CHAPITRE CXVI
Commoit le duc ordoniia aux nobles da Brabant eoU appresser ponr aller à Malines.
Or entrèrent fort en cuer ces nouvelles commotions faites à Malines et en Anvers à ce duc Charles. En pensa durement comment au mieolx faire il s'en poroit vengier, sauf honneor et raôson ; car ce que souflert et porté avoit des Gantois , n'estoit point à tolérer ne à porter des autres villes , ce lui sambloit-, et n'estoit point ville pareille , et par quoi ne s'en vengeast bien et vemst à son desseure , pour donner peur meismes à Gantois. Si s'en teut au plus quoy qu'il peult ; et manda en Uainaut secrètement mettre sus gens d*armes, trois cens lances et les archiers, pour aller atout couvertement en Malines , jà-soit-il qu'à nul n'en fust déclairée son intencion , et pour cause.Toutes-fois ne passa gaires après que ce mandement fut rompu et rappelle ; car les nobles de Brabant, qui se perchurent que le duc mandoit gens euHainaut pour venir en Braibant et à intencion de Taccompaigner en Malines ^ vindrent auduc, et dirent que eux estoient fors et souffisans assez pour le mener en toute seurté de corps dedans Malines, et de soy vengier et de la ville et des vilains, et de les chastier tout à son bel; et que pour ce. faire, il ne besoingnoit point que nul estranger venist en leurs marches et que aultre s'en mellast que eulx.
Si les creut le duc ; et différa son mand ailleurs; et se reposa sur les nobles de Braibant, qui le servirent et se mirent sus au Jour nommé , là où je les laisse jusques au parte* ment du duc de Bnisselles pour aller à Malines, pour venir à autres roatères ici enlaciées. Car convient maintenant parler du mariage de ce duc Charles, qui avoit longuement traisné, et par avant que le duc Philippe son père fut venu à trespas : c'estoit de la seur au roy Edouard d'An|j[leterre , fille au duc d'York (j), et auquel mariage la ducesse sa mère avoit
(1) Marguerite dTork.
CHRONIQUE DES DUCS DE BOURGOGNE. -lïl* PART.
lon{;uemciit prtiiendu , avecques ce fine le fils avoit le cuer assez enclin envers Angleterre, tant par nature de la mère et de ly, qui l'ïittiroil , comme parce que le roy Loys , roy de France , le compellott à ce faire , par mal se voloir porter envers ly, comme assez dessus a été dict et narré de leurs affaires. El comliieu toutes-fois que renommée couroil que ce duc Charles avoit le cuer assez Anfi'lois et beaucoup , et principalement à cause de ce que de la part et de l'amistc de France , son père et ly avoient trouvé povre fondement , et uins plus delfiabic que de bon espoir , toules-fots, s'il y eust eu en Angleterre autre mariage de sorte ù ly , janiës ne se fust alié au roy Edouard ; car avoit esté tout parfaitement son contraire en faveur du sang de Lencastre , dont il estoit. Mes ly , voyant comment le roy Loys lendoit à soi alier meismes et joindre avec Edouard , en délessant la piteuse querelle de son cousin et de sa cousine germains le roy Henry et sa femme , et tout pour rompre et desfaire cestui Charles, sainement certes et sagement pensa de ly ireismes ; et puisque entre deux maul\ il se couvenoit assentir à l'ung, ce lui sambloit, et devenir Anglois à bon profil encontre autrui, premier que autrui en eust l'avantage et i'avancemcDt contre ly , délibéra de prendre la seur au roy Edouard, lequel, sur toutes les alliances du mondeetdeFnince el d'ailleurs, plus estoit aise et joyeux de ceste, cl ne quéroit aultrc riens, quelconque ascout il peu:sl oucques avoir donné envers France. Aussi la chose avoit jà si longuement traînée , que se d'aventure ce duc Charles eust varié ne branlé en aller avant de bon train , infailliblement la jonction et le compact se faisoit , et se fust faict du roy franchois et de ly pour courir sus au tiers leur moqueur, el qui eust esté seul.
Ainsy doncques , comme les grans affaires des princes et des royaumes se comportent
!«n diverses pesantes diOicultés et subtiles mes, et toutes Icndantes à une fin, c'est de Taincrc et d'avoir bras sur son compagnon , H appert clèremeot de b part de tjouard, iju'il a quis et pris sou plus lie' cl scj plus séant devers le costé de BourgOj;T-. Etiedttc Chartes, voyant l'eslroU dangier oii on le
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mettre, a l'ait son plus bel d'une nécessité qui j lui pooit donner desfense. Et maintenant es J Brusselles, là où estoit venue l'ambassade da \ roy Edouard pour avoir une concluie liu. le ■ duc Charles, nouveau duc encorre de deux mois , accepta le mariage , et promist d'aller avant, contre cuer touiesfois, comme lymesmcs le confessa à tel qui le me révéla depuis-, mi^s ce fit-il, par corragc d'amer , mieux fouler et grever autrui , qu'estre grevé | ne foulé.
Et est tout vrai qu'à celle heure et de lonj*- 1 temps par avant il y avoit petit amour enire le ' roy et ly; et savoil bien chascun de soncompai- j gnon commeni il lui eslOtl. Et partant , comme . le roy tendoit à traverser ce duc Charles , et | pour en avoir le bon devers ly, le duc Charles | aussi lendoit au meismes par soi , pour se fortifier contre ly. Etcraiçnoitleroy l'orgueil 1 et la fierté de son subject, et le subject craignoil la puissance et profonde subtilité de son seigneur, lequel le voloil, ou eust bien volu, ce lui sambloit, mener au fouel. Et tout ceci venoit cl movoit , élas ! de ce mauldit Bien Publique , praliquîé et mis sus du coslé meismes des Franchois contre leur roy, et contracteursdepuisdecejeusneprinceCharlcs â leur bende ; et lequel, quand il s'y est trouvé el fourré, l'ont laissié el abandonné à l'esirOLl, cl lui ont mis sur son dos tout le pesant du fardeau ; par quoi seul mal volu du roy, seul s'est trouvé constraiot de soi reconforter et de quérir refuge. Dont c'est pitié que les choses se portent ainsi en ung , royaulme et une meismes parenté , que de prendre ainsi quereles et questions pours'entre-destaire et pour courrouchier Dieu et perdre le monde. El fait fort à craindre le jugement qui s'en fera une fois; car tout ne meut que d'orgueil et d'eUongance de louW charité, el que nul ne veult Dieu craindre ne , soi régler déraison salutaire.