‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 403 sur 494 · CHAPITRE CXXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXXX

Comment le connestable exciuoit le roy vers le duc Charles pour le différent les Liégois , à cause qu'il les avoit en protection.

Sur certes paroles ot des grans argumens et de grandes remonstrances de la part du connestable , qui toutesfois y alloit en équité et de bon pié, comme serviteur et ami , et disoit : « Déa ! monseigneur , ce n'est de merveilles se le roy prend à cuer ceste guerre que vous menez à Liégois , car elle lui touche et compète. Ils sont de sa sauve-garde et de sa protection ; et tous les jours du monde clament et crient devant ly y et lui réprouvent ce que déceus sont ainsi en ses paroles et promesses ; et jà deux fois en a dissimulé que vous leur avez fait du mal beaucoup, et dont il 8*est ten ; si vouldroit q[ae désrâsiës vous vous en tenisaiez à tiim e* ^ -^nr Tonneur de Dieu et de tV ' compassioii da ipBfr plus contendre e» h moiweigiiein', imfk.

trcs-puissunt prince et sage et plein de vertu, et venez tout novel en règne et en seigneurie; si devez désirer de y entrer à gloire et à haute renommée de bien et de édification au monde, plus tost que à ruyne et à désolatioa du peup'e par guerre et duresse. Monseigneur, pardonnez-moi, je suis à vous et vous ai servi jà deux fois en Liège ; et encore , se loisible m'estoit ne que je le peusse respoadre , je vous serviroie. Mes , monseigneur , vous devez considérer que Dieu vous a fait et donné des grâces beaucoup et de hautes victoires , et dont vous estes venu à glorieuse fin : mes si sont- elles passées, et ne vous sont pas telles à venir certaines. Les fais de guerre sont périlleux et les faveurs de fortune instables ; huy elle rit à Thorome, demain lui fait la moue ; et cely qui plus se confie en sa puissance, c'est cely souvent que le plus elle reboule par estrange voie, et dont nul ne se donne garde. Monseigneur, plus a a garder cely qui a beaucop acquis et beaucop de précieux amas que cely qui est encore tout sore et creux , et n'a riens pour mettre en espargne. Vous avez Thonneur de monseigneur vostre père en vos mains , le plus noble prince de la terre, et lequel est mort vainqueur non oncques vaincu ; et vous avez le vostre propre qui est grand et cler, et resplendissant sur tous ceuk de vostre temps. Si vous sied bien de eslroitement et curieusement le garder et tenir net , et de non le mettre en l'abandon ne ù perte , encore à aultrui appétit et emprise ; car se d'aventure vous succombiez encore dessous ces vilains là , où les dangiers sont grans , toute vostre gloire passée, et de vous et de vosire maison, seroit reversée et retournée en songe , et tout esvanoui et esteint quant-ques vous feistes oncques de grand. Et pourtant fait-il bon soi aviser et soi amodérer, et non soi tout oultréement exposer et abandonner aux périls de fortune. Les plus amodérés souvent et les plus subgects à conseil sont costumièrement les plus tost parattaignans à gloire. Ce que j*en dis , monseigneur, je le dis pour bien ; je l*aoquitte envers vous comme mon prince ; cqnitte envers le roi comme mon mais- «Aos deux je suis procureur à mon lir honneur et joie. Siques ^ par-

GEORGE CHASTELLAIN

donnez-moi si je vous dis ce que le povre sens que j'ai me porte , et ce à quoi mon hon- 'neur m'astraint et oblige de le non vous taire. »

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