‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 5 sur 494 · XXX 11 J · texte numérisé non relu

XXX 11 J

tencion de pleurer droit cy devant moy et de eulx complaindre ; mais voyant trois ou quatre exemples pooir soufiire droit cy , et que muiti* tnde d'allégations donne plus tost tanance que fruit, ung seul exemple encores me semble ré« citabledroitcy, lequel je te vneil compter, frescbement advenu ; c'est de la royne de Cypre comme toy, ta cousine, et laquelle, oppressée du souldan, expidsée de son royaume par son frère bastart , non aiant pain à^mengier, ne lieu de refuge, privée de son premier mary par poison, seconde mise en extrémité de misère, constrainte enfin de soy mettre en mer pour quérir secours en France, et là où flouant parmy les périlleuses ondes fut prinse d'un escumeur de mer, mise à toute nudité et traictée villainement , n*a guères se vint rendre droit cy pleurant, et disant qu^entre les nobles femmes crestiennesn'avoit pareille à luy en maleur ; vint prier que je le mésisse en mon souvenir, et que à l'avenant de sa cause j'en voulsisse ordonner à faire l'istoire. Dont, pour ce que femme estoit desconfortée durement, et que à dure et à amère doleur il y sert doulceur selon la personne, moi, soubs espoir qui me prist de luy , je lui fis donner courtois reffus ; et pour signe de reconfort lui fis dire que fortune à demie-vie ne peut fomir letiltre de la fin de l'homme non encores actainte. »

'Comment racteur par remonstrance et similitude resconforte et donne espoir à la désolée royne d'Angle* terre eschassée.

Comment racteur, en discernant du droit ou non droit, baille espoir À celle désolée princesse.

Comment l'acteur rcmonsCre à cesle royne désolée les adversités et contraires du roy Charles deFrance VII» et de la royne , et comment il se jemil en prospérité.

NOTICE

a Or doncques pour te remettre en espoir par exemples j'e t'ay fait le compte des haultes glorieuses personnes de cy-dessus, et ramené leur double fortune à %ure de la tienne, encore si tu veulx par plus vifs exemples entendre en plus vive salut, tourne tes yeulx doncques envers le roy Charles, ton oncle , roy de glorieux tiltre tondis en cas de nom , mais de povre effect longuement en cas de povoir ; le quel persécuté en my son trosne de double main , repuis presque jusques aux dernières metes de son royaume , calamité à tous lez et environné de'toutes tribulations, d'amères nouvelles et de pertes irréparables , guerroiet de ses propres subgects, descongneu de son peuple, enclos hors de ses villes et ci* tés, etftiené à povreté et à disette en sa personne, fut constraint de véoir régner et eslever en roy ung non hoir, ton mary, à Paris, et lui applicquier la couronne de France enrobprobre de sa face. Que devînt depuis iccllui roy Charles et dont j'oys les pleurs^? que fist il de sa telle piteuse adversité, et de quoy toutes régions chrétiennes se sentoient du meschicf P ne la rompit-il pas par couraige et par diligent veillier ? ne la vainquit-il pas par persévérance en labeur? et ne donna il espoentementmesmes à fortune par non avoir paour de sa fortune? Certes , oil! car depuis monta de basse estroite disette en plénitude de biens; de répuise de dehors du sien parvint au request de sa couronne et à grand gloire , de inrévérance à cremeur, de guerre à paix , et dé ruyne et d*obprobre et de tribulation de cuer à glorieuse exaltée puissance non pareille en terre.

»Et en ensieuvant ce : où eust-on oncques ouy faire mencion d'une royue de tel souffrir alors comme ta tante la royne Marie , qui entouUie du mesmes dangier et adversité de son mary, et abeuvrée en pareil degré avec luy de l'amère boisson de merancolie, qui valoit mort plainne de souffrance et de povreté non créable, «afin «tout vaiiKiiii et tMéré en

espoir de mieulx' a porté sa povreté en constant attendre [et parobtenir finablement son fleurissant désir en stabilité de pacience. 0 glorieux tiltre pour femme , souverainement de telle hauUesse et de sy riche nom, et dont povreté contredisant au tiltre donne gloire à la souffrance , qui correspond à mérite. »

Encore remonstre Facteur de fortunes de Régnier roy de Naples , de Cécile et de Jherusalem et prince de Pro- Tence.

