‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 374 sur 494 · CHAPITRE CIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE CIV

Conimcnl ung Gantois s'avança A iitonter anprrs ilu 'lue adiocasiant iioiirwBCOinpagnoiis.

Or, tandis doncques que ces paroles se dîsoienl en bas contre mont, et que le duc y, ootendott de grand euer, avinl que uug grand - j rude vilbîn oultrageux et lier estoit monté à, niont céléement , et s' estoit venu mettre à la fenestre emprcs le duc ; et là venu haussa sa main , qui esloit armée d'ung ganlelcl de noiPj fer vernissié , et férit ung grand coup sur le bas de la fencsli-e pour se faire olr ; et sans ' porter révérence au prince ne cremcur, présuma à dire ainsi : " Vous , mes frères \b. en bas , qui quérez à faire vos plaintes et doléances à noslre prince ici présent d'aulcunes grandes causes qui nous compétent, et premièrement de ceulx qui ont le gouvernement , de cesie ville ici , qui desrobenl le prince et J vous, vous les volez avoir punis! INe faites ] espérance en vous que vous le recognoissiez ' pas? — Ouil, ce dirent les autres. — Et si vo- < vostre droituricr et naturel prince, comme : iezavoirmises jus les cueilloites? N'est-ce pas vous avez fait ses devanciers. Se doncques ce que vous querrez ? — Ouil ! ouil ! ~ El si . anlcune chose ne vous plest envers ly , comme j volez avoir vos portes condampnées réouvervosire prince et seigneur il vous prie que vous ' les et vos bannières auclorisées , comme do i ly veuillez doulcement tenir tels termes com- ' tout temps ancien.^' — Ouil! ouil! — Et si vo- ,1 me il alTîert à bons enfans à leur prince , et il ' vous sera et veult estre bon et amiable en tout ce que l'en vouldrez rcquerre. ■> Et alors respondirent tous à haulle voix : « Monseigneur, grand mercy , grand mercy ! vous estesnostre prince et n'en sçavons point d'autre , et sommes vos enfans. Maïs nous vous prions qu'il vous plaise nous faire raison de ces mangeurs de foie qui gaslent vostre ville , et nous mettent à pain quérir, et sont meismes de mê-

lez et priez de ravoir vos chastellenies , blans cbapperons , et vos anciennes manières de fah-e -, Ne faites pas ? — Ouil ! ouil ! ce rcspondirent. »

Et alors le vilain , k ce mol , tourna sa parolle devers le duc, à la fenestre, disant: n Monseigneur, c'est ici en brief pourquoi ces gens là bas sont icy assemblés pour vous faire rcquesle, et aflin que vous y pourvoiez. Et noi , eu nom de eulx tous , je le vous declaire, chant lieu et de povre venue. Et les avons ' ei ils m'en aveueut , vous lavez oy. Siques , i veus povres galoppins tou'î queiifs ; ei main- ' pardonnez-moi , je le vous ai dit pour euls et I tenant sont seigneurs du vostu; qu'ils nous pour ung mieuh. « *

desrobenti etont les terres et les seigneuries I 0 glorieuse majesté de Dieu, et que vécy et les grands estais de vos propres deuiei's ,' une oultraj;euse et iulolérable vileni S que vous ignorez ; mais fout fi cruiie uu povre ' mise en lu face d'ung priuce , et d'ung tout vil

GEORGE CHASTELLAIN

bas homme , qne de soi venir mettre et joindre emprès les flancs d'ung tel prince son sei- ^eur, encore et proférer paroles contraires à sa haulteur par contempnement de sa sei* gneurie , et de qttoy le plus povre noble homme du monde, par la manière du faire eust pu avoir le cuer crevé d'annuy et de despit de le tollérer et porter. Et si convint toutea^ois que ce noble prince le portast et tollérast pour ung mieulx à ceste heure , et qu'il le coulast par une risée , qui en devoit morir de dueil. Et alors le seigneur de Gmthuse, qui bien en sçavoit dissimuler son despit , en pareil comme son maistre , quiensamble s'entre-regardoieot piteusement , dist à ce vilain doucement : « Mon ami , ne faisoit besoing que pour ceste affaire montassiez ça hault, qui est le lieu du prince, et député pour ly et pour ses nobles : de là bas vous eust^on bien 'oy ; et vous eust monseigneur respondu ainsi qu'en chà ; et sans vous avoir à avocat , il contentera bien son peuple. Vous estes ung estrange maistre ; <)esGendez , descendei en bas , et vous en allez avecques vos gens : monseigneur fera bien du tout. »

Si s*en alla le vilain et fut convoie en bas et s'en alla ; ne sçay qu'il devint. Et le duc et tous les seigneurs demorèrent tous esbahis de l'outrage du vilain et de son orgueilleux emprendre. Et le duc , au plus bel qu'il pooit , et après avoir contenté le peuple par paroles), monta à cheval , et s'en repaira en sa maison, là où apricsmes monstra la destresse de son corrage à sa famille , laquelle il fisi tont armer et veiller ceste nuit en sa maison, de peur d'inconvénient; ne oncques puis n'ot heure de joie dans la ville , Jusqu'à tant qu'il s'en trouva dehors.

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