CHAPITRE LXXXI
Comment le comte de Saincl-Pol argué en cuer soubtiUa son avancement en France. .
A cause de cest amour doncques en quoi Tung chaudioit , et Tâultre alloit assez lentement avant , commença à s'arguer en son corrage cely de Saînct-Pol , et à prendre murmure. Et pensant quel il estoit, et qui et comment il esloit Jioipme pour porter glw^ •"•
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vice, et dont dès-jà il avoit le tiltre et le baston en main , l'entrée et la vocation tous les jours , et n'y failloit que l'accepter , pensa de ly-mesmes ; et pour faire despit à ses ennemis, ce qui estoit bien en ly, ce lui sambloit, soubtilla son avancement ailleurs , et hors de leur dangier. Et combien que le comte de Gharolois estoit le seul prince au monde que plus aimoit et pour qui plus voudroit faire et souffrir, et à qui ne voudroit ne ne devroit porter pointe, car estoit futur seigneur principal de ly , de ses terres et de ses enfans , toutesfois , pour monstrer qu'en ly avoit corage et haulte volonté, et que des biens et honneurs de ce monde il estoit bien homme pour en avoir et trouver , osa bien appliquier à ly, ce lui sambloit , et attribuer haute aventure par changier sa main , sans forfaire encore à son honneur ; car jugeoît en ly-mesmes que les biens se doivent prendre là où on les présente , lorsqu'on les refuse au lieu là ou on est. Et convient entendre ici que ce comte de Sainct-Pol estoit ung fier homme durement et de grand cuer ; avoit toute sa béance à gloire et exaltacion de sa maison ; avoit devant toute riens du monde , passé a vingt ans, convoitié et laboré , par le moyen touttes-fois du comte son maistre , d'estre connestable de France , ce qui jà estoit sans porfit ; avoit marié sa seur aisnée jadis au duc de Bethefort (1) en Angleterre ; Sa seconde sœur à messire Charles d'Anjou, comte de Maine; la tierce , à messire Artur de Bretaigne , comte de Ricemont et connestable de France , et depuis duc de Bretaigne ; et par lesquels ma • riages, aveucques ce que ly et ses enfans estoient rices et grans terriens , sa maison , lui sambloit, estoit hautement montée etessourse de son temps. Lui sambloit bien aussi qu'en sa personne encore porroit bien trouver moien de l'essausier par ung noveau mariage, et que, aveucques ce qu'il estoit devenu connestable et fort convoitié devers le roy, trouveroit encore femme d' estât et de sorte à sa béance (2). Or est vrai que naturelle-
Ci) Jacqueline , fille de Pierre I", comte de Conversant , de Brienne , de Saint-Pol , épousa eu 1433 Jean d'Angleterre , duc de Bedford , et en secondes iaaem Richard d'Ooderviilc , seigneur de Ri^ers.
GEORGE CHASTELLAIN
ment tout bomme qui est de haute contcndance , et qui appette gloire et honneur temporel , réalement est et doibt estrc avaricicux, fort veillant et entendant à grand somme de deniers, soit en pensions, soit en rentes, soit en gouvernement ou en practiques ; tout son soing si est d'avoir ce par quoi il puisse maintenir ses estais à Tavenantet à la mesure de son corage. Et comme doncques le comte de Sainct Pol ici estoit de grand cuer et de haulte béance, et de hault contcndre , et que sa personne aussi le valoit , et rinclifloit nature congnoissablement et de tout temps à avarice , non merveilles est, quand il vit et perchent les termes à ly tenus devers son maistre, qui n'esloit pas prince encore des pays , s'il béoit ailleurs pour une espasse de temps , là où il pourroit mieulx recouvrer et plus à terme ; cartousjoursaroit happé cela, ce luisambloit, à son avancement et au retour en temps et en lieu; et quand honneur le poroit soiiffrir, aroit bien remède.