« Veulx-tu encores oyr et de plus près ung aultre exemple qui te^ devra férir au cuerî Prens recours doncques ^à ton père , le roy Régnier, et droit là regarde et escrutine méditamment en sa vertu et en la manière de soy compourter depuis quarante ans^en ça que lui, cheu en fortune de bataille , et de dure perte mené en dangier de ses villes et fermetés; et depuis mis au délivre du corps et devenu roy de Naples, compétité toutes voies d'ung roy d'Aragon, Alphons, et impugné de forte main , devint constraint enfin d'abandonner ^sa royale cité, d'eslougier Naples son vray héritage, de laisser couronne et sceptre et possession en la main de fortune /de, revenir sur le sien en France , atout nom de roy sans royaume. Mais que as tu perceu en lui depuis d'un tel si grand maleur à tous lez et en sy haulte noble personne , ne quelle mutacion en as veu en sa chière, par quoy sa vertu s'en trouve moins clère? N'a-il porté sa première perte constanmient , sa seconde repulsion submise an divin plaisir, et aultrui force qui prévaloit sur la sienne portée enduramment jusques au jour d'hui en immobilité d'espérance ? Oil voir ! et en quoi il a gloire. »

L'acteur récite des fortunes du duc de Calabre , fils du roy Relier dessusdit.

«Par^Uement et tout en ung mcsmes; prens

SUR SIRE GEORGE CHASTELLAIN

exemple encores a ton frère le duc de Cakbre^ lequel plus grevé^de fortuue et^moios rétribué de vertu que nul vivant , se doit plaindre de toutes les deux , et avienter soy mesoies à peine de son hault valereox couraige , celui qui par hault entendre , ne par vaillamment dilligenter, ne par porter constamment fortunes contraires y ne pai^ traveil ne espoir, ne par nul devoir ne employ en quoy se soit rais jusques k ores, oneques n'a sceu tirer fruit encores de son contendre, ne parattain* dre à Tefficace de son mérir par longue dilli* gence. Syen a habité les Iftales par maiùsans, gaignié les nacions et leur service , 8*en est mis en leUr fiance en tout emprendre, traversant mers , visitant {XHrts , villes et places opprimant par vertu , à dure perte de nobles boitltnès; iflais toudiê, coibme se Vertu fi*est point de ioy ne attente de aucune rétribution, el eomme se tondis liiitast contre vent et s*ass6iast à transpof tef montaignes de lieu à aultre, toudisi se trouve reculé en soy avançant et de naturel cours de venu ensieuvir. Dont tous leshaults du monde de jadis ont tiré fruit aulcun, lui seul en demeure frustré et n'en peut tirer effect. Et nonobstant toutes voies que ce lui soit et.aitesté longuement matère de désespoir, si persévère-il toudis en hault animent couraige^ et en fiance de vaincre une fois soubs divine prestance. Dont , posé que fortune lui soit escharse et lui refuse acomplir ses désirs, lui est avanceresse toutes voies d'un tiitre, par inconvénient, dont la gloire lui vault couronne ; car il despend en mérites sur tous ceulx de son éage en son estât. » ^

L'actenr remonstre motdt de ftiisonB pour elle réconforter.

Gemment encores Tactenr par beaiilx argnmcns raisonnables remonstre à eesté désolée le chemin de pactence et resconfort.

Encore d'icealx argumens.

D*iceulx mesmes argumens.

set

Comment l*a€temr rèmonstre k ceste désolée faultes et les causes de sa déposition*

( U parle de Charles VII , qui était mort et de Louis XI qui Tavait remplacé. )

l)*Atilcane8 bellet remonfttfances qne raclenr présente À ceste désolée pour la ung peUt consoler.

Comment Taetenr resconforte et enseigne par raisonf la voie de salut et la fin où il faut parvenir à celle noUle daine.

