CHAPITRE CLIX
Conimcnl le duc Cliarles ,^ar ton partemeni d'aller i l'E&duse i privée conipatgnie , ordonna lecrétement i l'eKoinète de Btugc* , rexécnlion dudit ttutard.
'> Or advint qu'ensique le temps couroil tousjours avant, et que , de jour en jour , on attendoit la descente de la seur du roy d'Angleterre à rEscluse.le duc, ung jour délibéra d'aller Visiier et veoir le port , et les apprestarces et les preparemcns là ordonnés pour la réception d'iceile ; car la vîe''.le ducesse , la mère au duc , y esloit aveucques la fille du duc , mademoiselle de Bourgogne , noblement accompagniée. Si y voult aller le duc les visiter, et soi esbanoieren privée maisnie : car estoit tané de tant avoir esté à Bruf>es sans cliangier air. Si s'avisa le duc touchant te secret qu'il avoit gardé en son corrage envers ce bastard prisonnier , et manda l'escoutète [1)
[(I) Sorte de juge, du mot auiciiItalOT-,GlurBèd*écouiei les ploiaies «l d'en faire jiutice.
CHAPITIIE CLX.
Commenl l'escoutèle prit h l'beure de mye-nuil ledit prUonnier hort de la porte , et le m»! ea la priion detUle.
A dur regret et h anuy de cuer, l'escoutète de Bruges, celle mesme nuit, à douze heures, vint à la porte quérir le bastard, couchié en son lit et non en attente de si prochaine mort. Si l'en emmena en la prison de la ville, et lui dist qu'il avisast et pensast à son ame, car le duc l'avoit jugié à mort, et n'y avoit nul remède. Si commença à ploref et à soi lamenter durement de sa triste fortune le bastard ; et n'eust jamès cuidié . en si jeusnes jours , et à telle parenté qu'il avoit , venir à si dure fin , pour cas encore rémissJble , et dont le roy et tous anltres'princes baillent rémisûon tous les jours de samblables. Or en estoient tous avertis soudainement ; et meismes l'escoutète, qui quéroit Teslongement de Geste mort, en avtàt lecrèteineat irertilei
GEORGE GHASTELLAIN*
qui poroit, par aulcnnes grandes voies. Si allèrent les parens devers la docesse , la mère , prier pour son aide et pour son intercession envers le doc , pour sauver ce jeusne fils* Et combien que Tescoutète avoit ordonnance •ipresse de le ftiire roorir à onie heures du matin , encore snrsist le temps et s*enbardia de le différer Jusques à trois heures après midi , par espoir qu*en ce pendant , le duc poroic remitigruer sa rigueur , par Tinteroession de sa mère et d'ung ëvesque d'Angleterre qui s*7 employa tout.
Si avint qae messire Jacques de Hercies ^ chevalier et diligent poursieveur de ceste malère , vint ferrant battant à TEscluse , trouva que le duc s'estoit allé esbanoyer , celle mattinée , sur le port , en petits boltequms , vaucrant et nageant ça et là , et ne se pooit trouver et atlaindre par nul sens ; par quoy le temps coula et monta tousjours à hauUe none ; et trouva sa peine perdue et sa diligence faite en vain : car avant que pooir venir à ly pour fnire la prière de sa mère , jà estoit le temps venu jusques à Teure qui estoit limitée pour sa mort , parquoy toute peine , ce sa voit bien, estoit cassée et frustrée et de nul proufit. Dient aulcuns loutes-fois, que le duc commua son courage , à la supplicacion de sa mère , mes ce fust trop tard ; mes je n'afferme poiact qu*ensi en fust ; et s'il le fist , si le fist-il pour ung contentement dont il savoit bien que Teffect n'en sievroit poinct.