CHAPITRE LXX
Coumenl le seigneur dcCroj, «près plneiears perEnasions des médiilGun , respondil par briefvc con<
A ces mois le sergoeiir de Croy respondisi et dist brief : <■ Je ne sçay cause plus (frand ne de tel effet que ce que je liengs les pays de Lucembourg , et de Namur, et de Boulogne, desquels monseigneur le duc m'u donné le gouvernement et le possès mon vivant , et les a confermés pareillement à mes enfans. Si croy bien que cccy tuy yist en cuer et luy cuist que je me tiens à mon don, et m'en voudroil bien priver. ••
A ceci futrespondu lors et dit ainsi : «i Or doncques , puisque vous congnoissiez quelle est la cause de ceste indignation , et qui n'est pas petite , se vous Tuiles aulciine réputacioa de la grâce de monseigneur de Charolois, et pareillement aulcun pois de sa mesveîllance, pourquoy ne vous dévpste/-vous doncques de celle cause qui vous fail mal volu , cl remédiez à l'oflènse ? Vous samble-il que monseigneur de Cbarolois a tort , s'il lui desplest que vous, serviteur et subjecl de la maison, tenez en vos mains , et encore par hauteur, les principales places frontières de tous les pays de monseigneur son père , et demain ou nprès, quand il seroit trespassé, il en seroit en vostrc dangier de les recouvrer et en vosire merci, aveucques ce que le roi encore se vante tous les jours de les avoir en sa main quand il voudra, comme pour le balirede son propre baston? Monseigneur de Croy. le tort en ce cas ici n'en est point devers monseigneur de Charolois. mais est devers vous. Monseigneur de Charolois est prince , et à ly appartient de venir à la succession de son pérè , sans dangïer ne merci de serviteur, et encore de tels pays et places qui souHiruient au plus grand roi du monde. Mes si vous volez bien faire , çiellez-vous en , et de vosire don, et du tout, en lamercyde monseigneur de Charolois , ei lui offrez le ri'signcr en sa main pour parvenir à sa grasce ; cl vous trou-
verez qu'il sera si plein de vosire offre et de vosire faumililé , qu'il se donra mesme vaincu à vous et vous sera agréable. El se encore voys y mettez desfiance, et en faites grand pois , pour l'amour des gians profits que vous y avez et prenez et que vos enfans aussi y porront prendre ci-après , ù qui est confirmé le don, ce dites-vous, comme à vous lout leur vivant , nous avons charge de vous dire, et vous disons de par monseigneur de Charolois T que monseigneur do Charolois est et sera perpétuellement content que vous et vos enfans possessez et mainienez ces pays dessusdits et ces places laot que vous vivrez , et que vous usez et jouissez des porfits , gages eiémolumens, et de toutes aultres choses, en la forme et maaière que monseigneur son père les vous a donnés, accordés et promis, et en présent , tenez et maintenez , et avcs tenu et maintenu, sans riens y reslraindre ne recopper, sauf que présentement vous les voudrez reprendre de ly et de son don, et lui en faire le serment ici tel en sa main, vous et vos enfans, comme vous avez fuil à monseigneur son père. Dont, et uQin que ceci vous appère qu'il le veuille maintenir léaument et en prince prend' omme , il vous offre de vous envoyer un signé blanc; mettez-y vosire iraitlié dedens à vostre plus bel , et faites l'oblîgacion telle que vous la sarez haidier, et il vous la teura ferme et estai tousjours , et s'en attend bien à vosire ci'ire. "
A ces mots , le seigneur de Croy respondil tout court et comme approcié du point où il convenoil taire ou faire: • Monseigneur, volez-voiisqueje vous die pour toute conclusion et sans plus battre vent : Je ne veulx pas cessiei' le service d'ung roi de France pour ung comte de Charolois. Pardonnez-moi et adieu. -
De ceste conclusion si roide et courte furent esmays ces bons médiateurs, qui espérans avoir fort besoignié et l'avoir mené jusqu'à près se trouvèrent plus loings de leur entente qu'au commencement de l'ouverture; et perceurcnl bien, et le dirent aussi, que descongnoissance estoif en ly toute et outre, et que son aveuglement ne lui soult'roit cognoistre son estât , et par quoi il clicnoit une
il, et
fois en punicion par jugement de Dieu^ ce craignoient. Mes puisqu'à eulx il n*estoit de le changier ne muer, ne de lui foire congnoistre et entendre ce qui lui seroit sain et de porfit , il s'en convenoit bien attendre à ly et à ce qui lui en ensievroit. Trop bien plaingnoient que ung si notable cbevaÛer, et de telle auctorité et haute fortune , se mesfaisoit si évidentement et par si lourde offense , et qn*en son sens de long-temps estoit ainsi tourné en desmesuré oultrage, et en dérision du monde , en foule de son prince futur seigAeui', en lésion de sa propre renommée, et en confusion de* son ordre et de tous ses frères , qui s'en esvergoignoient. En si faites devises et doléances du cas , lequel véoient irrémédiable , vindrent devers le comte ; lequel , après avoir oy leur rapport et la iriste maigre conclusion du mal avisé , se commença à rire très bien , disant : Que espoir ne lui fut oncques qu'il en deust aultrement dire ne faire, car le congnoissoit trop. Et disoit : <t D'autant au moins que je lui ai offert belles , et me suis humilié devers son tort, d'autant lui ay-je plus confondu son orgueil et avancié ma juste cause. Or en Dieu soit le surplus ; et en ly je remets tout ; et par saint George ! il en buvera de l'amer avant que je meure , ne jamais ne recouvrera ce que je lui ai offert. »