‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 357 sur 494 · CHAPITRE LXXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXXV

Comment le duc Philippe en son temps s'est gouverné envers le roy en sa qualité si vertueusement qu*honueur lui en est demorée (1).

Pour entrer doncques en matère de ce duc Philippe , et dont le règne a esté si haut et si grand , qu'à peines en terre , lui vivant ,

(1) Ce qui suit , à commencer par ce chapitre, eal tiré du manuscrit 8349. La table contenne dani 1" niiscrit 8348 prouve que ce chapitra iuit « le dernier chapitre du manuscrit SMS , < aucune lacune dans cette partie. .•

n'avoil grcigncur de ly, sauf 'ung seul cas; c'est qu'il avoit souverain sur ly, le roy de France, avecques lequel touttesfois en temps de guerre il a maintenu Testrif pied contre pied, comme constraint; et en temps de paix s'est porté envers lui ver« tueux homme et en acquist d'honneur. Si eii convient faire narracion , et ramener à vive mémoire ce qui est esvanoni de ly par mort(1): car ne souflist pas tant seulement réciter des haults glorieux hommes leurs cas et événemens fortuniaux -. mes loist et est convenable de les descrire principalement et devant^ toute euvre en leurs vertus et meurs , et en ce qu'ils ont receu de don de grâce et de nature : car quoi qu'il soit des fais et des dons de fortune , et en quoi j'ay cherché et cogneu tant d'erreurs souvent , et de choses contre poil , à seul cely qui est bien doé de Dieu , et bien pourveu des principes de nature sont deus les honneurs et les gloires de fortune , appartenans comme de droit et d'équité ; et au contraire , là où la grâce de bonnes meurs est sobre , et la provision des biens de nature mince, se gloire ou amisté de fortune tourne là envers son escueil, si esse par une mocquerie et sans durée.

Par ceste prémisse doncques, et qui est assez entendible , il sanibleroit que je vouldrois colorer cestui duc Philippe avoir eu grand fondement originel de ces deux dons dessus touchiés , parce que tacitement , ce samble , voloit eslever en bault siège sa glorieuse fortune. Dont , et qui cela argueroit présentement d'encoste moi , n^en doibt estre repris du tort , ne moy , qui tacitement yeulx venir à la monstrance, ce ne fay-je sans grand tiltre ; car certes , je loe ses fortunes et haultes prééminences venues et creues par succession de temps. Mes en terre ne vis oncques homme grand prince , si bien adreschié ne si bien doé en tout , ne qui en une manière et en auUre , et tout mis ensamble » oncques aprocbast , ne qui tant deust à Dieu. Parquoy, puisque le fondement de ly estoit

'««w^Blmie dnc de Bourgogne mourut le 15 juin

■^ébré ses funérailles k Bruges , on lux Cliarlreux de Dij on , où il

GEORGE CHASTELLAIN

tel et si excellent , non merveilles est se le remanant devenoit excellence pareille Jour après Taultre , et laquelle dépendoit de tel principe.

Maintenant toutes-fois c*est ung homme mort ; il fut , mes il n'est plus. Il réguoit et commandoit, et présentoit visaige, beuvoit et mangeoit, et usoit de toutes manières de faire qui à nature duiscnt. Il estoit amé et bienvolu de chacun ; et moy, en mon h part moy, j*en faisois grand cliose. Or, en est le délit sensible passé en moy et à tous aultres ses bienveiilans de jadis , fortrait ; et en nouvel miroir et qui se présente à nos yeuix , image du premier esvanouy, sommes à nouvelle délectation prendre en ce que le temps nous amaine.

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