CHAPITRE LXXXIV
Or esloit ce maistre Jehan de la Driesche venu en la cougnoissance du roi , dès celle heure que, ly estant daulpbin, il demora encore en Braibantj et avoit le roy pris assez aft'eciion en ly, pour cause qu'il le véoit homme d'entremise et de subtil engin. Et tant y continua ledit maistre Jehan , et songea de son avancement, que le roy lui donna auctoriié et pension, et le tira hors de la main du comte de Saincl Pol , et brief aprrs le fit ircsorier de France. Or esloil le comte de Sainct- Pol iDUsjours encore devers le comte de Cliarolois demorant ; ci ne l'en pooit-on bonnement tirer dehors ; et sambloil honneur sauf, pour cause que le comte lousjours jusqu'au présent s'esloil fondé sur ly en guerre et en paix; et avoit esié ung des chiefs capitaines de sa guerre en France cl en Liège. Mes pour les poiules qui csioienl, comme j'ai dit, cnire c basiard de Bourgoigne et !y, cnsamblc pour te dungier qu'on lui fist pour mademoiselle Jebeouc de Bourbon], se commoiiçu à
lanner des marches de dechà et du service-, el ly, qui souvent et presque tous les jours esloil sollicité du roy pour venir devers ly exercer son office deconneslablie, aveucques plusieurs grandes promesses qu'on luifaisoit, il presta oreille ; et soi tirant tout bellcmeat hors de la maison du comte, s'alla tenir en ses maisons et en ses terres sur la frontière de Fi-ance , soi donnant bon temps. Et alors le roy voyant ce, et comment ce comlp de Saincl- Polprestoit oreille, practîqua aveucques mais- Ire Jehan de laDrîesche, trésorier, que en lieu de ce qu'on lui avoit fait refus et dangier de la fille de Bourbon, s'il voloii venir devers ly et le servir, il lui donneroitsa belle-seur, la seur de lareyne(l), très-belle damoisello, et quarante mille coronnes d'or contant , et six mille fi-ancs de rente ; le feroit gouverneur de Normandie , à baulle et grande pension , et vingt-six mille francs de pension pour son office de conneslablie.Si en advint, à faire brJef coule, quecelide Sainci-Pol, qui esloit convoiteux et amoil fort gloire, accepta l'offre ; et disposa tout son fuit au mieulx que pooit pour tirer par delà, et d'aller faire ses nopces ; et y alla ricemenl et bien en point -, et le receul le roy hanltemeni et honorablement ; cl envoya gnind seigneuiie au devant i lui fit grand cliicre et grand bienviegnani, et lui fil ses nopces rices et solempnelles. Se vestit pour l'amour de ly de drap d'or, ce qu'oncques n'avoitfait, elly-mesmes ledisoiu lui fit plusieurs grands dons et grands singuliers honneurs, plus qu'il n'avoit de costume à Dul ; et tout par joie elgrand aise qu'il avoit qu'il en esloit venu à son desseure, et qu'il lavorl eslevé et tiré hors de la main du comte de Cliarolois, qui delà en avant en aroit grand faute, ce lui esloit avis. Si lui chailloit moins quel chose il luicoustoilne couster pooit; n'y plaignoil riens ; mes avoit fait ung très grant acquest,non pour l'avoir gaingaié principalement pour lui, mes pour l'avoir fortrail à aul-
{i) Louis <li.' Luxemboui'g , comie tie Saiiil-fol, épousa , le i" août 1466 , en secondes noces , Hsrie , fille lie Louis iluc de Savoie, sœur di U reine Ch*rloitc, rcoimcdc Louis XL Après riivenea intrignet,)! rm ouf^nué le ^7 uoTcmlire 1475 à la Bnslille , et MlaijiiÈcn [iloccde Grève, pararrfi «lu jiarkaieni , dn l'J UvicnilH'e 1476.
trui-, car, comme alors la voix coroit loute publique, aussi les manasses et apparences y estoient toutes clères, le roy n*entendoit que de jour en jour à férir sur les pays de Picardie et ailleurs, allencontre du comte de Gharolois, pour avoir ses terres et villes sur Somme , doni il se doloit et complaigpioit que ledit de Gharolois à force et par violente main lui avoit ostécs devant Paris. Si s'en désiroit à ven{pcr et de les ravoir par samblable voie. Touttes-fois comme le cas estoit grand et de grand pois, et que une haulte et diflBcile chose est plutôt proposée que conduite, le roy ne mist pas tout à effect quand il eust bien volu, et ne vint plus encore à la guerre ; et d*ung costé et d*autre ambassades et messages alloient entre deux *, et demora la guerre suspendue longuement; et n*y avoit cely qui ne craîgnist bien à Tentamer le premier, de peur de son mésavenir.) Touttes-fois le roy se tint à rice de son connestable devers ly ; et cely de Gharolois lui monstra bien qu'il ne lui en chailloit gaires, et que sans ly feroit-il bien. Et dist lui-mesmes : «Viengnele roy et me face guerre , si verra s'il me tient à ung homme. J'en ai d'aulties assez pour lui don* ner peur, et à son connestable aveucques, qui est bon chevalier nient-moins ; il a le père et j'ai tous ses enfans. L'eure vénra peut-estre encore qu'il vouldroit estre par dechà au pein faitis, et avoir tout abandonné pardelà. »
Et disoit vrai, car l'eure avint depuis de grand péril pour ly, et que tous ceulx qui l'amoient mettoient grand doute en sa personne.