CHAPITRE LXXXII
Comment \e roy Lojs tousjonrs se qnéroit h Tenger de la pla3e faite k ly devant Paris et le mont Héry.
Or faut-il bien entendre que le roy Loys , roy de France, depuis le voyage que le comte de Gharolois avoit fait en son royaulme à main armée , et tele comme a esté conté cy en 8us;(4), et de quoi ce comte de Sainct-Pol en partie aveucques les aultres princes du sang avoit esté cause, ung des principaux ca« pitaines et meneurs de Tarmée dudit comte , jamès ne fut heure après que la plaie de sa ruine à Mont-le-Héry, et du grand esforcement devant sa ville de Paris, ne lui cuisy,et qa*il ne héist à mort ledit comte de Gharolois, quelque samblantne entretenement qu'il lui feist de paroUes. Si ne désiroitqu'à soi en vengier, mes qu'il peust trouver la voie ne le moyen par où ; et en aullre chose ne mettoit son estudc. Et comme doncques encore , au retour de France, ce comte de Gharolois îcv, en clère et glorieuse fortune obtenue , estoit descendu eflbrcéement enLiége^ le plus puis- Ci) Cette partie manque»
sani et le plus à main fière que jamès prince s'y trouva, et là où de reschief en espoventable armée comprimoit les Liégeois,, les mena & servitude et à cremeur, à tren envers ly et à obédience , et qui plus estoit , à déport et à renoncement de leurs vieux et anciens privilèges et usages, ce que jamès n'avoit esté ne oy ne ven , ceste seconde haulte fortune, avencques la première, et qui toutes deux tonchoient au roy, Ini estoit matère seconde anssydelni augmenter et renoveller sa plaie. Gar comme par i'eflbrcéement premier à Hont-le-Hery, se sentoit laidangîé durement et ravaUé 'en sa personne par fortune d^armes, en cestui second efforcéeroent en Liège, dont il estoit protecteur, se sentoit grevé encore en tonte V intégrité de sa coronne. Gar ayant pris Liège, le pays et Liégeois en sa «arde et protection, comme avoit jadis le roy CSharles son père, envers tous et contre tous, et donné chartreset scellésà eulx de sa garde perpétuellement durables , et ly receu de eulx en pareil leur scellé de perpétuellement le servir et adhérer envers tous et conti*e tous, ce comte de Gharolois, en la querelle du duc son père, les constraigny et mena à ce destroit, que de révoquier et de renoncer à toutes alliances et amistés et conservacions prises et requises aveucques le roy de France , quelconques ne comme faites elles puissent estre ne avoir esté, ne en quelconque forme ne manière qu'elles pussent avoir esté practiquées, promises ne jurées; toutes les revoquoicnt et les mettoient à nient ; renonçoient à ly et à son aide, et à sa laveur; rendoient et rebailloient leurs lettres et Chartres que avoientVeceues de ly; et promettoient et affermoient de recouvrer au roy leurs lettres et Chartres qu'ils lui avoient bailliées, ou suflisamment en satisfaire au comte en ce lieu par acte novelle. Certes que estoit la chose du monde, ce sambleroit, cop après aultre, qui plus devoitet pooil cuire à ungroy de France, encore de son subjecl , de qui pooir et hault effort il estoit constraint de porter Tune fortune et l'aultre. Et voircment esloit-ce une chose bien merveilleuse et grande, et non oyc oncqucs samblable ailleurs , que de mener ung tel peuple, une telle puissance et redoublée nation à cest estreme, et encore ^ans l>a-
taîllo , cl tant seulement en peur, que de renoncer au plus puissant roy du monde et le plus noble^ le roy de France > à toute amisté et entendement aveucques ly, pour se donner à un{][ duc deBourgoîgne et son fils, le prince du monde que plus hëoient , et le prendre , encore en delessant le roy, à tuteur perpétuel, avoë et gardien, à somme de deniers de toute leur terre. N'ay veu jamès ne oy que pour bataille par avant, ne pour aultredangier, jamès Lié(][eois aient esté menés à ceste loy, combien que de la rompture de ceci , et que non bien entretenoient leur promesse , plus grand fiiit en ensieuvy, et plus grande merveille beaucop ; car leur pays en fut désert, et gasté de fons en fons, en Taultre saison après ; Dinant en fut demollie et exterminée; les plus beaux forts et villes du pays rasées en leiir muraille; la cité et tout le peuple du pays taillés à somme et à restitucion de deniers intolérables, et pour estre à jamès deffaîs. Et tout ceci convenoît que le roy le veist et le soufTrist , parce que ly-mesmes devant Paris avoit promis au comte de Gharolois que de la querelle des Liégeois jamès ne se melleroit ; et en ce promettant les desavoua , et agréa au comte d'en faire son plaisir. Mes îcy fault-il entendre, et le faut doubter ainsi, que ce fist-il constraint, comme il le dist depuis, mes non pas à la bonne foi ne de cuer. Mes le comte touttes-fois se fonda dessus , et le prist tout à son bon profit , comme Ton doit faire de parole de roy. ;