CHAPITRE CXXVIII
Comment le seigncnr de La Koche et le seigneur d'Aymeries furent envoyés à Bohain vers le con* nestable. ^
Le connestable doncques , qui savoit tout le secret du roy, et beaucoup de bonnes raisons aussi qui en lui estoient et qui fesoient à regarder et à peser, ce savoit bien , tant pour le bien et salut de ce royaulme , dont il estoit souverain officier, comme pour l'onneur et salut aussi de ce nouveau duc Charles f à qui y fesoit bon obéir à conseil , souverainement en son novel venir en règne, là où on appreuve volontiers le sens du venant par ses fais ; ce gentil prince doncques , le connestable de France , bien instruit et fondé sur grandes choses , ayant jà lessié le roy, s'en estoit venu à Bohain , en sa maison. Et sçaichant ce, le duc Charles prestement y envoya le seigneur de La Roche et le seigneur d'Aymeries, pour inierroguer et enquerre des novelles de France, comme les deux chevaliers feussent ceux par deçà, sur tous aultres , mieulx à main et au gré audict con-
jse GEORGE CHASTELLAIN.
nestable. Si leur fit grand cliitre et bonne. Mes à peu de demeure devers ly pctournêrent à Brusselles , et le comte connesiable les sievit de prt'S; et tellemenl, (|u'en briefs jours après , il vint à Brusselles en grand et
noble compaignie , et là où 'e duc le feist joyeusement rechevoir el bien-viegnier ; et ly-meîsmes ly fist grand cliière. Mes à tant je le laisse ici, jusques à bien tost que j'en parlerai plus au vif et à l'esiroil de leur assemblement , et dirai ce que j'ai oublié à narrer, et qui cstoit grand chose à celle heure : c'esioil que le roi do Caslille (1) , par liaine el despit qu'il avoit pris envers le roy Loys de France , envers ce temps ici s'estoit ajoinct et allié avecqups le roy Edouard d'Angleterre, en contraire du roy f.oys et de la coronne de France, ce que oncquea nul de ses t'cvanciers n'avoit fjit; car y a perpétuel compact entre les deux coronnes de France et de Custille. Nient-moins, cesrui-icy avoil tout Tompu et cassé, d'autant comme en ly estoit et que sa vie portoil^ car héoit de dure mort le roy Loys, pour causes passées, et lesquellesoni esté contées par moi en ung aultre volume.
. Or reviens-je au connesiable de France , le comte de SainctPol, et au duc Charles, là oîi ils sont en devises en Brusselles la rice ville , et là où il pooit avoir beaucoup de paroles rciournécs souvent entre eux deux , de la part du duc, comme haut et excellent prince plein de cueur et de haull pooir, et de la part du comic connesiable .comme souverain ofliciop de la couronne , parlant de la bouce du roy par charge : lii où tontes-fois , entre deux, ledicl connestable ploya comme snbject et serviteur el humble parent , et se conluurna en sa nature, comme comte de Sainct'Pgl. Mes par acquit de|son honneur et de sa léauté , aussi envers le roy dont il avoit les mots en sa Iwuce , parla au duc roidemcni , et à l'exigeant de sa chaire , disant et lui signifiant ; que le roy estoil mal content tout oulire de l'alliance qu'il avoit prise et quise en Angleterre avccques k-s anciens ennemis et iravcilleurs de I;i coronne de France ; et que c'estoit mal fait el chose non
• (1) Hem? IV, ilil l'Imimiswnl.
il lollérer, que ly qui estoit ung des supéviores du royaulme , et le plus avant en dignité d'esiat , et venu d'ave et de irave et de toute ancienue production en noble lit des fleursde-lys, alloit quérir et prendre l'alliance des ennemis de ses vieux pères , en grand préjudice et plaie en temps avenir de tout le throne de France et de son salut. Si voloit bien le roy qu'il sceust , ce lui dist-il , qu'il en estoil mal content , el qu'il avoit bien cause de y remédier et obvier par toutes voies à ly possibles, en temps et en lieu , quand il poroil.