‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 371 sur 494 · CHAPITRE CI · texte numérisé non relu

CHAPITRE CI

Comment oiant Talarme des Gantois , le duc envoya ^ vers eux le seigneur de Gruthuse.

Or oez cy piteuse aventure et bien confuse pour'Gantois , par espécial les preud'ommes qui en la ville estoient, et de ceci ne se doubtoient. Prestement cesle criée à l'arme vint jusques au duc, et lequel, en ce meismes instant, estant en sa chambre , disputa aveucques aucuns , ses privés, de la grasce et courtoisie que faire voloit aux Gantois , lesquels il avoit et les voloit conjoïr , ce disoit , d*aulcnnes grâces. Comme doncques ceste horreur du cry retentissoit parmi la court, et que tous les serviteurs du duc rafluyoicnt de la ville devers ly, tant pour le garantir cl défendre comme pour eux|-[meismes sauver, le duc s'esponvanta durement; et comme féru se trouvast d'ung maillet au front , se trouva esmerveillé de cesle bcsongne; et n'en pooil, ne hors, ne ens , dont ceci pooit venir, à ce qu'on lai avoit donné à entendre , et que meismes il avoit en propos de leur fifre. Si loi sambloit que voirement esloit-ce

ici une dure et estrange réception et entrée en seigneurie , là ou telles manières et felletés se monstroient pour perdre ly et les siens. Se rassura pourtant et réconforta de tout péril , comme qui prince estoît de grand cuer, et se vit environné de multitude de grans hommes et de vaillans chevaliers , ensamble et de grand nombre de ses arcbiers bien en point. Si demanda son cheval , et commanda que prestement tout le monde montast en selle, car iroit veoîr, ce disoît, la mellée. Et juroit Sainct-George qu'il paricroit à eulx do près , et sçauroit à quelle intencion ils seroient ainsi esmeus , ne quelle chose leur fauroit.

A ces mots estoit emprès ly le seigneur de Gruthuse , ung noble chevalier de Flandres , qui, de loug-temps, congnoissoit la nature des Gantois, et coguoissoit aussi It chaleur de son maistre le duc ; craignoit aussi qu'il ne usast d'aulcune malvaise manière entera Tesmeu peuple , et de quoi mal pust ensievir. Si lui dist : « Monseigeur , pour Dieu ! contenez-vous ; vostre vie et la nostre de nous tous pend en vous sçavoir bien conduire. Au tour d'une main , vous et nous sommes tous morts ou tous sauvés , si vous volez. Si vous usez de conseil et de froideur, vous ferez du peuple ce que vous vouidrez par bêles paroles. Vous-meismes aullrefois les avez veus en cest estât , du temps du duc vostre père qui les sravoit avoir à point et les rapaisicr par doulceur. Si en a-îl tolléré beaucoup et souffert aultres-fpis plus qu'oncques prince, et leur a donné rémission et pardon pour ung mieulx. Envoyez vers eulx, et les faites doulcement îrierr oguer de par vous , quelle chose leur fault, et leur faîtes promettre que les orrez volentiers en leurs plaintes , et que vous leur ferez bonne raison. Aultrc chose ne leur faîtes; je vous certifie, vous ferez d'eulx ce que vous vouidrez. »

Alors le duc commanda au meismes chevalier qu'il allast, et qu'il s'enquîstde Icurconvine, et qu'il lui préparas! voie , et il le sieutroîl après. Si y alla le chevalier, et s'y porta haultcmcnt ; car sage estoit et bien cniparlé ; et moult leur estoit amé et agréable ; et les arraioonna de belles paroles et doulccs , disant qu'ils avoicnt ung nouveau prince qu*

tout feroit pour eux ce quils vouldroient , et estoit bon et débonnaire et véritable prince de justice, également pour {p*and et pour petit. Mais n*estoit point leur honneur, ce disoit, de eulK ainsi esmouToir à sa nouvelle entrée , qui le jour de devant Tavoient recheu à solennelles processions, et maintenant le venoient saluer à bastons ferrés. Si leurrequist qu'ils s'en voulsissent déporter , et> rentrer chascnn en sa maison. Lors respondirenttous à nne voix commune.

« Seigneur doGrutbuse , nous sommes tous ponr morhr et pour vivre avecqucs nostre prince , et n'avons nulle action no volonté contre ly , ne contre les siens , qui tous sont et seront saufs entre nous coomie au venure de leur mère, et morrions pour eux; mais nons en volons tant seulement à ces malvais larrons , qui desroubent monseigneur et nous, et endorment mimseigneur en bourdes et en faulx donner-entendre , et gastent sa bonne ville et la desroubent, et de nous ils nous suchent le sang des veines , et nous en mocquent, qui morons de povrcté ; et vous disons bien que c'est la plus grande pitié qui oncques avint, se monseigneur ne nous en fait la raison et qu'il les corrige : car vous disons bien, et le vous donnons à cognoistrc , que par eulx et à leur cause , nous qui sonunes povres brebis, sommes constrains do devenir loups rth* bis par leur iniquité; ce que monseigneur nostre prince ne doibt vouloir souffrir que ainsi soyons menés , qui doibt estre pour nous comme pour eulx , car sommes son peuple. »

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