‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 423 sur 494 · CHAPITRE CXLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXLIX

Comment Toyson-d'Or, rieUard , par son instance fut desporté de son office , auquel il avoit servi le duc par Tespasse ^de trente-sii >ns , et procura |en son lieu estre ordonné son serviteur.

' A ceste feste de Tordre tenue et faicte jpar le duc Charles , on fit grandes apprestances de jour en jour pour la feste des nopces de ce duc qui approchoit; et furent diverses mains et à {prand multitude mises en oeuvre à tous- lez en diverses affaires et mestiers ; car Tappareil y estoU grand, et le propos du duc du meismes pour soi fort monstrer à ces Anglois. Or advint que , le jour de )a Penthecoste , le duc Charles avoit en propos de tenir pleine cour et royal estât , et de tenir table en sa rice magnifique sale qu'il avoit fait faire, aveucques tous ses barons et nobles hommes. Mes comme je vous ai dict que roessire Jacques de Bourbon estoit allé de vie à trespas, le duc sy estoit tellement altéré et devenu perplex, qu'à peine se osoit-il asseurerde sa vie ; et n'y avoit nul , ne médecin ne aultre , qui le peust oncques remettre en joie ne en paix de cuer , tant se donnoit peur et mérancolie. Toutes-fois n'avoit ne ne sentoit nullement mal, sinon ce qu'il s'en donnoit par pensée. Et par ainsi , la feste qu*il avoit proposée à tenir le sainct* jour de Penthecouste,* fiist sursise , et tourna à nient ; et disna secrètement et à peu de maisnie en sa chambre. Or estoit, ainsi .que Toyson-d'Or(l), qui avoit servi ledict ordre en Testât et oflBce de Roy de Tordre, par Tespace de trente-six ans, et estoit jà devenu vieil et de grand éage (2), et

(1) Jean Lefebvre de Saint-Remy fut élu roi d*armes de la Toison-d'Or, dès l'institution de cet ordre en 1429 {voyez Mémoires de Saint-Remy, dans cette collection). 11 reçut alors le nom de Toison-d^Or, qu'il continua à porter.

(2) Il cessa de remplir les fonctions de roi d'armes le 7 mai i468 , et mourut In même année , le jour du Sninl-Sacrement. 11 était ûgé de soixante-sept ans lorsqu'il écrivit ses mémoires (voyoz ma notice sur Sanit- Remy dans cette collection).

par diverses grans labeurs et voyages qu'il avoit eus fort débilité et affoibli , aveucques ce encores qu'audict présent lieu de Bruges il estoit encheu en maladie , dont il morut enfin dedens six sepmaines après, cestui Toison-d'Or , ung petit resours de sadicte maladie, et espérant encore pooir vivre aucun temps , mais non pas vouloir porter cure ne soing en son estât accouslumé, pourpensa et délibéra de soi honnofablement déporter de son estât avant sa mort , et de y constituer ung aultre , du gré du duc , en sa pleine vie. £t de fait y constitua, et se arresta sur ung sien serviteur, lequel il avoitfaict, nommé Fusil (i). Et comme il avoit oy dire que le duc tenroit une court ouverte le jour de la Penthecouste, pensa là , en pleine sale et en pleine congrégacion , prier au duc pour estre déporté de son estât, considéré ses vieux jours et son impotence; et par son gré et accord de le mettre en nouvelle main , lequel il avoit choisi digne à ce ; et ce faict, vouldroit, et prieroit le duc , pour toutes récompenses et rétributions de ses labeurs , qu'il lui pleust le faire chevalier, considéré encores qu'il avoit terres et seigneuries nobles et de noble tennement , lesquelles il avoit acquises.

Or doncques , comme le duc ne tint point de feste , comme j'ay dict , et les causes pourquoy , cestui bon vieillart cuidoit estre frustré en son honorable pourpos ; mes Tévesque deXournay, chancelier de Tordre, et plusieurs autres bons seigneurs, ses amis, en avertirent le duc, lequel volontiers, pour Tamonr de son viel serviteur , et pour Tonorer et pour le déporter désormès de peine et de travail , se présenta en salle à Tyssue de sa messe; et là, au bout d'ung banc, ledict Toyson-d'Or , veslu de sa robe d'escarlate , la coroniie de roy d'armes en chief , se rua î genoux devant le duc; et là Tévesque de Tournay , chancelier de Tordre , prist la parole pour ly , et dist : « Mon très redoublé seigneur , véez-cy Toyson-d'Or, roy d'armes de voslre très hault et très noble ordre du Toyson-d'Or , que feu de très noble et très excellente mémoire, monseigneur vostre père, que Dieu absoille! édifia et mistsus, et du-

(1) Gilles Gobert, dit Fusil , nommé auecesseardo Jean de Sainl-Remy.

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GEORGE CnASTELLAIK

(jnel, en pnsievant le noble et très hault eniprendre dudîct monseigneur voslre père , vous estes condnueur et parmsinCeneur ; si est cesiui Toysou-d'Or eu Testai de son office, auquel il a servi monseigneur voslre père par l'espace de trente-six ans, devenu viel et cassé , comme il y perl ; et ne peut mes porter peines ne travaux, tels qu'il duit et affierl audict estât que longuement il a exei-cé. Si vous prie très hiunblemenique, de voslre {jrace, vous plaise le relever desdicles peines et travaux , et auliruî comracltre en cely office qui vous semblera ydoine, combien, mon très redoublé seigneur, que ce ly soit le plus {jrand regret, ce dict, et le plus amer mot que jamais pora avoir , que de renoncer audict noble estât et à vostre service, trop plus digne que pour ly. V.l s'il vous plesi, mon très redoublé seigneur , vécai-ci Fusil, lequel il a nourry et eslevé, et a esté en plusieurs lieux et voyages aveucques , et là où il a veu et appris des affaires et secrets dont il pora tant mieuK servir vostredict noble ordre; s'il vous plesl promovoir à la dignité t]e Testât de roy de l'ordre, ly en son semblant et à son povre jugement , tousjours sur voslre nuble correction toutes-fois , et pour le mieulx employer ailleurs s'il vous plesl, ly il le vous présente pour cnf aire vostre très noble plaisir. »

Et alors respondit le duc : « Vraîement , il nous plest très bien, elle volons bien recevoir; mes nous desplesl de voslre ancienneté, cl de quoi vous ne nous poez plus servir : mes toujours vous rechevons-nous à nous. »

Et alors ,Toyson-dOr prit la coronne de dessus sonchief, et la résigna en la main du duc; elle duc, après l'avoir prise, Tasstst • sur le chief.du nouvel eslu; et fut baptise Toyson-d'Or : et alors monseigneur de Tournay, soy ruant à genoux, requîst au duc , disant : - Noslre très redoublé seigneur , or vous prie liumbicment cesini vostre ancien serviteur, qui a eu maints grans honneurs au service de monseigneur vostre père , que Dieu pardoini ! et de vous , qu'il vous plaise , pour toutes ses labeui-s passées et pour lin de toutes rélribucioas, lui faire cesl honneur que de le faire chevalier : car en cely lillre il désire & Cner ses jours? >■ Et le duc respoo- \

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dit : " Je le ferai volentiers. h Lors lui Fut baillice Tespéo , et le fil chevalier. Et It taat Ëna le mystère du jour touchant cely poist.

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