‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 355 sur 494 · CHAPITRE LXXXIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXIIL

Comment le roy s^ansa de fortraire les capitaines do comte , et souYerainement le coonestablei le comte de Saint-Pol.

t Ces choses doncques considérées et toutes mises ensamble, et que le roy, qui resoignoit le haut vol et le haut commencement de ce comte, portoit en cuer tousjours sa cuisance, et avoit matère et occasion légitime , ce lui sambloit, de s'en vengier, toutesfois s'avisa certes et s'appensa , que par nul moyen ne par nulle voie plus propre ne poroit venir à son prétendre pour rompre son

cousin le comte, que par lui oster et fortmire j tre Jehan ^ con

ses capitaines et le cliîefde sa guerre, souve* rainemcnt son connestable le comte de Sainct« Pol , de qui oncques encore n'avoit peu joyr. Si mist son pensenient à eifect , et y alla par œuvre. Or avoit le roy attrait devers ly ung nommé maistre Jehan de la Driesche, natif da pays de Tenremonde , en Flandres , homme bon clerc et de subtil esprit, à mer veilles actif^, et de grait entremise ; lequel maistre Je^ han aultrefois par avant, toutjeusne homme, et avant que Téage le soufTrist, avoit estécon^ stitué de la chambre de Flandres et exalté ea haulx honneurs pour son vif esperit et pour sa clergie, aveucques ce qu'il cstoit personne assez élégante et bien élevée ; et T avoit le duc hanltement et richement marié à une no-^ ble femme en Bruges, aveucques laquelle il monta en estât et en grans pompes et fiers apparaux. Mes comme jeusnessc inexpertc des faits de fortune etdesvariacionsdecemonde, et souverainement quand elle se trenve en bruit et en gloire, est costumièrementlegière et desbridée , soi confiant et présumant en sa fortune, et peu pesant et agoustant les périls qui lui sont près, à cause de Téage non propre à honneur, cestui maistre Jehan , président et hault homme , en comblesse des biens et des honneurs qui lui efiluoient , s'ennivra et desvoya diversement , ce lui fut imputé , et sur Tauctorité de son estât et sa crédence , com* mist plusieurs crimes et maléfices; desquels accusé et monstre notoirement par preuve, fiiC attrait en court devant le conseil du prince; fut par son démérite destitué de son estât; fat tout le sien confisquié jusqu'en son derrain vaillant ; fut condampné ^t jugié estre digne de mort. Mes par pitié et miséricorde du duc, et par le regard du haut estât en quoi l'avoit commis, fut sa sentence commuée en ban perpétuel de tous ses pays , aveucques privacion perpétuelle de jamès pooir parvenir & nul office, ne à nul estât ne dignité ennui de ses pays. Laquelle chose ainsi faite et jugée* ledit maistre Jehan se trouva durement confus, et le plus honteux de la terre. Or disoiton ainsi, que ceste reverse lui vint aucunement du seigneur de Groy, lequd pour celle heure estoit en pointe et en argus à Tencon^ tre du comte de Sainc^-^^ Aaaafi en mais-

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GEOTIGE CHASTELLAIN,

querelle. Donc , comme cela desplul au seigneur de Croy, aveucques ce qu'il trouva à mordre sur lui pour les grandes plainies ei malvais liltrcs qu'il en sçavoil, lui avan(;a sa ruine ; fit de fait , feust quête feisl par vindicalion ou en forme de justice, ledit maisire Je ban en porLile honteux fardeau, el en fui désert. Dont de celle heure en avant, et comme bomme Loul povre et dépaysé , constrainl se alla rendre au comte de Sainct-Pol , pour qui amour cl faveur, ce disoil-îl , esloil en ce piteux parli; lui prioit au moins, puisque aultie part iln'avoit liabitacion nulle, qu'en sa maison il peust avoir refuge et eniretenneraent. A quoi le comte, qui congnoissoit l'homme et ce qu'il y avoit en ly, respondil et disi ; qu'il le feroil volontiers; que très bien fcust-il vena et joyeuscmeiil, et jaraès tant qu'il vivioitue lui fuudroit ; et quand il verrolt son heure , en despitde ceuxquiravoientgrevéet desj>radé, il ravanceroitelpromouveroil ailleurs, et par aventure plus qu'oucqucs.

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