‹ Œuvres historiques inéditesChapitre 436 sur 494 · CHAPITRE CLXt · texte numérisé non relu

CHAPITRE CLXt

Comment le «eigtieiir de La Hameyde le \Nirtit de Broget Bial content, et comment on fit morir ce jour meanes le baalard bien confusibleBieiit , à grand toutet^oii compassion de ceulx de la lo>'. ^

P Le sabmedy matin doncques i le seigneur de la Hameyde voyant son nepveu en ce dangier et qu'il; convenoit qu'il morust de honteuse mort , et que , pour prière ne pour service fait » le duc n'avoit oncqnes voulu rien fiiire pour iy, se indigna en cuer encontre s^ii-meismes , et nM>nlant à cheval s'en va grand tire vers son pays ; troussa et emporta

bagues et malles , et^fist esracier aesj armes

qui mises estoient devant son logis , tout ai^ en sa confusion : car pour nul or n'eust voh estre en la ville ^ là où son saiig si prouchain eust esté mené, voyant ses yeux, à fin si triste. Et y estoit la raison bonne et juste. El ne s*en doit esmaier nul , si le cuer lui estoit gros : car estoit très noble et grand homme et de hault estât. Or vindrent deux heures après midy,\ et le bastard bien ordonné et confessé , et que l'on véoit jà qu'il n*y avdt plus de remède ne d'auente, fîit mis sur ung chariot , lié et attaché de cordes ung peu, aussi honnestement vestu que pour aller i nopces , bel de visaige plus que auUre , et i si beaulx crins blonds qu'on ne pooit pk$ beaux , de toute forme et de taille le mieoh pris qui fut entre mille hommes ; et ploraat amèrement plus de sa confusion que de si mort , fust mené tout le long de la ville , poar venir à la justice , là où grand monde sievoit pour la compassion du cas non jamès ven tel. Entr'aultres y avoit multitude de povres folles femmes qui le sievoient , et qui crioient et ploroient piteusement sur ly , et le demaadoient avoir en mariage , qui toutesfos leur fut escondit : car n'eust-on osé , par peur du prince Jà-soit-ce que Ton eust bien volu avoir faculté de le povoir faire ; car n'y aVoit cely de la loy qui meismes ne plorast de h pîté du cas. Venu maintenait doncques au lieu là où estoit son cimitère , là fut mis jus , mis en son pourpoint de soie , reconforté et as- Siisté très curieusement de confesseurs , auxquels il certifioit avoir pleine vraie foy et parfaite espérance en Dieu et en la Vierge Marie , disant meismes que celle honteuse et confuse mort que Dieu lui envoyoit en si jeusnes florissans jours , lui donnoit vrai espoir que Dieu le prendroit en sa itierci ; disant encore , mes que Tame pust aller bien , ne lui chailloit de la charongne qu'elle devenist. Et prenant une astuce en ly , sur le point de son derrain , prist congié à tout le monde , et les yeulx bendés se mist à genonlx , dont prestement fut mort : mes ce que je plus plains , c'estoit que le corps en deux pièches on le mist sur une roue entre les^eurdriers les plus forfiiis du monde ; et l'avoit ordonné le duc de le faire ainsi. Mes dedans trois jours

aprèsleducpenttistyàlintercessioudoa anU i

[14(»] CHRONIQÏÏE DES DUCS DE BOURGOGNE. -III* PART. 46S qu'il fut mis en saincte terre. El fost ensevely révéraminent en la cbappelle des Ménestriers à Bmges , et lui fist-OD uog bel service.

Page 1