CHAPITRE LXXXIX
Coninient le duc Philipiie lerminn vie par mort en sa ville de Bmgei le iiuinzi? de juin Vaaquatone c«n[
' En l'an doncques de l'incarnacîon du Hls de Dieu mil quatre cent soixante-sept , le quinzième jour de juiog, jour de pleine lune , par nuit, à dix heures, Irespassa ei fina vie , en la ville de Bruges, le duc Philippe de Courgoigne et de Braîbant , comie de Flaudres , etc. , en l'éage de soixante et onze ans ou environ, plein encore de bon sens et de samblant de corps, mes fort débilité depuis deux ans ou trois avant sa mort ; laquelle lui viniassez subit et sans aguet de nulluy. Si fait à penser que le desconfori en fut durement grand entre ses serviteur ; car estoit aimé cl bien vulu â merveilles, elle plus qui oncques fustde ce temps. Dont, comme le dueil s'en fuisoit eu la maison, non moins s'en f;iisoit le desconfori par la ville j mes estoit pilié de oyr toutes ujaiiiC'-
res de gens crier et plorcr et faire leurs diverses lamenlacions et rcgrcls , les ungs en loani sa vie passée, les autres sa miH'l si liustive, l'ung d'une manière, l'anltred'uneaullre. Cliacun â l'endroit de ce comme il l'avoil congneu, en faisoit sa plainle.
Le comte de Chai-olois, son lils, ii celle heure n'y estoit point; mes estoit à tiand en plusieurs grans aflîaires du pays de Flandres et d'ailleurs. Si fut mande tout hasiiventent âi venir, el y vint ; mes en vain ; car la parole lui estoit faillie. Dont ly loutes-fois, comme fils , de bonne nature , lisl le greîjfneur dueil du monde, et le plus desconforiable ; crioit , ploroit , torduit ses mains , se laissa cbeoir sur sa couce, et ne teaoil ricgle ne mesure, el (élément qu'il lisl chacun s'esmerveiller de sa démesurée douleur. Et n'custun û paine jamais creu par avant qu'il en deust avoir fait le quart ou le quint du dueil qu'il en monstra ; car le cuidoit-on plus dur en corage, pour aulcunes causes passées; mes nalure le vainquit ci lui fist monstrer famerlume qu'il enpurtoit; cl lélement qu'en toutes ses paroles à qui que ce fu&l , et par hm^t jours, les larmes se uieiloient parmi; et boU' vcrainement en parlant à ceuls qui avoienl esté serviteurs du défunt, De quoi il fut moult prisié cl jugii< it bon; et lui fut réputé à grande et noble amour, et à sei|>nc de grand homme à venir ci de liaulle attente en venu.