CHAPITRE XCI
Comment le duc Charles trcMira gratis biens déleissiés
par son feu père.
Grand à merveilles et sans nombre fut Tavoir qui fut trouvé emprès ly en ceste ville de Bruges, sans encone cely qui reposojt
pour trésor en son chasteau de Lisie , et duquel pour le. tout et sur le tout ung nommé Jacot de Brésil , garde des joyaux , avoit la maniance ; et lequel , comme ung vaillant prud'omme et qui longuement avoit servi le père, se porta si léalement et si entièrement envers le fils^ que le fils Ten prisa et recommanda beaucoup ; et firent tous aultres : car estoit en ly de luy celer , s'il eust voulu , ung merveilleux avoir en menues choses diverses; oultre ce encore que baiilié lut avoit esté par inventaire , et de quoy il eust pu faire son plaisir ; et ne tenoit qu'à ly, car meismes cely qui gisoit mort ne les avoit jamès veu. Mes ledit Jacot , aimant mieux son honneur et son ame que nul avoir mal pris , fit clère et parfaite ostension de tout , et en fist tele et si ample descouverte , et en tele multitude , que tout le monde s'en esmerveilloit du tant. En pareil feist ung aultre léal preud'omme et bien aimé , Jehan Martin , son sommelier de cham* bre , lequel avoit en main toutes ses menuetés qui appartenoient à son corps et à son plaisir faire, or et argent et joyaux, qui montoient à grand prix , et de quoi il fit très léale et libérale déli\Tance et ostension à Téritier ; jusqties à mettre avant pour mille ou douze cents escus d'esguillclics de noire soie ferrés d'or pour lacier son pourpoint et ses chausses ; et * beaucoup d'autres teles menuetés de grand prix , et que jamès on n'eust demandées ne accusées. Si s'en loa le duc héritier graadement, et le recommanda pour ung preud'omme bon serviteur , et le reiint en sa grâce, jà>soit* ce-que ce Jehan Martin ne procurr point le service du fils après avoir perdu le père ; mes tendoit et prioit pour partir de ly en sa bonne grâce; etaveucquts bonne et pleine satisfacion faite , soy aller tenir à Digeon en sa maison , et à Rouvres dont il estoit chastelain ; et le duc le lui agréa. Mes Jacot de Brésil (lit retenu et choisy , digne sur tout aultre vivant de demorer en son esiat. Après meismes, quand il eut volu abandonner son estât, se ne Teust on soufl'ert partij*, mes Teust-on retenu à presse, quoiqu'il y eust des aultres assez qui y taschoient.
GEORGE CHASTEILAIN