CHAPITRE ex
Comment les nobles de Braibant déclarèrent qn^ils ne tenoient autre seigneur que le duc Charles.
A ce conseil de Braibanchons , ^ Louvain , là où ils disputoient de leurs besoingnes, le duc y avoit toujours ses gens allans et venans pour lui deOendre et sauver son droit et sa seigneurie encontre les murmurans, et pour leur rabattre leur orgueil , aussi pour monstrer barbe et visage de prince, combien toutesfois , et ainsi le fesoit dire , queutonsjours vouloit vivre amiablement aveucques eulx , et les maintenir en droit et en raison , aussi bien et se mieux non que son père , et les conserver et garder en paix et en tran* quillité contre tout le monde ; et se d'aventure , il y avoit chose devers eux qui feus! utile et d'expédient au salut du païs et du bien
bien à point.} et partant , quand lis^ont yen ] pubUque , et qui feust miewi de faire que ds
CHRONIQUE DES DUCS DE BOURGOGNE.— IIP PART. AlU
laisser , à tele chose certes et à tel avis il y voudroit libéralement entendre , ce fist dire , et n'y voudroit aller à rencontre ; et quand de leur part aussi ils se voudroient élever en org[ueil contre lui, et lui eslre rebelles., et faire refus de son héritage traians autre part, sceussent tous, et bien Tentendissent, qu'onqucs si dure ne si amëre follie ne prist à peuple de Braibant , comme il lui feroit sentir ; et n*y avoit ne roy ne roc au monde qui les en sceust garantir , et qu'il n'en venist bien à sondesseure, Mes entre les nobles, comme je Tay dit , n'avoient mestier ces paroles î car ils estoient tous poar ly ; et eussent mieulx aimé la mort du comte de Nevers qu'envers ly descendre ; là où messire Philippe^ Hoornes, cely qu'on appelle seigneur de ûasebecque, ung grand baron, respondi fellement et dist : que les nobles de Braibant n'estoient point pour retirer leur avoir d'envers ung cler ciel pour le contourner et ruer dans une caverne ; et prestement , au mot dévoie , tous les autres qui entendoient bien que ce voloit dire , commencbèrent à dire : « Par mon ûme! il dit bien. Voirement, si ne sommes nous. Dieux nous a bien pourveu ; si lui en devons grâces ; nous avons ung noble vertueux prince , et que nous recognoissons ; et vient de la plus noble racine du monde, le bon père ; [nous serions bien maudits et dampnés se nous ne lui donnions et portions Toneur et l'amour que ly devons. Et nous est faulte et reproce de tant y tarder et reposer dessus ; et n'y a ne vilain ne ville de quoi il ne se doie bien cbevir et qu'il n'en sache bien faire. »
Ledict de Gasebccque et le seigneur de Bergues , ung autre grand puissant baron , mirent avant cestes paroles et les continuèrent; et en estoient sievis de toute la chevalerie du pays, qui estoit grande, et des gens du conseil du duc qui alloientet venoient entre deux : c'estoit monseigneur le chancelier, maistre Antboine Haveron , prévost de Sainct-Donas , l'archidiacre d'Avallon, messire Guillaume de Bische , et plusieurs autres ; et les seigneurs de Bergues et de Gasebecque vindrent devers le duc aussi de jour! à anitre aveucqaes aulcuns aultres députés de par les estas pour mettre tout d'accort. Et tetomgpl fr^ M
appoiactié ; que le dos M lii '
estas et eux de ly ; et faisoient ceux de Loavain grande préparacion pour le rechevoir. Si se partist de Malines le douzième de juliet, et entra en Louvain , là où il fut solemnellement recheut à doubles processions, c'est assavoir à processions des gens d'église et à processions des gens de l'université, et à grande chevaucée de noblesse et de notables bourgeois. Et fut le duc tout vestu en dueil comme il appartenoit; et descendi en la maison de la ville , là où il fit le serment , et de là se tira en sa maison pour lui ordonner ; et vindrent tous les nobles du pais le conjouir ensamble; et les notables de Louvain le vindrent bienviegnier et lui faire les présens. Et demoura par aulcuns jours , trois ou quatre, audict lieu ; et de là s'en vint à Brusselles là où arrière il fut très solempnellement receu , et conjoui du peuple ; et là disposa son séjour pour y cstre convenablement par aucun temps pour y ordonner de ses affaires ; car en Anvers ne voloit point aller encore , pour cause que l'on disoit que la pestilence y courroit ; et par ainsi se tint à Brusselles, surattendant le temps d'aultre nécessité et expédient ailleurs et en aultre ville.