errez ici et en mettez le malvais bout devers vous. £t quant au point que vous dites que vous vous estes traveillé à acquérir sa grasce : s'il convient parler à vous et respondre à Tappartenir du cas , en cela faisant vous n'avez fait que ce que devez , et ce à quoi vous estes tenu par toulte obligation d'onneur et de droit , comme qui estes fait en la maison tel que vous estes , et emprès le père , dont le fils vous doit bien estre recogneu. Se vous dites que vous estes offert à ly, et que vous av^z quis sa grasce non obtenue, se vous disons bien : que voirement nous luy avons oy dire que aultrefois vous en a veu faire le samblant et tenir manières faintes , mes oncques ne vous trouva poursievant vostre promettre , ne donnant vertu à vos parolles; mes couliniiiez et persévériez toujout^ en vostre viel U^
que oncques en toonuM cogi
ly d*aucime amende. Et quant à te que Vous
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et devriez faire, et que aujourd'uy il vous est et sera cscu de protection et de garant encontre vos haineux , monseigneur de Groy , vous , sain d'entendement et de vive rayson , ne seroit besoing à vous , tel homme que vous estes et à tel maistrc , quérir nulle protection de dehors, qmmd vous vous tenriez en la grasce de ceuîx dont vous vous estes porté non grevé de nuUuy jusques icy. Et se d'aventure le mesfait y estoit et par quoi vous vous dou* tassiez de la vengeance pour le temps avenir^ n'en seroit point la mercy et le pardon plus propre et nûeulx séant , humblement requis en cely qui seroit offensé , que par fièrement et descognoissamment maintenir pointe et quérir sauveté ailleurs , là où fuite est desbcmorable P Vous cognoissez le roy et sçavez quel homme il est; il n'aime point monseignemr de Gharolois , et se ferme en rigueiu* contre ly; et voits , pour ce que monseigneur de Gharolois ne vous a point en grasce » ce luy samble , il vous a attrait à luy, et vous porte samblant d'amour poiu* ce que l'aultre vous het , et pour ses secrètes fins. Et vous ^ vous faites semblant d'amer et honorer celui qui het ce que vous devez amer et honorer devant tous, et qui est aussi puissant de voits maintenir et faire demorer tel que vous estes, comme voue estes devenu et fait , au lieu de vostre nourritiu*e , tel que vous estes. Et quant à ce que vous mettez desfiance en sa grâce ^ et qu'il vous samble que la mesveillance y peut estre enracinée tellement qu'elle n'en pora vuidier, sinon à grand doute, poiu* quoy doncques^ et puisque vous avez celle cogooissance ^ ne mettez-vous dehors de vous les causes qui vous samblent estre fondement de cesle mesveillance , et vous mettez en vostre pure netteté devers ly , par quoy il puisse cognoislre son tort devers vous , et relinquir son ire. Mettez-vous en ce devoir ; et puis après dolesvous ou loez-vous de ly ; se la cause de Tin* dignation y est et que vous la sentez , estes la dehors de vous et lui donnez une obligation d'onneur envers vous par satisfaire. En mette droit devers vous , vous mettrez le } et psr vosire bumilité qui vous
W« GEOUGE CHASTELUTN.
serahonoraWo, vous vaincrez son fier nnimé cora^^e, qui est maintCDaaldeUui-e aucuic. ••