CHAPITRE CXXIX
Conimonl le connoslil>tu pour la \ietce lois eiis|i Eicurs paroles au duc el l'oppreiioil de leisser '
Geste mani(*re de parler ealoit assez aigre au commencement , mes non pas faicie ne dicte de malvais cuer ; car le parlant estoil tout serviteur humble à cely à qui il parloit, ce sçavoit bien , avccques ce que l'ascoulant acconloit peu àses paroles, com aigres qu'elles feusssent: mes au moins ne pooit-il que soi acquitter de ce qu'il avoit pris en charffc. El meismes avant que jamès il partisisi de France ne de la bouce du roi , si sçavoit-il, et l'avoil bien dit au roi : que c'estoit pour nient de s'en traveiller ; car jamès l'alliunce qu'il avoit prise en Angleterre ne seroil rompue , ne par menace ne par prière , si pon par mort; et que cely qui s'y estoit bonté n'esioit point à avoir ainsi d'cscousse de bras, car c'estoit ung Tort el fier passage et l'unjr des redoublables du monde en celi temps. El pourtant , comme j'ai dit , posé que ce comte connestable venist de par le plus haull roi du monde , son maistre , faire ici son personnage et s'acquitter de sa charge , si venoit-il plus pour estre moyen et instrument de modification entre les deux aigres , que pour estre seul à l'ung ne seul il l'autre. Car cognoissoil que la nécessité du temps le requerroit , et que ce royaume ici estoil perdu, et nous tous, se les deux aigreurs eussent eu cours et voie. El pnurliuii , ce comte connestable csioîl ung sage chevalier et prince ,
siiblil, tout ce que il pooit avoir en char{jedu roi , tout ce il le tourna sur manière de conseil et de remonstrance à ce jeusne duc Charlés , par amour et dilection qu'il avoit à ly et comme à son prince et seigneur. Dont , pour la seconde charge qu'il avoit , c'estoit que le roi voloit et lui prioit qu'il ^e voulsist déporter de faire guerre ceste tierche fois aux Liégois ; et en cas de non , il lui signifioit que c'estoient ses alliés et ses amis, et les avoit en sa garde , et il les assisteroit et conforteroit de sa puissance. Mes à peine le connestable pooit avoir dit à demy, que le duc ne luy rompyla broce et lui distbien fellement: « Beau cousin , tenez^vous-en à tant et ne m'en parlez plus, car quelque chose que avenir me doie , ne qu'il plaira à Dieu m'envoyer, je mettrai mon armée sur les champs , et la tournerai en Liège ; si sçarai à ceste fois se je serai niaisire ou varlet. Et dont et qui m'en vouldra destourner et y mettre empeichement, viengne, de par Dieu soit! et il me trouvera pour respondre. »