Comment Pactenr renlonslrè k ceste desèonfortéé dame poor loi donner consolation, qti*il n*cf t chose plot propice que de en vraie foy recourir à ,Dieu et mettre tout en sa main.

Comment Tacteur remonstre qiie par la vertu d'espérance ceste doutante royne se peult et doit resconforter, et en clic prendre consolation et pacience.

Cy rcmonstrc Tacteur comment ceste inrortunée désolée dame se doit conforter par fa très noble vertu de charité.

Cy Tacteur resconforte ceste désolée dame par la ramembrance des sept vertus précédentes en général.

Cy endroit Tactenr, pour la consolation d'icclle désolée dame, fait pluisciirs belles remotistrances de son francq arbitre d'eslire le bien et fuir et éviter le maL

Comment Tacteor à la fin de ta vition se tromrs

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seul au temple où la voit se print à Taraisonner , et comment il se trouva seul sur le toicq où le soir devant il s'esloit entroublié.

Quand toute cette fantasmagorie a disparu, la voix qui Payait évoquée ordonne à Tauteur de mettre par écrit ce qu'il a vu. Après cet ordre tout s'évanouit, et Tauteur écrit son ouvrage^ ainsi qu'on le lui a ordonné. « En imitant en son glorieux parler, le noble docteur Boccace, dont, après Pétrarque son maistre^ depuis les Romains n'a eu gaires de pareil.»

A la fin du manuscrit on lit

Cy fine ung moult atUentique traittié selon le êtUle de Jehan Bocace pour belles remonstrances^réadressier, par le cas de pluiseurs maleureus , nobles et aultres^ une désolée royne d'Angleterre esUlée.

Ce traité de George Chastellain a été imprimé avec plusieurs autres poèmes de différons auteurs. La Bibliothèque du roi en possède un exemplaire. Le titre est :

Le Temple Jehan Bocace delà Ruyne d^aulcnns nobles malheureux, par George son imitateur.

L'Instruction du jeune prince.

Le Chappelet des princes en 50 rondeaulx et 5 ballades fiiict et composé par le Traverseur des voies pèrUleuses ( Jean Bouchet ).

L'épistre de la ro^ne Marie à son frère Henry roy d'Angleterre, faite et composée par le Traverseur des voies périlleuses.

Imprimé à Paris par Gaillot-du-Pré en 1617.

A la fin de la première partie on lit : Cy finist le livre du Temple de Jehan Bocace , faict par Ciorge ChasUilain j son imitateur,

Ce numéro, fonds des Gélestins , est un petit volume format in-iS, qui contient quelques pièces de vers assez élégamment tournées par des moines. A la moitié environ du volume se trouve une complainte de Chastellain sur la mort de Philippe-le-Bbn et une épltre adrenée à Gliii

NOTICE

de Charles VIL La'réponse de Chastel Aérin est rapportée à la suite. George Chastellain, selon Fesprit du temps , joue sur le nom de son correspondant, Chastel; et dans sa réponse, le moine qui s'excuse de ne pas faire mieux.

Vu ( dit-il ) que je suis tout simple chapelain ] Et moyne lourd indigne en Jhésus^hrist,

joue à son tour sur le nom de son corres* pondant : ^

Plus tien que mien me repûtes OaaM Dont Chastellain tu es garde et concierge Qui te vouldrois honneur faire en cas tel Qu*en gré Dieu Feut et la très doulce Vierge, .

Ce numéro est un in-4« qui renferme ^la correspondance entre Geoi^e Chastellain , J. Robertet et Mont-Ferrant, que j'ai décrit sous le n"* 7392 ; récriture du n* 208 est une écri ture cursive du seizième siècle. Il manque les deux premières et les deux dernières lettres da manuscrit. Aux deux tiers du volume se trouvent quelques poésies de George Chastellain, dont plusieurs sont insérées aussi dans le n® 7686. Ce voliune se termine par la complainte sur la mort de Phiiippe-le-Bon. On y trouve encore la ballade suivante, aussi insérée dans le n"" 7686, et plusieurs ballades en réponse. '

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