‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 416 sur 494 · CHAPITRE CXLIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXLIII

Gomineiit le doc Charles , à l'indUtioa d'aulcani qaî le gouferooient , coQToiteux d'amaBser,le contour' aèrent en avarice.

Son estât doncques en cestui point drea* chié , moult le faisoit noble à voir; et estoit une chose magnifique non veue pareille. Et tout le résidu eust esté dreschié ainsi; ce que non. Mes ne procéda point de ly, mes de ses gens; car comme l'aventure du temps le rendoit ainsi jà de long-temps , et paravant qu'il venist à seigneurie , et qu'il estoit souffreteux , beaucoup de gens avaricieux et convoiteux extrêmement , et de diverses notes , s'estoient ombroiés entour de ly, sur Tespoir du temps futur ; et lesquels , ly maintenant venu à terre, le saisirent à bras, et y obtindrent le gouveraement, Tungen une manière, Taultre en une aultre; et lesquels, comme eulx n'avoient aultre Dieu que or et argent , pour se faire grans oultre mesure et devoir, furent exemple au maistre aussi de mettre là son estude , et d'amer amas d'or et d'argent, comme son idole , qui grant dommage fust. Car se gens de grand et noble courage , vertueux et honorables , de grant lieu et d'éage loable , y féussent aussi bien escheus pour l'avoir en mains , ce eust esté chose admirable que de son feict, aveucques ce que maintenant il estoit si grand encore , que point n'avoit de per. Et plaings sur toute chose du monde l'aventure de ceste avarice , s'elle lui peust estre imputée à vice. Mes de ceulx hardiement qui en furent cause , et qui en furent nourriture et exemple , je plaings Tadestrance; car en la convoitise du maistre peult avoir excuse et sauvacion honneste , comme à ung tel grand prince comme ly il y siet pooir avoir et désirer d'avoir tbréior ^^9

GEORGE CHASTELLAIN

grand amas , pour mains grans soudains affaires , là où le grand avoir sert. Mes en gens de commun estât et de commune vocation, qui veillent et labourent en choses démesurées et en oultrages intoUérables , et dont plaie vient en la chose publique , en ceulx là ne peult avoir excuse ne coloration , sinon que vice en court est souvent plus honoré et essaucié , et tient et possède plus tost lieu , que vertu. Si ne peult prince avoir au monde plus grand plaie ne plus pestilencieux venin emprès ly , que avoir entour de ly gens avaricieux, con- Yoiteux et flatteurs en auctorité. Car tous les maux du monde en ensievent, et les princes s'en déshonorent , et les affaires de la chose publique et des villes et des pays , s*en desfigurent et desrèglent.

Moult y avoit de grandes et de belles vertus en ce jeusne prince , le duc Charles ; et entre aultres choses loables , parcevoit-on en lui haulte magnificence de cuer pour estre veu et regardé en singulières choses. Tournoit toutes ses manières et ses meurs à sens une part du jour, et aveucques jeux et ris entremellés » se déliloit en beau parler, et en amonester ses nobles à vertu, comme ung orateur. Et en cestui regart , plusieurs fois , s'est trouvé assis en ung haut-dots paré , et ses nobles devant ly , là où il leur fit diverses remonstrances selong les divers temps et causes. Et tousjours , comme prince et chief sur tous, fust richement et magnifiquement habitué sur tous. Donnoit à mesure assez, non en grant porcion , mes donnoit à beaucop d'ommes , et esloit assez d'amiable repaire ; mes fort vouloit estre servi de près. Au commenchement de son histoire , j'en ai assez largement parlé de ly et de son père touchant leurs vertus et leurs meurs. Si ne besongne point d'en parler arrière la seconde fois; si non que depuis ce temps là il ait prises aulcunes nouvelles meui's , il siel bien d'en faire mémoire, quand encorre elles neseroient point de los ne de perfection. Car aultrement sembleroit-il que je , en mon escripre , seroie ung menteur voluntaire et ung flatteur, qui grandiroie ung homme par bourdes, et le feroie meilleur que homme et de plus haulle condicion , tout parfait , sans vice , qui poinct ne se treuve au monde.

Si donc je m'avance à réciter auMips de ses vices, à tiltre de bien , tant mieulx faisje à croii'e , quand je fais narracion de ses vertus , pour en donner vraie cognoissance. Si dis de ly , et le dis par pité , que gens inutiles, en son premier règne, ont eu approce dely , et parquoi sa personne en a esté moins clère. Car volontiers on dit que le seigneur, de tele et tele famille qu'il a , volentiers en prend tel ou tel ploy ; et attirent les meurs de ses serviteurs, costumièrement, les meurs du maistreà leur usage. Quand donc les cuers des serviteurs sont vicieux et tout esloingniés de noblesse , et ne visent qu'à rapine et à ordure , et à emplir leur sac sans peur et sans hide, et sans mesure et sans pité , com mal quil soit pris, certes, c'est une doloreuse perte et domage , quand le cuer d*ung noble prince se décline là envers, constraint par tele maisnie.

Page 1