CHAPITRE CXIV
Après cestc oracion faite, le duc appela son chancelier vers ly, et lui dist et chargea que à le répondre y séoit, qui esloit tel ea substance -. " Vous , les députés de Gand ! mon très redoublé seigneur présent a très bien ouy et entendu ce que vous lui avez fait dire et remonstrer par la bouche de mabtre
Jehan (1) , vostre avocat,
tendant à fin de grâce et de merci sur la grîéve offense que cf ulx de Gand , en général , ont commise et perpétrée ea sa noble personne et en sa hauteur et seigneurie. Donc et pour vous faire responsc , en ensievant ce que vous quérez envers ly, et désirez qu'il lui plaise cognoisire et concevoir la contricion et repemance, qui est parfonde enceuIxdeGand, d'avoir ainsi erré et délenqui contre ly, monseigneur m'a chargié de vous dire : qu'au regard de la recognoissance des grièvcs offenses et fautes de ceulx de Gand , et doui ils sont présentement , comme vous dites , en dur annuy et repentance , mon très rcdoubté seigneur peut assez humainement croire que voirement peut-il bien estre ainsi ; car le cas a esté si grand , et si pesant leur maléfice , que nulle conscience ne le poroit longuement porter sans repentance , et feust do parent à parent,
'■ Toutes-fois , comme plus bel est son mes- (iikl recognoisire que demorer obstiné , il est plus agréable aussi i\ monseigneur vous sU'
GEORGE CHASTELLAIN
voir et veoir tels, que persévérans en erreur commise. Mes n'en ensieut pourtant que de si grand et énorme mesfaict son ire doibt estre repaisée à la première instance , et merci offerte et promise à prière de si court terme. Certes, comiQe merci doibt estre donnée à mesure du mérir, et suspendue en difficulté à réquivalent du pois du mesfaict, monseigneur, posé qu'il voit volontiers la contricion des mesfaicts envers ly, et que ce lui est matère de soi pooir rompre et mitiger en temps, ne doibt point toutefois estre si dcierminéement large en sa grâce présentement que de les capter oultréement en sa merci et bénévolence pour une seule prière ; car sambleroit, par ainsi faire, que grièvement mesprendre encontre ung tel prince comme ly , et encore par ses subjects , seroit une chose de petite réputacion et de petit pois , quand la merci en seroit si facile et si légière à impétrer par seule parole. Certes , ne le pardonnant n'y aroit gaires d'honneur, ne les requérans gaires de cause pour estre recheus, veu que tout convient-il faire en raison et en mesure, seloncq la nature des choses. Et quant à ce que vous tendez , par exemples et par diverses remonstrances, persuader et traire monseigneur à fin de prendre en sa grâce et merci ceux de Gand , et qu'il leur pardonne leur grand délict , et qu'il vous peut sambler que , au moyen de ce , il y peut estre enclin et prompt et prest, tout ainsi que Dieu par vos figures alléguées, mon très redoublé seigneur vous fait dire , et veut que vous sçaichez et entendez : qu'il est prince crestien , aimant et honorant Dieu , et tout ce qui est de son opéracion et exemple ; et comme il l'a establi gouverneur et juge sur son peuple , pour le traiter soit en verge ou en douceur, si a-il la discrétion en soi et le sain entendement de y garder son honneur et sa conscience, sans y faire riens à perte, ne à trop tost, ne à trop ,tard, mes à mesure et à Texpédient du nécessaire et de Tutile ; et a bien ceste espérance en ly, qu'en matère de miséricorde tcle que doibt estre maintenue en ung prince crestien, bien conditionnée et bien circonstanciée, il ne se trouvera ne lent ne tard , ne tellement besoigiiant par quoi Dieu le pora reprendre et blusmcr de non l'avoir