CHAPITRE CY
Comment les nobles et gens de bien estoient perplex de la mutinerie perpétrée à rentrée de lenr prince.
Dieu scet quelle angoisse , quelle destresse et roartire de corrage veissiez en Gand alors, et quelle honte et doloreuse confusion de la part des bons et des notables , tant nobles et rices bourgeois , comme de ceux de la justice qui avoient désiré leur nouveau prince à ve-
nir en sa ville , et pratiquié meisme sa venue en assurance; dont maintenant, quand ils l'ont eu et receu et recogneu , le second jour de son accès , l'ont conjouy à hacques et i macques , et assis devant son front multitude de faces en bacinets cnroulliés , et dont les dedens estoient grignans barbei de vilaio , mordans lèvres. Certes en Gand alors avoit doleur el tribulation en maint cuer d'omme, mainte triste et confuse pensée en close cham* bre , là où les notables en leur solitude fon-« doient et vuidoient leur annuy pur mains dé« tordre et par clamer et plorer leur propre confusion , disans : « Ha ! Gand ! mal vais Gand i ville bien ingrate , et mescogooissant des biena de Dieu, ténébreuse et noire, en ung ancien naturel pecié que tu as comme mautel 1 Que fusses resplandissant sans cellui , de toutes villes crMtiennes la royne. Ua! Gandl et comment penses-tu respondre jamès ta vile présente opération? Et comment vaincre jamès ne réparer ta présente cruelle vilennie et rudesse ? avoir évoqué et attrait vers toi ton naturel vrai prince ; expostulé pour le reche* voir, pour leconjoyr et le célébrer par dévocion, par cérémonies , par sacrifices, et par mistères aujourd'hui , et demain lui courrir sus par armes et bastons ferrés , et le censtraindre et le faire ploier soubs tes oultragesl 0 tu es de la rasse des faux Juifs, faultdire, dont tu ensieus rexeinpIC) ou tu meismes veulx estre exemple à tout le monde de toutte malignité et vilennie. Que dira l'on de toi, fors que tu es tele que tes fais , traîtresse , dechevresse , gabuseresse , cruelle et inliumaiue , sans honneur et sans révérence , sans discrécion et sans raison , et non accoutant ne à bon los ne à bonne renommée , ne à prince ne à noble homme , fors mance devant manca darrière , ne te chault comment , mes que ta bestialité et férocité puist avoir lieu et exploitier comme tu as de nature. G Gand ! Gand! en perpétuité tu ne vaincras , ne ne répareras ta présente offense ; et se aultres fois il t'est mescheu , comme assez il t'en pend au dos, ton mesfait aujourd'hui surpasse tous aultres et est le plus noir et le plus triste que tu onc-* ques commis encorre , comme d'appeler ton prince et ton droiturier seigneur en dedens loy, pour Tcmbracierjet esiruindre par amour,
[IWn CHRONIQUE DES DtJCS DE
pour le rechevoir et recognoîslre ton hëritier, ton duc , ton protecteur et refiige , et le venir menacier à son entrée et lui mettre devant lé front espoventement , pour lui faire renoncieT à sa seigneurieuse libertise et haulteur, pour soi mettre en la tienne par force. Je crains certes que une fois cestui détestable et non ouy jamès tel péchié ne te couste et cuise , et que Dieu ne le venge sur toi avecques les auhres passés ; dont toutesfois ce seroit dommage pour la beauté de toi dont tu abuses. »