‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 388 sur 494 · CHAPITRE CXY · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXY

Comment le leigncnr de Vlllcrs Ait pr» h Chima)', cuidini tenir i LWge pour le» enraouTolr, el puii fui amont xers le duc.

A tel confort et exploit que avez oy. Gaulois retournèrent en leur ville , et fiu-ent recheus demi à joie demi à deuil , sans trop et sans peu. Je laisse doncques Gantois d'ici à une aultre fois que j'en ferai encore ung plus grand conte et de plus grand effeci, ei veuls venir maintenant à plusieurs aullres choses qui restent à narrer, et qui sont avenues enire deux, et tout premier d'ung chevalier de Koubelois, nommé lesi-igneurde Villers; et esloit au comte de >evers, cely qui jà avoil envoyé et cscript unes lettres au duc Charles , en Brusselles , a^sez arrogantes , comme j'ai dit , selong la persooue. Ce che-

BOimCOGNE.-m' PAÏIT.

valier doncques de Rochellois , qui cstoil envoyé de son maisire le comte de devers, en commission de ^enir an pays de Liège suborner Uégois à loule force et h tous les, et les inciler à oulx remouvoir et à recommeachier guerre envers le duc Charles, en les asseurani que ledit comte les venroit servir et assister pour et au nom du roy encontre ly, et de ce bailla lettres et scellés audit de Villers, adressans à la cité de Liège et à tous autres ; et vint icellui chevalier, et passa d'aventure par une villctlc que l'on nomme Chimay, cuidant qu'elle lenist pour la dté comme vraie Liégeoise. Mes li, ignorant qu'elle fust en la main du duc et que ses gens y citoient , fut soupçonné prestement et cogneu non y estre venu pour bien ; fut pris et examiné atout ces lettres, et prestement mené devers le duc à Brusselles; et fut par icellui tout sceu et descouverl ce que le comte de Nevers avoit en ventre. Mes combien que le péril n'estoit point grand , ce sembloit-il au duc, loutesfois estoil-il bien aise d'eu savoir lesecret.poury tant mieux pourvoir, comme il feist; et fit tenir en prison ledict chevalier longue espasce, d'ici à tant que aultre grand elïect s'en ensievi , et maugré ledict comte, qui mal y eusl sceu remédier.

Or esioit sourse nue grand murmure , et une orrible comuiocion de peuple en Malines, pendant que le duc se tenoît à Brusselles , et estoit ceste commotion toute k l'exemple de ceux de Gand ; et se misrent en armes lec Mulinois , crîans et braians sur nucims gouverneurs de la ville dont ils se doloicnt; et manachoieni de tout tuer. Et de fait , en dé* faut des personnes qui s'estoient muchicos, vindrent à leurs maisons, et les abattirent et fustérent, et y firent tous les desrois dii monde , et jusqu'à donner pour à tout ce qui porlolt leste d'onime et femme. N'y ■voit «j iiardi qui s'osust trouver en me, qui fiMt homme d'aucun gouvernement. Et tout uoii que Gantois avoient mé de volaîr avoir UM à leur poste et à leur demande , e««tal iiLiIrs {jeus aussi disoicot <)iM hWt MaiM ul aruieut'ils en pareil, et MKiteM mIm* Jm maletostes et imposkioas. m a^^animt qM tels et tels deniers «mmcM dMWNW , '(ai tk longuement avoi^tt «Mé wdmii fu i;rt«r do

GEORGE CHASTELLAIN

peuple; et feroient, par le saîoct Diea! un moiûle novel , ce citsoieot , atesi bien à ieor toar comme avoient fait autres.

^ Or estoit le duc à Brusselles, là où n'y avoit que quatre lieues. Si le sceut tantost, qm bien s*en fj^arda de rire ; mes dict : « En ce dangier m*ont mis Gantois ; Dieu le leur rende ! et à leur exemple tous les vilains se vouidront rebeller et faire le maistre , ce samble. Or , par sainct Georges ! il en y aura des punis et cbastiés , se je vis dix ans ; et ne se vanteront pas d'avoir trouvé ce qu'ils cuident. »

Et tout en ce meisme temps, ceulx d'Anvers firent autre tel que Matines, et firent des commotions entre eux aussi ; et qui plus est y à la tierche main , une meschante vUIe en comparaison aux autres , nommée Lire , fist une grande beurée aussi , comme se c'eust esté quelque chose de grand ; et tout sur une manière de foire comme Gand, contre les gouverneurs et pour avoir les choses à leur poste.

Dont et se le duc en avoit annuy et dueil n'estoit de merveilles, car bien y avoit cause pourquoy. Et certes , la conséquence aussi en estoit dangereuse et de maulvaise attente. Si me souvint alors , quand je vis toutes ces villes ainsi rebeller et esmouvoir à l'entrée de ce nouveau duc, comment à l'entrée aussi du roy Loys , tantost après son couronnement , ceux de Raims se commeurent aussi en pareille manière , pour mettre jus à leur volonté les imposts et les gabelles du roy, et à leur exemple aulcunes aultres villes , ce disoit-on, par le royaume , et de quoi les interprétations, ce me souviens bien , alors estoient assez estranges en la bouce des saiges et de non grand espoir en bien.

) Or, comme ces commotions se faisoient maintenant par dechà à rentrée de ce duc nouveau , je entray en ymagination aussy. Dont , et comme je me teus du premier , je me tays aussi du second , et m'attends à ce qui peut ensuivre de tous les deux , et dont les fins feront le jugement. Mes le roy Loys et le duc Charles trouvèrent leur pays en haultc fortune de paix et de félicité ; doint Dieu que la fin en soit encore plus glorieuse et plus de salut ! car tous deux esioient princes , dont les sens et les vertus estoient pour

faire ung grand fait et ung grand cop, là oà ib se voloient tourner.

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