CHAPITRE CIX
Comment le duc enUa à Malines, et comment ancons du Brabuit eussent volentiers favorisé au comte de Nevers.
Ce nouveau duc Charles donc , après son parlement de Gand , vînt et entra en Matines , où il fut solemnellement rechu à dévotes processions et révérences , et recogneu pour prince et héritier de la ville. Et après le serment fait , il séjourna par l'espace de quinze ou vingt jours en surattendant la conclusion qui se feroit à Louvain , là ou les troits estats de Brabant estoient assemblés sur leur affaire : c'est assavoir sur les natures et anciennes condicions du pays , lesquels aulcuns de eulx eussent volentiers introduits et ramenés en nature maintenant, avant que lerechevoir, pour cause des plusieurs infractions dont ils se doloient, et que le duc Pliilippe, le nouveau trespassé , leur avoit fait par puissance , et dont maintenant ils quéroient et machinoient voies , ce sambloit , pour en eslre au dessus et pour demourer frans, souverainement les bonnes villes , là où naturellement toujours se treuve murmure en peuple et volenté de changier prince , comme en folles femmes qui toujours réputent plus de bien et de plaisir en ung nouveau dernier qu'en tous ceulx qui sont passés devant. Si en estoit Texemple ici assez évident. Car il en y avoit euBrusselles assez , et ailleurs , des] malvais vilains , qui secrètement favorisoient au comte de Nevers , et eussent bien voulu livrer ascoui après lui , pour cause de novelleté , et qu*il n'cstoit point de puissance ne de vertu pour régner sur eux , fors que à leur plaisir ; car pour ung duc de Braibant qui n est que duc de Braibant seulement , ils ne font gaires que
ce jeusne prince ici si fort et si pjuissant , tout à Tenviron de eulx , et hault et fier de corrage pour peu les prisier , se conseilloient ensemble sur la manière de leur faire. Car pour le répugner en la succession de son héritage , ne se sentoient hardis ne puissans , et en craignoient la fin malvaise pour eulx ; et pour le rechevoif aussi tout mollement, sans ly donner à cognoistre leur playe en son novel venir, iisréputoient simplesse. Labaron* nie du pays toutefois estoit toute entièrement pour ce duc Charles ; voloient vivre et morir aveucques ly \ ils estoient crus et élevés , ce disoient, sous le bon duc le père, si voloient morir aussi et vivre aveucques le fils , sans aultre recognoistre : car estoit leur vrai héritier et prince. Si est vrai toutesfois que , eulx estans ainsi tous assemblés à Louvain, lettres furent portées aux estas du pays de par le comte de Nevers, et par lesquelles il leur remonstroit avoir vrai, légitime droit en la ducié de Braibant ; si leur prioit poiur aide et faveur en sa bonne juste cause , et leur promist , en temps avenir , de le recognoistre. Mes en effet les lettres furent de petite es* time , et peu réputées entre les nobles , quoi* qu'entre les aulcuns des bonnes villes il y avoit des ascoutans par perversité de nature.